LIV. VII, SECT. I, CHAP. XVII
de ses saints et de ses martyrs, pour leur propre bonheui: et celui de l'Église, car le sang des martyrs est une semence, dit Tertulien ; et la prostituée, enivrée de ce sang, ne peut le comprendre dans son état d'ivresse, de rage et d'étourdissement. £^î à son aspect, je fus rempli d'un grand étonnement, étonnement qu'on doit éprouver en effet à la vue de cette femme qui s'enivre du sang précieux des martys, pour sa perte, pour sa confusion et sa condamnation ; comme elle enivre aussi ses victimes, les impies, du vin de sa prostitution, qu'elle leur fait boire dans une coupe d'or, aussi pour leur perte, pour leur confusion et pour leur condamnation.
VI. Vers. 7. — Et l'ange me dit : Pourquoi t' étonner'^ Je te dirai le mystère de la femme, et de la béte qui la porte, et qui a sept têtes et dix cornes. C'est toujours le même ange qui parle et qui dit à saint Jean : Pourquoi t'étonner ? C'est une manière oratoire de s'exprimer, qui est pleine d'énergie. On ne doit pas oublier que saint Jean représente ici l'Église ; et son étonnement exprime d'une manière admirable le sentiment de la généralité et du commun des fidèles qui s'étonnent, et ne peuvent pénétrer tout d'un coup les secrets cachés de ce tragique événement ; c'est pourquoi l'ange lui-même l'appelle un mystère : Je te dirai le mystère de la femme, et de la béte qui la porte, et qui a sept têtes et dix cornes. Ces paroles contiennent aussi un avertissement donné aux chrétiens, qui ne doivent pas être du nombre de ceux qui s'étonneront avec les impies. Car ceux-ci n'auront pas voulu connaître ni pratiquer la vérité des prophéties que l'Église possède, et dont les fidèles doivent être informés ; puisqu'il est écrit, Apoc, I, 3 : « Heureux
celui qui lit et écoute les paroles de cette prophétie, et qui garde tout ce qui s'y trouve écrit ; car le temps est proche. » Cette expression d'étonnement est enfin une figure, pour exciter notre attention sur l'explication de ce mystère important : Je te dirai le mystère de la femme, etc. On doit remarquer d'abord qu'il ne s'agit plus ici, comme plus haut, du nom de cette femme, mais bien de la femme elle-même, dont l'ange va nous dévoiler le secret : Je te dirai le mystère de la femme, et de la bête qui la porte, et qui a sept têtes et dix cornes. Or voici ce mystère :
VIL Vers. 8. — La bête que tu as vue était, et n'est plus ; elle s'élèvera de Fabîme, et sera précipitée dans la perdition ; et les habitants de la terre, dont les noms ne sont pas écrits au livre de vie dès la formation du monde, seront dans Vétonnement lorsqu'ils verront la bête qui était, et qui n'est plus. Par ces paroles : La bête que tu as vue était, et n'est plus, l'ange apprend à l'Église en la personne de saint Jean, que, par la catastrophe décrite au chapitre précédent, la bête cessera d'exister. C'est une manière de confirmer cette vérité si consolante pour les bons, et si terribles pour les méchants. L'ange dit au passé : La bête que tu as vue était ; et il ajoute au présent : et n'est plus, comme si c'était déjà fait lorsque saint Jean écrivit ce livre ; car le temps est un moment, et même un clin-d'œil, en comparaison de l'éternité. En second lieu, l'ange, en disant que la bête était, désigne aussi d'une manière admirable la présence et l'empire de la bête, c'est-à-dire, du démon, dans le monde, avant la venue de Jésus-Christ, et avant l'établissement de son Église. Car la bête, qui est l'ancien serpent, pouvait déjà, au moment de l'établissement de l'Église,