LIV. VII, SECT. I, CHA.P. XVII
ceux qui ne sont pas prédestinés, et qui sont connus de Dieu de toute éternité, comme ne devant pas être sauvés par leur propre faute, seront dans l'étonnement lorsqu'ils veront la bête qui était, et qui n'est plus. Ces paroles doivent encore s'appliquer au moment de la chute et de l'extermination de la bête, de l'Antéchrist et de ses faux prophètes ; car alors, « les hommes s'étonneront, et tous ceux^dont les noms ne sont pas écrits au livre de vie seront tués et précipités avec la bête dans l'étang de feu et de soufre pour y être tourmentés jour et nuit dans les siècles des siècles ; et les restes seront saisis de crainte et rendront gloire à Dieu. »
VIII. Vers. 9. — Et voici le sens plein de sagesse de cette vision : Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise.
Vers. 10. — Ce sont aussi sept rois, dont cinq sont tombés ; l'un est encore, et l'aure n'est pas encore venu ; et quand il sera venu, il faut qu'il demeure peu de temps.
Vers. 11. — Et la bête qui était, et qui n'est plus, est la huitième ; elle est une des sept, et va dans la mort.
Et voici le sens plein de sagesse de cette vision. Par ces paroles, l'ange apprend à l'Église, en la personne de saint Jean, la profondeur de la sagesse cachée dans cette vision : il veut nous faire savoir par là, que les sages eux-mêmes ont besoin de beaucoup d'attention et doivent lo.igtemps méditer, prier et jeûner pour pouvoir comprendre de tels mystères. Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise. Cette comparaison des montagnes est aussi belle que sensible. 1° Les montagnes dominent toute la terre. 2° Elles s'étendent par de longues chaînes et ramifications sur
beaucoup de contrées. 3° C'est des plus hautes montagnes sur lesquelles sont les glaciers, que descendent les grands fleuves qui arrosent la terre et alimentent les grandes eaux. 4° Les cimes de ces hautes montagnes, quoique plus rapprochées du soleil, sont les régions les plus froides, et plus on s'approche des bassins où sont contenues les grandes eaux de la mer et des lacs, plus l'air s'adoucit et perd de son âpreté. 5° Les montagnes sont en général arides et sauvages. 6° Elles sont le refuge des animaux féroces. 7° C'est surtout dans ces hautes régions qu'éclatent les plus grandes et les plus fréquentes tempêtes. 8° La pluie et le brouillard les rendent presque toujours obscures. 9° Quelques-unes des montagnes de la terre sont riantes, fécondes et gracieuses, toutes sont plus ou moins imposantes et majestueuses. 10° C'est sur les cimes élevées qu'on rencontre les plus grands spectacles et les plus grandes horreurs de la nature ; tels que les précipices, les grandes chutes d'eau, le bruit épouvantable des torrents, etc. 11° A côté des plus hautes élévations, on trouve les vallées profondes et les abîmes sans fonds, etc. Or, telles sont précisément les puissances du siècle, que saint Jean appelle des montagnes. Car 1° elles dominent la terre. 2° Elles s'unissent et étendent leur domination sur beaucoup de contrées. 3° C'est surtout des grands royaumes que vinrent les guerres et les persécutions qui firent couler des fleuves de sang, pour arroser la terre de la foi, et pour alimenter les grandes eaux des tribulations. 4° Les sommités de ces puissances, quoiqu'étant les plus élevées, sont souvent obscurcies par les nuages de l'ambition et du sordide intérêt : et c'est précisément celles qui furent les plus rapprochées du soleil de