LIV. VII, SECT. I. CHAP, XVII
justice et de vérité, comme les empereurs romains par exemple, qui se montrèrent les plus froids et les plus âpres dans leurs actions. C'est aussi de ce contact des glaciers, des esprits et des cœurs des tyrans avec le soleil de justice et de vérité, que vinrent les fleuves du sang des persécutions. Plus on descend dans les régions basses de l'humilité, de la pauvreté et de la simplicité, vers les eaux des tribulations , plus on y trouve les effets de la douce chaleur de la grâce, de la justice et de la vérité de la lumière éternelle. 5** Les grands royaumes sont en général ceux qui furent les plus arides en bonnes œuvres et en philantrophie. 6° C'est dans l'histoire des grandes puissances que l'on rencontre les plus grands monstres et les bêtes les plus féroces qui s'enivrèrent du sang humain. 7° Que de terribles tempêtes éclatèrent chez ces nations dévastatrices ? 8° Combien de larmes ne firent-elles pas verser en couvrant la terre de deuil et de désolation ? 9° Quelques-unes de ces puissances furent à la vérité bienfaisantes et réjouirent la terre par la fécondité de leurs grandes et généreuses entreprises ; et toutes sont majestueuses et imposantes. 10" Quels grands spectacles et quelles horreurs leur histoire ne fournit-elle pas généralement ? 11° Enfin, n'est-ce pas dans les plus grands royaumes que les plus puissants sont assis au milieu des plus faibles , des plus pauvres et des plus misérables. L'ange voulant donc expliquer ce que sont ces sept têtes, nous dit : Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise : la femme, c'est-à-dire, la prostituée, telle que nous l'avons décrite plus haut. Ensuite saint Jean nous présente la même chose sous une autre figure, selon l'usage des prophètes, et il nous dit que ce sont aussi sept rois. II. 15
Or, par ces trois figures: a) la femme assise, b) sur les sept montagnes, c) qui sont aussi sept rois, on comprend clairement, surtout à cause de la conjonction aussi, qu'il s'agit ici de domination et de puissances sur lesquelles la femme est assise, c'est-à-dire, sur lesquelles le monde est établi, fondé, appuyé, protégé et affermi. Ce sont aussi sept rois dont cinq sont tombés ; l'un est encore, ; et l'autre n'est pas encore venu. D'après tout ce qui a été expliqué auparavant, on a déjà pu se convaincre que cette femme est la prostituée assise daiis le désert, sur la bête de couleur d'écarlate, et que cette bête, c'est le démon qui fait la guerre aux hommes par lui-même, ou par ses ministres, les impies et les méchants, et cela à cause de son ancienne inimitié contre le genre humain. Gen., III, 15 : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme. » Or, en prenant l'histoire du monde, nous y voyons une lutte acharnée et continuelle avec des circonstances variées, il est vrai, mais toujours les mêmes, quand au principe, entre Dieu et le démon ; entre la femme, qui est l'Église, et la prostituée, qui est le monde ; entre la postérité du diable, et celle de la bienheureuse Vierge Marie ; en un mot entre les bons et les méchants. Les bons sont appuyés sur Dieu et sur son Église, et doivent suivre les traces de Jésus-Christ leur- chef, qui a été crucifié et qui a souffert. Les méchants, au contraire, sont inspirés par le démon, et sont appuyés sur les puissances de la terre, à qui le monde appartient selon cette parole de Jésus - Christ lui-même ; Jos., XVIII, 36 : « Mon royaume n'est pas de ce monde ; » et Ibid. XVI : « Le prince de ce monde est déjà jugé. » Or, par ce que nous venons de dire, on voit déjà que ces puissances, ou ces sept mon-