LIV. VII, SECT. I, CHAP. XVII
tagnes sur lesquelles la femme est assise, doivent s'entendre de tous les lieux et de tous les temps de l'histoire du monde. Maintenant, si nous compulsons l'histoire universelle des méchants qui possèdent la terre et persécutent les bons, nous y voyons sept principales époques bien distinctes, auquelles l'ange applique ces paroles : Les sept têtes sont sept montagnes, etc. Ces époques sont précisément celles où la bête fit verser tant de sang qu'elle en devint rouge comme l'écarlate. Apoc, XVII, 3 : «Et je vis une femme assise sur une bête de couleur d'écaiiate, pleine de noms de blasphème, laquelle avait sept têtes et dix cornes, » La première époque fut depuis Adam jusqu'à Noé : nous y voyons figurer Caïn, le premier homicide, et les géants qui furent les premiers persécuteurs des bons ; voilà la première montagne ou la première puissance et le premier roi. Dans la seconde, depuis Noé à Abraham, figurent Nemrod et les méchants qui élevèrent la tour de Babel ; seconde montagne. Dans la troisième époque, depuis Abraham jusqu'à Moïse, nous trouvons les rois de Sodome et les Pharaons d'Egypte. La quatrième, depuis Moïse jusqu'à la captivité de Babylone, nous fournit les rois impies d'Israël et de Juda. Dans la cinquième, depuis la captivité de Babylone jusqu'à Jésus-Christ, on remarque les rois de la Chaldée, et ceux de l'Asie et de la Syrie. Or, ces cinq montagnes ou puissances, figurées aussi par les rois, étaient en effet tombées, quand saint Jean reçut cette révélation. De là ces paroles : Ce sont aussi- sept rois dont cinq sont tombés. La sixième époque nous présente les empereurs païens dont les horribles persécutions sévissaient précisément lorsque saint Jean écrivit ce livre ; puisqu'il en reçut la révélation dans son exil de
Pathmos, où il se retira après avoir été plongé dans une chaudière d'huile bouillante. C'est pourquoi l'ange ajoute : L'im est encore. Enfin la septième puissance, ennemie des bons, est celle de Mahomet et de son immense empire, qui mit l'Église de Jésus-Christ à deux doigts de sa perte, et se montra si cruellement hostile envers la chrétienté ; or, cette septième puissance n'existait pas encore au temps de saint Jean ; c'est pourquoi l'ange lui dit : Et l'autre n'est pas encore venu. Et quand il sera venu, il faut qu'il demeure peu de temps. Ces dernières paroles sont expliquées plus loin, et s'appliquent à l'Antéchrist dont la puissance surgira des restes de l'empire turc, et formera moralement la même puissance, la puissance de la bête qui comprend toute l'étendue du règne des Turcs ou de la secte musulmane, depuis Mahomet jusqu'à l'Antéchrist inclusivement.
X. Et la bête qui était., et qui n'est plus, est la huitième ; elle est une des sept, et va dans la mort. On se rappelle que les prophètes ont coutume de parler des choses très-éloignées comme si elles étaient présentes, par la raison que le temps n'est qu'un point par rapport à l'éternité ; voilà pourquoi l'ange dit au présent en parlant de l'Antéchrist : Et la bête qui était, et qui n'est plus, est la huitième. Il se sert ici des mêmes paroles qu'il emploie plus haut, vers 8, pour nous faire comprendre qu'il s'agit toujours de la même bête, et que la septième et la huitième montagne n'en font qu'une en réalité. Pourquoi maintenant l'ange paiiet-il d'une huitième montagne, d'une huitième bête ou d'une huitième puissance, puisqu'il n'en avait annoncé que sept 1 C'est ce qu'il explique lui-même en disant