LIV. VIII, SECT. I, CHA.P. XVIII
quant aux Juifs et aux grands du monde, ces paroles, disons-nous, ont aussi un sens figuré. Car, dans l'opulence, on est puissant, et dans la puissance, les hommes abusent de leur force, et deviennent persécuteurs ; et c'est ainsi qu'en persécutant les bons qui avaient leur refuge dans l'arche de Noé, figure du vaisseau de l'Église sans cesse battu par la tempête, et dans la barque de saint Pierre, symbole de la foi, ces persécuteurs riches et puissants enrichirent les justes des biens spirituels de la charité et de la patience. Cette grande ville a été désolée en un moment. C'est à-dire, que cette Jérusalem, ou la grande Babylone, tombera et sera ruinée en un moment, ainsi que le monde dont elle est la figure. En un moment, c'est-à-dire, en peu de jours comme on le voit par les mille trois cent trente-cinq jours de Daniel, qui doivent être pris ici pour des jours naturels ; car il serait absurde de supposer un si long embrasement d'une ville. On a vu, d'ailleurs, dans l'ouvrage du vénérable Holzhauser, l'explication de ce passage, et l'on sait que la durée du règne de l'Antéchrist sera courte et même abrégée. Sa ruine ne commencera que dans les derniers jours, et continuera jusqu'à la consommation des siècles, selon saint Matthieu et saint Marc, qui disent : « Ce sera là le commencement des douleurs. »
Enfin, ces rois, ces marchands et ces matelots, etc., ayant fait pénitence, prendront part à la joie des bons et des saints, et ils diront : CieL réjouissez-vous sur elle, et vous, saints apôtres et prophètes, parce que Dieu vous a vengés d'elle. Quelle admirable description de tous les mouvements d'un cœur pénitent, qui commence par être saisi do crainte, se sépare ensuite ties
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méchants, déplore leurs malheurs, se couvre de cendres et de poussière en signe de contrition, pleure et gémit ; puis il entre dans le temple du Seigneur, dont il ne peut comprendre d'abord la majesté et la puissance à cause de la fumée de ses plaies, et finit par reconnaître sa bonté pour les saints, et la justice de ses vengeances sur les méchants, en s'unissant aux sentiments communs des apôtres, des prophètes et" de toute l'Église, et en criant à haute voix : Ciel, rejouissez-rous sur elle, et vous, saints apôtres et prophètes, qui avez tant souffert avec tous les justes de l'Église, irjouissez-vous, parce que Dieu vous a vengés d'elle. On doit remarquer que ce sont les rois représentant les grands et les nations infidèles, et ensuite les restes des mauvais chrétiens qui auront prévariqué en adorant la bête, et aussi les marchands, c'est-à-dire, les Juifs, qui diront : Parce que Dieu vous a vengés d'elle. Ils ne disent pas nous mais vous, puisque les nations et les Juifs n'auront pas appartenu à l'Église de Jésus-Christ, et qu'en conséquence, ils n'auront pas été l'objet, pas plus que les mauvais chrétiens, des outrages et des persécutions dont les méchants auront affligé l'Église, représentée par les saints apôtres et par les prophètes.
VI. Vers. 21. — Et un ange fort leva en haut une pierre comme une grande meule, et la jeta dans la mer, disant : Babylone, cette grande ville, sera ainsi précipitée, et on ne la trouvera plus désormais. Saint Jean vit en imagination un ange fort, représentant la puissance de Dieu, et précipitant une pierre comme une grande meule dans la mer. Et cet ange lui dit : Babylone, cette grande ville, sera ainsi précipitée, avec la même force et la même célérité qu'une grande meule