LIV, VII, SECT, I, CHAP. XVIII
dont un bras vigoureux accélère encore la chute. Et cette grande ville disparaîtra dans les gouffres de l'enfer, comme une grande meule disparaît dans les profondeurs de la mer. Et on ne la trouvera plus désormais, pas plus et encore infiniment moins qu'il ne serait possible de trouver une pierre dans les abîmes de l'Océan,
VII. Vers. 22. — Et la voix des joueurs de harpes et des musiciens, et la flûte des chanteurs, et les trompettes ne retentiront plus en toi : nul artisan ne se trouvera plus dans ton enceinte ; et le bruit de la meule ne s'y entendra plus.
Vers. 23 — Et la lumière des lampes ne luira plus en toi à jamais, et la voix de l'époux et, de l'épouse ne s'y fera plus entendre. Toutes ces paroles font suite à cette lamentation pathétique et touchante sur le triste état de cette grande Babylone, représentant le monde entier. Quel deuil et quel dépouillement ! quelle tristesse mortelle inspirent ces paroles t Le prophète nous donne ensuite la raison et le motif de cette affreuse condamnation de Jérusalem, et il dit : Car tes marchands étaient des princes de la terre, et toutes les nations se sont égarées par tes enchantements. Nous voyons en cela les causes principales des jugements de Dieu sur Jérusalem et sur la nation juive. 1° Ces marchands, c'est-à-dire, les Juifs, étaient les princes de la terre. Or, selon que nous l'avons dit plus haut, les Juifs sont le peuple qui aura le plus contribué à la perversion du monde et à la prostitution des hommes, en étant les princes de la terre par leur or, leur commerce, et par l'influence qu'ils se seront acquise par leurs richesses. 2° Toutes les nations se sont égarées par tes enchantements, c'est-à-dire, par le luxe et
par les marchandises que tes marchands auront fournies aux passions des hommes, et aussi par ta duplicité, par tes fraudes, par tes mensonges, etc. ; enfin, par les prodiges et les enchantements de l'Antéchrist et de ses faux prophètes. Puis saint Jean termine ce chapitre par le reproche du plus grand des crimes qu'il adresse à cette ville, coupable de la mort du Dieu de toute bonté, Notre-Seigneur Jésus-Christ de Nazareth crucifié.
Vers. 24. — Et dans cette ville a été trouvé le sang des prophètes et des saints, et de tous ceux qui ont été sur la terre. C'est-à-dire, le sang de Jésus-Christ, représentant tous les martyrs, les prophètes et les saints. Car les , Juifs, en faisant mourir Jésus-Christ, participèrent aux crimes de tous les persécuteurs de l'Église et de tous les impies du monde, comme tous les impies du monde auront participé au plus grand des crimes, au crime de la mort de Jésus-Christ, en faisant mourir les martyrs, les prophètes et en persécutant les saints.
VIII. Nous ferons remarquer en terminant ce chapitre, que saint Jean parle en trois passages difi"érents des malheurs qui ruineront Jérusalem à la fin des temps, car il dit au chapitre XI, 13 : « Et à cette même heure il se fit un grand tremblement de terre ; la dixième partie de la ville tomba, et sept mille hommes périrent dans le tremblement de terre ; le reste fui saisi de crainte et rendit gloire à Dieu. » Il dit ensuite au chapitre XVI, 18 : «Et voilà des éclairs, des tonnerres et un grand tremblement de terre, et ce tremblement fut si grand, que jamais les hommes n'en ont ressenti de pareil depuis qu'ils sont sur la terre. Et la grande cité fut divisée en trois parties, et les villes des nations tombèrent ; et Dieu se souvint de la grande Babylone pour