LIV. VIII, SECT. II, CHAP XIX
sur toute chair. Et c'est par les fléaux : la guerre, les maladies, les combats spirituels, les afflictions, les persécutions, la tyrannie des méchants, en un mot, c'est par tous les maux terrestres, que le Seigneur assis à la droite de l'Eternel, foule, la cure du vin de la fureur et de la colère de Dieu tout-puissant. Et il obtient pour résultat le vin de sa vigne, par la justification des bons ; et le marc qui restera dans le pressoir sera foulé aux pieds et rejeté comme inutile dans le feu de l'enfer. On se rappelle que dans le passage d'Isaïe cité plus haut, il est demandé à Jésus-Christ : « Pourquoi donc votre robe est-elle rouge, et pourquoi vos habits sont- ils comme le vêtement de ceux qui foulent le vin dans le pressoir ? » Sur cette demande Jésus- Christ répond : « J'ai été seul à fouler le vin, sans qu'aucun homme d'entre les peuples fût avec moi. » Et voilà pourquoi il ajoute : « Je les ai foulés dans ma fureur, je les ai foulés aux pieds dans ma colère, et leur sang a rejailli sur ma robe, et mes vêtements en sont tachés. » En effet, lorsque Jésus-Christ vint pour nous racheter, il se trouva seul pour fouler le vin spirituel de la justification .des hommes ; car les Juifs et même les docteurs de la loi étaient plongés dans les ténèbres de l'erreur et dans la boue des passions, et les gentils ne connaissaient par le vrai Dieu ; or, c'est ainsi que Jésus-Christ se trouva seul à fouler le vin, et quel vin ? le vin de la colère et de la fureur de Dieu toutpuissant. Car Dieu se voyant abandonné de tous les hommes et même du peuple Juif, qui était son peuple élu pour conserver sa loi, dut entrer en fureur contre le genre humain, comme nous avons un exemple au temps de Noé qui fut un type de Jésus-Christ, comme
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son arche fut un type de l'Église. Et de même qu'alors Dieu se repentit d'avoir créé le monde, parce que toute chair avait corrompu ses voies, et qu'il fit périr tous les hommes dans les eaux du déluge, à l'esception de Noé et de sa famille qui étaient les seuls justes représentants Jésus-Christ et son Église; ainsi à la venue de Jésus- Christ, tous les hommes ayant corrompu leurs voies, cet adorable Rédempteur se trouva seul pour fouler le vin spirituel de la justification des hommes. Il n'y avait donc rien d'étonnant que ses vêtements fussent éclaboussés de sang, puisqu'il était le seul juste dont le sang pût être trouvé digne de satisfaire à la justice de Dieu offensé. La différence entre la première colère que Dieu fit éclater au temps, du déluge, et la seconde au temps de Jésus- Christ, est quau déluge, Dieu sacrifia tous les hommes à l'exception d'une seule famille, et qu'au temps de Jésus-Christ, il n'en sacrifia qu'un seul pour tous, tant est grande la puissance, la justice et la bonté divine ! YI. Vers. 16. — Et il porte écrit sur sou vêtement et sur sa cuisse. le Rois des rois, et le Seigneur des seigneurs. 1° Le vêtement de Jésus-Christ est donc la justice, la sainteté et la vérité. 2^ C'est aussi la robe de sa Passion ; or, comme par sa Passion glorieuse, il a vaincu le monde et toutes les puissances de la terre qu'il domine par sa justice, sa sainteté et sa vérité éternelle ; c'est avec infiniment de raison qu'il est dit qu'j7 porte écrit sur son vêtement le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs. 3'^ Saint Grégoire, Hom. XV, in Ezéchiel., nous dit aussi que par la cuisse, ou par le flanc, on doit entendre l'Incarnation de Jésus -Christ : il s'ensuit donc, dans la même idée, que, par son Incarnation, Jésus- Christ a commencé le règne de son humanité ; c'est