LIV. IX, SECT. 1, CHAP. XXI
pas s'il faut la mesurer en hauteur, ou en longueur, ou en largeur, on doit conclure que cette mesure n'est indiquée que pour mesurer les places que les élus occuperont dans l'enceinte des murailles de la ville. On a vu d'ailleurs que cette muraille représente la foi ; or, les effets de la loi sont incommensurables et même infinis. Ainsi donc cette mesure d'homme, dont le chiffre correspond si exactement au chiffre des douze tribus d'Israël, n'est indiquée que pour nous faire voir que toutes les places du paradis sont comptées, mesurées et connues de la prescience éternelle de Dieu, qu'aucune de ces places ne restera vide et que chacun des élus occupera la sienne selon la mesure déterminée de sainteté et de justice qu'il aura acquise. Enfin, cette mesure indique un carré parfait, comme symbole de la perfection.
Vers. 18. — Et la muraille était J)dtie de pierre de jaspe ; mais la ville était d'un or très-fin, semblable à du verre d'une grande pureté. La comparaison contenue dans ce verset est vraiment admirable ; car, comme on l'a vu, cette muraille de la ville sainte représente la foi. Or comme une muraille défend l'entrée d'une ville et en protège les habitants, ainsi la foi sert de rempart à l'Église et protège les fidèles. Et quiconque voudrait entrer dans l'Église autrement que par ses douze portes qui sont les apôtres et leur doctrine, rencontrait une muraille d'une hauteur infinie comme la foi, et solide comme le jaspe, qui est une pierre très-dure, et qui représente l'éternité. Nous avons dit que cette muraile protège les fidèles ; de là ces paroles de saint Paul, Rom., YIII, 31 : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Car Dieu est pour nous si nous avons la foi,
selon la promesse qu'il en a faite à Abraham, le père des croyants. Gen., XVIII, 7 : « J'affirmerai mon alliance a\"ec toi et après toi, avec ta postérité, dans la suite de leurs générations, par un pacte éternel : afin que je sois ton Dieu, et le Dieu de ta postérité après toi. » Ensuite la foi nous donne l'espérance des choses célestes et infinies : c'est pourquoi il est dit que cette muraille est construite de jaspe, qui est une pierre précieuse, de couleur verdâtre dont les nuances vaillent extrêmement, car le vert est la couleur de l'espérance, et cette couleur verdâtre du jaspe, qui varie extrêmement, est encore une figure de l'espérance des choses célestes et infinies. Mais ce n'est pas tout : la foi nous conduit à ràmour de Jésus-Christ, et c'est en cela encore qu'elle devient une muraile impénétrable aux ennemis et infiniment puissante pour protéger les fidèles, selon saint Paul, Rom., VIII, 35 : « Qui donc nous séparera de l'amour de Jésus-Christ? l'affliction, les angoisses, la faim, la nudité, les périls, les persécutions ou le glaive. Selon qu'il est écrit : On nous livre tous les jours à la mort à cause de ,vous ; on nous regarde comme des brebis destinées à être égorgées. Mais parmi tous ces maux, nous triomphons par la vertu de celui qui nous a aimés. Car je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les futures, ni la violence, ni tout ce qu'il y a de plus haut ou de plus profond, ni aucune autre créature ne pourra jamais nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur. » Ainsi la foi, qui nous donne l'espérance et nous conduit à l'amour de Jésus-Christ, devient un bouclier et même une muraille impénétrable aux ennemis, et infiniment