LIV. IX, SECÏ. I, CHAP, XXI
puissante pour protéger les fidèles. Et la muraille était bâtie de pierre de jaspe. C'est-à-dire, d'une seule pierre, pour représenter l'unité de la foi. De pierre de jaspe, c'est-à-dire, de pierre très- dure, pour représenter encore la fermeté, l'invariabilité, la solidité et la perpétuité de la foi. Et la foi chrétienne est comparée à une muraille, parce que, comme la muraille d'une ville en forme l'enceinte, ainsi la foi en Jésus-Christ est comme l'enceinte qui renferme l'amour de Dieu et du prochain. Ensuite, comme la charité est une vertu plus grande que la foi et l'espérance, figurées par le jaspe, selon saint Paul, I. Cor., XIII, 13 : » La foi, l'espérance et la charité demeurent maintenant ; elles sont trois ; mais la plus grande des trois, c'est la charité. » Ainsi saint Jean, après avoir comparé la foi et l'espérance à la muraille de jaspe qui ceint la ville, nous représente la charité par la ville même, voulant nous faire entendre la supériorité de cette vertu sur les deux autres ; et il ajoute : Mais la ville était d'un or très-fin, semblable à du verre d'une grande pureté. Ainsi la foi et l'espérance sont inférieures à la charité, comme l'enceinte d'une ville est inférieure à la ville même, observation qu'il faut bien se garder d'appliquer à la personne des apôtres, qui ont fondé la muraille, mais qui ne sont pas la muraille elle-même. La foi et l'espérance sont inférieures à la charité, surtout en ce que les deux premières disparaîtront, et la dernière subsistera éternellement. Et bien que la foi et l'espérance doivent disparaître, saint Jean a eu raison de laisser subsister la muraille qui les représente, parce que cette muraille séparera les bons d'avec les méchants pendant toute l'éternité, comme elle les aura séparés dans le temps. II. 22
Car il est écrit : « Et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. > D'ailleurs les pierres de cette muraille sont les bonnes œuvres, et ces bonnes œuvres ne forment qu'une pierre, parce que les bonnes œuvres sont une en la foi de Jésus-Christ, et cette pierre subsistera toujours, car il est écrit, Apoc, XIV, 13 : I Heureux sont ceux qui meurent dans le Seigneur. Dès à présent, dit l'Esprit, ils se reposeront de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. » Enfin, la muraille d'une ville se voit de loin, surtout si elle est grande ; c'est pourquoi encore l'Église est comparée à une ville. Car l'Église est visible à tout le monde, par les quatre marques qui la distinguent. 1° En effet, l'Église est une, catholique, apostolique et sainte, ainsi que la ville dont il est ici question. Car cette cité céleste sera une, puisque tous les bienheureux y seront réunis en Dieu. 2° Elle sera catholique, car tout le monde aura pu y entrer dans tout le cours des âges, et toutes les nations de la terre y seront représentées. 3° Elle sera apostolique, puisqu'il est dit : La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des apôtres de V Agneau. 4° Enfin, elle sera sainte, car il est dit encore : Et moi, Jean, je vis descendre du ciel la sainte cité. Mais la ville était d'un or très-fin semblable à du verre d'une grande pureté. On sait que l'or représente la charité, et cette charité des bienheureux sera comme de l'or très-fin et très-pur, puisqu'il est dit au verset 27 du même chapitre, en parlant de cette ville : « Il n'y entrera rien de souillé. » La ville était.... semblable à du verre d'une grande pureté. On a vu, dans le cours de cet ouvrage, que le baptême est comparé à une mer de verre ; ainsi donc ce passage est une confir-