‹ Interprétation de l'ApocalypseChapitre 200 sur 211 · LIV. XI, SECT. I, CHAP. XXII · texte numérisé non relu

LIV. XI, SECT. I, CHAP. XXII

l'entraînait vers le mal ? Eh bien ! cette première voix était celle de l'Esprit saint qui lui disait sans cesse : Venez ; en d'autres termes, cette voix lui disait : Faites le bien et évitez le mal, soyez juste et charitable envers vos frères, résistez au torrent impétueux de vos passions que la concupiscence a allumé dans votre âme, etc., etc. Or, ne sont-ce pas là des sentiments que tout homme raisonnable, quelque ignorant des vérités de la foi que vous puissiez le supposer d'ailleurs, ne sont-ce pas là, disons-nous, des sentiments que la loi naturelle, gravée dans notre cœur, nous inspire sans cesse et que le souffle de l'Esprit saint cherche à féconder, selon ces paroles : L'Esprit saint et l'épouse disent : Venez- ? Si donc tous les hommes raisonnables veulent écouter cette voix, Dieu ne les châtira pas pour leur ignorance invincible, mais il les récompensera éternellement de leurs efforts et de leur bonne volonté, selon cette parole : « Paix aux hommes de bonne volonté. » C'est pourquoi l'Apôtre ajoute : Que celui qui écoute dise : Venez. Que celui qui a soif vienne, et que celui qui le désire reçoive gratuitement, par la miséricorde de Dieu, l'eau de la vie, de la vie éternelle. Car il est écrit, Matth., V, 6 : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés. »

Nous ajouterons à cela qu'il n'est pas si difficile qu'on se l'imagine, pour les nations barbares, de désirer l'eau de la vie. Il suffit pour s'en convaincre de lire les annales de la propagation de la foi, et l'on verra les réclamations assez fréquentes faites par ces peuples, pour obtenir des missionnaires. Heureuses sont ces nations, si elles échappent aux loups qui se présentent à elles sous la peau de brebis, et qui ne sont en réalité que des

374 iNTi::i?iîf:TATioN de l'apocalypse.

loups ravisseurs qui excluent les âmes de la véritable bergerie ! Car alors il ne reste plus d'autres ressources à ces nations séduites, que celles que nous venons d'indiquer, pour assurer leur salut. Espérons que Dieu fera la part des difficultés dans lesquelles l'ennemi les aura plongées ;i leur insu et contrairement à leurs pieux et salutaires désirs.

Mais direz-vous encore : Ces nations barbares n'ont jamais connu Jésus-Christ, comment pourront-elles donc avoir appartenu à l'esprit de son Église. Sans vous dissimuler la difficulté de l'objection, nous vous répondrons qu'elle n'est pas insoluble à l'Esprit saint ; selon ces paroles de saint Jean. III. 8 : « L'Esprit souffle où il veut, et vous entendez sa voix, mais vous ne savez d'où il vient, ni où il va : il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit. » C'est-à-dire, que tout homme qui est né de l'Esprit, et non de la chair, et que tout homme de bien qui a faim et soif de la justice, entend la voix de l'Esprit qui lui dit : Venez. Et cet homme répond : Venez, Car l'Esprit souffle où il veut. Ensuite nous vous dirons que la connaissance de la venue passée ou future d'un Rédempteur, n'est pas si limitée que vous vous l'imaginez. Car Dieu a permis dans sa bonté toute paternelle, et selon le plan de ses secrets desseins, que les fables nombreuses et variées, qui sont une corruption de l'histoire du jardin d'Eden, fussent conservées et répandues parmi ces nations, comme un moyen secret dont Dieu s'est servi pour leur donner l'idée d'un Rédempteur. Quant aux difficultés qu'on pourrait nous faire sur la nécessité absolue du baptême tirée de ces paroles de saint Jean, III, 5 : « En vérité, en vérité, je vous le dis : Si C[uelqu'un ne renait de l'eau et de l'Es-

Page 1