LIV. VI, SECT. I, CHAP. XII
siècles des siècles. De même il est roux, à cause do son ancienne jalousie, de sa rage et de son envie, qui lui donne une couleur livide, tant il brûle du désir de nuire au genre humain et à l'Église du Christ, cherchant sans cesse à dévorer les chrétiens, et à ruiner leurs pieux desseins et Içurs bonnes œuvres, comme les serpents roux et les crapauds, qu'on regarde comme très-vénimeux, cherchent à nuire aux hommes. Enfin, il est roux., parce qu'il est et qu'il sera, vers la lin des temps, très-rusé et très-fin, comme Jésus-Christ nous en prévient en saint Matthieu, XXIV, 24, « de manière à séduire les élus mêmes, s'il était possible. » Ce dragon parut à saint Jean avec sept têtes et dix cornes., et sept diadèmes sur ses têtes. Ces sept têtes signifient tous les rois, ou plutôt tous les tyrans qui régneront dans la monarchie turque jusqu'à la fin. Et par les dix cornes, on entend tous les règnes qui seront soumis au pouvoir du dragon. Il est dit que ce dragon a ou possède ces têtes et ces cornes, parce qu'il régit ces rois et ces royaumes, et qu'il les pousse à la tyrannie contre les chrétiens. Il combat avec eux et en eux, et il sévit par eux contre Jésus-Christ et son Église. Il est dit aussi qu'il aura sept diadèmes sur ses têtes, parce que la dignité royale continuera de subsister dans la monarchie turque jusqu'au fils de perdition, car ce règne ne sera pas totalement détruit. Les dix cornes sont aussi dix rois plus ou moins puissants qui, vers la fin des temps, l'empire romain ayant été détruit, se couronneront d'euxmêmes ; chacun d'eux voudra avoir son royaume à part ; mais le fils de perdition les vaincra et les soumettra à sa domination. Et c'est ainsi qu'il acquerra une grande puissance, car il se servira de ces rois comme de ses
cornes, pour combattre et ruiner toutes choses, à l'instar de ranimai dont la force est dans les cornes. Et sa queue entraînait la troisième partie des étoiles du ciel, et il les fit tomber sur la terre. Par la queue, on comprend les conséquences de cette monarchie diabolique qui entraîna, en effet, et enveloppa la troisième partie des étoiles du ciel, c'est-à-dire, de l'Église grecque, qui se sépara peu à peu de TÉglise romaine, après s'être" souillée de diverses erreurs, à l'occasion de la secte de Mahomet, et sous le joug de la monarchie turque. Cette Église grecque est représentée par les étoiles du ciel, parce qu'elle florissait auparavant et brillait comme les étoiles, par un grand nombre de saints et de docteurs ; à ce point que nous devons reconnaître nous-mêmes que presque toutes les lumières, et surtout les plus grandes de l'Église du Christ, ont principalement brillé dans la primitive Église et dans l'Église grecque. Et il les fit tomber sur la terre, parce que l'Église grecque fut dispersée, et demeurera ainsi dans son triste état sous la domination de l'empire turc, jusqu'au temps du fils de perdition. Il est vrai qu'au sixième àge,'dorsque cet empire turc aura été restreint dans des limites plus étroites, l'Église grecque se réunira de nouveau à l'Église latine. Mais comme cette époque sera de courte durée, relativement à la longueur de ce règne, cette réconciliation avec notre sainte mère l'Église ne peut pas être considérée comme constante et durable. De plus, cette Église grecque sera presque la première de toutes qui, à la fin des temps, adhérera au fils de perdition et à ses faux prophètes, et se tournera contre la femme revêtue du soleil, c'est-à-dire, contre la vraie Église de Jésus-Christ. Alors elle s'emploiera, selon sa vieille habitude diabo-