LIV. VI, SECT. I, CHAP. XII
lique, à reproduire ses erreurs sur la nature du Fils et la procession du Saint-Esprit, et elle adorera et fera adorer sur la terre un faux sauveur du monde, et le plus criminel des imposteurs, l'Antéchrist. De même aussi, par la queue sont désignés les faux chrétiens et les faux prophètes, qui, à l'instar d'une queue de dragon, seront remplis du venin de la doctrine la plus pestilentielle, et adhéreront à Satan d'une manière inséparable, le suivant partout où il ira, et agissant conformément à sa volonté et au pouvoir qu'il possédera par la permission de Dieu, Et ils séduiront beaucoup d'hommes, selon la prophétie de Jésus-Christ, Matth., XXIV, 24: «Carde faux christs et de faux prophètes s'élèveront, et ils feront de grands prodiges et des choses étonnantes, de manière à séduire, s'il était possible, les élus mêmes. C'est pourquoi il est dit : Et sa queue entraînait la troisième partie des étoiles du ciel, et il les fit tomber sur la terre. Par les étoiles du ciel on entend aussi les docteurs, les religieux et les ecclésiastiques même de l'Église latine, qui, dans ces derniers jours, voyant que tout sera bouleversé et que Dieu paraîtra comme endormi, et même comme impuissant à réprimer les impies auxquels il permettra tout, en prendront scandale, et se laisseront séduire par les prodiges des faux prophètes, et feront défection. Ils se livreront aux voluptés de la chair, se marieront, et plongeront leur cœur dans des amours illicites et la concupiscence des femmes. Car, alors, le célibat et la sainte vertu de chasteté seront considérés comme un scandale et un objet de dérision. On verra renaître les temps de Noé, où toute chair avait corrompu ses voies ; et alors Dieu détruira l'univers, non plus par l'eau, mais par le feu. Et il les fit tomber sur la terre, parce
que ces apostats, unis de cœur et d'esprit avec les faux prophètes, adhéreront à leur fausse doctrine et se mettront en œuvre pour troubler, d'une manière horrible, l'Église du Christ. Ils commettront de très-grands scandales ; ils séduiront les peuples et les nations, et persécuteront leurs frères et leurs supérieurs qui ne voudront pas marcher sur la voie de leurs abominations. De là l'avertissement que Jésus-Christ nous donne en saint Matthieu, XXIV, 9 : « Alors ils vous livreront aux tribulations, et ils vous tueront, et vous serez en haine à toutes les nations, à cause de mon nom. Et plusieurs alors se scandaliseront ; ils se trahiront et se haïront les uns les autres. Et plusieurs faux prophètes s'élèveront et en séduiront plusieurs. Et comme l'iniquité abondera, la charité de plusieurs se refroidira. Mais celui qui persévérera jusqu'à la lin, sera sauvé. »
III. Vers. 5. — Et ce dragon s'arrêta devant la femme qui devait enfanter, afin de dévorer son fils aussitôt quelle en serait délivrée. Et elle mit au monde un enfant mâle qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer, et son fils fut enlevé près de Dieu et de son trône. Cette station, en présence et en face de la femme, désigne une violence excessive et très-pressante, ainsi qu'une tyrannie continuelle et soutenue contre l'Église du Christ et son empire romain ; violence que Satan exerça en premier lieu dans la personne de Chosroès, roi des Perses, qui ne fait qu'un avec Satan. C'est pourquoi il est appelé le dragon en second et comme instru- ^ ment, parce qu'il en fut la queue et qu'il ne tendait qu'à
Jî: un seul but, de faire disparaître le nom de Jésus-Christ et
de son Église. Il en est de môme, et à plus forte raison encore, do Maliomet. et conséquenimcni de son empire
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tyranniqiie qui durera 1260 ans, et qui sera renouvelé par l'Antéchrist, le lils de perdition. Car il est admis, une fois pour toutes, comme certain, que cette guerre si cruelle et si longue du dragon fut entreprise et commencée par Chosroès, qu'elle fut continuée très-longtemps par Mahomet et son empire turc, et qu'elle finira par l'Antéchrist, qui commettra plus de crimes, pendant les jours de la durée de son règne, que tous les précédents n'en auront produits en autant d'années. Ces jours sont indiqués par Daniel et par saint Jean, comme on l'a dit plus haut. Au reste, on en parlera encore plus au long par la suite. Tout le monde doit donc savoir que sous l'énigme du dragon, le grand chef et le grand directeur des impies, et sous les énigmes des bêtes et des cornes, des têtes, des eaux et des femmes, toutes les abominations de cette guerre sont décrites par saint Jean, qui en éi)rouve lui-même de l'étonnement, parce que ce sont là, en elfet, de grandes et vraiment étonnantes tribulations qui ruineront plus ou moins l'Église, et dans lesquelles les élus seront éprouvés comme par le feu. C'est pourquoi le dragon, Chosroès, Mahomet, tous les successeurs de sa secte à l'empire turc, et aussi le lils de perdition qui en sera le complément, sont tous les ennemis déclarés du saint Nom de Jésus et de son Église, et constituent un seul corps moral, qui est la bête ou le dragon. Et ce dragon s'arrêta, devant la femme qui devait enfanter. Ces paroles signifient de grandes angoisses et un danger de périr très-pressant, dans lesquels se trouvèrent l'Église et l'empire romain au temps de l'empereur Phocas, sous le règne duquel Chosroès occupa une très-grande partie de cet empire. Car il dévasta toutes les églises, traita inhumainement les fidèles, qu'il
74 IXTERPRÉTATION DE l'aPOCALYPSE.
faisait cruellement massacrer, s'empara de la ville de Jérusalem, où 90,000 chrétiens furent passés au fil de l'épée, et enleva la vraie croix du Sauveur. Et si la miséricorde divine n'eût pas suscité à l'Église un libérateur puissant dans son fils Héraclius, ce cruel tyran, qui s'était agrandi par tant de déprédations et par tant de royaumes dont il s'était emparé, aurait fini peut-être par tout dévorer, comme un dragon en fureur. Et ce dragon s'arrêta devant la femme qui' devait enfanter, afin de dévorer son fils aussitôt qu'elle en serait délivrée. Chosroès, en effet, devenu insolent par ses victoires voulait absolument dévorer et détruire Héraclius, lorsqu'il monta sur le trône de l'empire, qui venait de subir de si violentes atteintes. Car Chosroès, enflé de ses victoires, et plein de confiance dans l'étendue de sa puissace et dans la valeur de ses armées, refusa de conclure un traité de paix avec Héraclius, même aux conditions les plus humiliantes pour cet empereur.
IV. Elle mit au monde un enfant mâle qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer. Ce fut Héraclius, qui fut élevé à l'empire, et qui démontra véritablement une mâle vigueur, dès les commencements de son règne. Il réprima l'insolence de Chosroès par d'éclatantes victoires, tailla en pièces plusieurs de ses plus formidables armées, occupa la Perse, replanta la sainte croix sur le mont Calvaire, enfin se montra vraiment digne de régner sur toutes les nations. Et Dieu lui eût peut-être accordé cet avantage, s'il ne se fut pas éloigné de lui, en soutenant l'hérésie des Monothélites. Ainsi donc, autant l'heureux commencement de son règne fut agréable à Dieu et à l'Église, et utile à l'empire ; autant devint-il lui-même misérable et odieux