LIV. VI, SECT. I, CHAP. XII
dans la suite. Que les rois, les princes et les puissants du siècle apprennent par cet exemple ce qu'ils peuvent faire avec l'aide et dans l'amitié de Dieu, et combien au contraire ils deviennent impuissants et malheureux en s'éloignant de lui. Qui devait gouverner toutes les nations avec un, sceptre de fer. Par ce sceptre de fer on comprend une très-grande et très-forte puissance, que Dieu eût donné à Héraclius pour soumettre à sa domination, et contenir dans l'obéissance et la servitude, les nations barbares, si celui-ci. ne se fût pas séparé de lui, et s'il n'eût pas corrompu ses voies en tombant dans l'hérésie. C'est pourquoi saint Jean s'exprime d'une manière conditionnelle, et non pas absolue : Qui devait gouverner, etc. Et son fils fut enlevé près de Dieu et de son trône. Ces paroles expriment la protection de Dieu envers Héraclius, et ses conseils éternels contre ses ennemis ; et aussi les victoires éclatantes et l'élévation de ce prince au trône de l'empire. Ce sont là, en effet, des dons qui viennent de Dieu, et qu'il distribue comme il lui plaît, Qu'on lise, si l'on veut, les guerres, les victoires et les actes pieux de cet empereur, lorsqu'il défendait encore la cause de Dieu, et qu'il combattit si vaillamment pour la croix de son Christ, et l'on A^erra clairement le doigt de Dieu dans le couronnement de cet empereur, et dans son éclatant triomphe sur les ennemis les plus puissants et les plus redoutables, avec de très-faibles moyens humains. Mais parce qu'il abandonna les voies de la justice et de la vérité, il fut lui-même abandonné de Dieu, et subit dans la suite toute espèce d'infortunes et de misères. Sa défection donna entrée à la bète dans l'un des règnes les plus puissants, les plus stables et les plus longs de l'histoire du monde, s'étendant depuis Mahomet jusqu'à l'Antéchrist,
V. Vers, 6. — Et la femme s'enfuit dans le désert où elle avait une retraite que Dieu lui avait préparée, pour y être nourrie mille deux cent soixatite jours. Lorsque Dieu eut vu que le christianisme et l'empire d'Orient ne pouvaient pas se soutenir en face de la bête, et que la foi catholique elle-même commençait à s'obscurcir par la fumée de l'orgueil, et k être souillée par la boue de l'arrogance dont les fidèles eux-mêmes se rendaient coupables envers le saint Siège ; et lorsqu'il eut vu les ténèbres des hérésies et des schismes s'introduire peu à peu dans l'Église, il la transporta elle et son empire romain en Allemagne, dont la principale partie était encore ensevelie dans les erreurs du paganisme. Dieu voulant donc user de clémence envers la race allemande, lui envoya de grands saints, de l'ordre à jamais célèbre de saint Benoît, qui la convertirent successivement à la foi catholique. Qu'il soit permis de citer ici quelques-uns de ces noms apostoliques : Saint Goarius convertit les habitants de Trêves ; saint Rupert avec ses compagnons la Bavière ; saint Priminus la Saxe occidentale ; saint Gisalonius fut l'apôtre de l'Autriche. Les Iles-Britanniques reçurent la lumière de la foi de saint Richard, abbé, de saint Augustin, de saint Boniface et de plusieurs autres saints docteurs. Saint Wilfride convertit les peuples de la Frise, et saint Chilianus ceux de la Franconie. C'est ainsi que toute la race allemande se trouva constituée au centre de la félicité et de la lumière de la foi du Christ par ces saints apôtres, et par beaucoup d'autres encore que Dieu lui envoya. La bête en frémit de rage. L'Allemagne, qu'on pouvait considérer auparavant comme une vaste solitude ou un désert, fut ainsi fécondée par la doctrine de ces saints apôtres, et arrosée par