LIV. VI, SECT. I, CHAP. XII. TQ
que le dragon, avec ses mauvais anges, fit tous ses efforts pour s'y opposer, et même pour la détruire. Et il y eut un grand combat dans le ciel. Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon, avec ses anges, combattaient contre lui. Saint Michel est le protecteur de l'Église militante, et ses anges sont les gardiens des églises, des royaumes et de toute la chrétienté. Saint Michel est le prince et le chef de ces milliers d'anges qui combattent, selon la volonté de Dieu, contre la puissance des ténèbres, pour protéger et conserver l'Église, qui est plus ou moins étendue par toute la terre, selon les circonstances des temps, et qui est confiée à la garde de cet archange. Le dragon, au contraire, c'est Lucifer, l'ancien serpent, le diable et Satan. Ses anges sont les autres esprits mauvais et réprouvés qu'il envoie sur toute la surface du globe pour en faire disparaître l'Église et le nom du Christ. Ainsi, tandis que les premiers s'efforçaient de répandre en Europe la foi chrétienne, les seconds mettaient tout en œuvre pour s'y opposer et pour la détruire, en sollicitant les âmes des nations converties à faire défection, et en les excitant à la sédition, aux guerres, à la tyrannie, à la persécution et à la haine contre les prêtres et les apôtres du Christ. De plus ils suscitaient de faux frères, des fils de Bélial dans le sein de l'Église par les hérésies, afin que ceux-ci jetassent le trouble et la confusion parmi les nouveaux chrétiens par le scandale, dans le but de les rendre odieux aux autres nations qui étaient encore dans les ténèbres, et pour empêcher celles-ci de se convertir. Mais malgré tous ces efforts tentés par le dragon et par ses anges rebelles, ni les séditions, ni les guerres, ni les défections, ni l'effusion
du sang des martyrs, ni tant d'autres difficultés de tout genre ne purent empêcher la conversion de l'Allemagne et des nations occidentales , parce que cette sainte œuvre était sous la spéciale protection de Dieu qui se montra sensible aux prières et aux sacrifices de tous les saints apôtres de l'Allemagne, et même de toute l'Europe. De sorte que la puissance, les combats, les travaux, l'industrie et l'extrême vigilance de saint Michel et de ses saints anges prévalurent, et obtinrent un plein triomphe. C'est pourquoi il est dit dans le texte, en parlant des premiers.
Vers. 8. — Mais ceux-ci furent les plus faibles, et leur place ne se trouva plus dans le ciel, c'est-à-dire, dans l'Église d'Allemagne et d'Occident, pour empêcher l'Église de naître, ou pour la détruire ensuite. Car la foi catholique fut établie et répandue au long et au large dans toute l'Europe, par la puissance et la piété de Charlemagne, vers l'an 800.
Vers. 9. — Et ce dragon, l'ancien serpent, appelé le démon et Satan, qui séduit tout l'univers, fut précipité sur la terre, et ses anges arec lui, c'est-à-dire, que Satan et toute son armée furent repoussés, dispersés, proscrits et mis en fuite par saint Michel et ses anges, comme un roi a coutume de repousser un ennemi qui a osé pénétrer dans son royaume. Et ce dragon, l'ancien serpent, appelé le démon et Satan, qui séduit tout l'univers, etc. Saint Jean explique ici à la lettre ce qu'on doit comprendre dans ce mot le dragon, c'est-à-dire, Lucifer, qui est appelé un dragon à cause de l'étendue de sa puissance, de la finesse et de la pénétration de son intelligence et de son excessive astuce, dont nous trouvons une idée dans la Genèse. III. 15 : < Je mettrai