LIV. VI, SECT. I, CHAP. XII
inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne : elle te brisera la tète, et tu la blesseras au talon. » Or, ce passage ne doit pas s'entendre seulement de la bienheureuse Vierge Marie, mais aussi de l'Église contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront pas. VII. On voit par là combien il importe aux évoques, aux prélats, aux curés et aux autres pasteurs des âmes de veiller sur le troupeau qui leur est confié, puisque Lucifer, avec des milliers de démons, travaille à toute heure et sans relâche à la ruine des âmes. Et ces pasteurs ont d'autant plus de moyens de garantir leurs ouailles, qu'ils possèdent dans le Saint-Esprit la haute intelligence de toutes les choses, et qu'ils sont constitués de Dieu pour gouverner l'Église. Enfin il résulte de ce qui vient d'être dit plus haut combien Notre-Seigneur Jésus-Christ mérite d'admiration, d'actions de grâces et de confiance de la part des hommes qui, quoique aveuglés par le péché, sont néanmoins protégés d'une manière toute paternelle, au milieu de tant de dangers et d'embûches, par les saints anges, que nous devons en conséquence récompenser par un tendre amour en les invoquant. C'est seulement après avoir abandonné noti'e chair mortelle que nous verrons clairement les horribles dangers que nous avons courus, et que nous n'aurons pu éviter que par la protection spéciale des saints anges. Mais nous aussi, nous devons toujours veiller, pour ne pas donner entrée au démon dans nos âmes. C'est ce dont nous avertit saint Pierre, qui est la colonne fondamentale de l'Église du Christ, quand il dit, I. Petr., V, 8 : « Soyez sobre et veillez ; car le démon votre ennemi tourne autour de vous, comme un lion rugissant, cherchant quelqu'un à dévorer. Résistez- II. H
lui, demeurant fermes dans la foi. » Et ce grand dragon.... fut précipité sur la terre, et ses anges avec lui. Par la terre, saint Jean désigne ici l'empire et l'Église d'Orient,, dont il a été dit qu'il s'aiTêta devant la femme, au temps de Chosroès. Car, ayant été chassé et rejeté de l'Église d'Occident, il lui fut permis de continuer à exercer sa fureur avec les siens en Orient, à cause de la méchanceté et des péchés de ces nations, et pour punir, par Mahomet et par la monarchie turque, l'orgueil, l'avarice, l'ambition, les hérésies et les schismes de l'Église grecque, qui fut si longtemps rebelle aux pontifes romains, comme nous le verrons plus loin.
VIII. Vers, 10. — Et j'entendis une grande voix dans le ciel disant : Maintenant le salut de notre Dieu est affermi, et sa puissance et son règne, et la puissance de son C/irisï. Suivent dans ces paroles la joie et les témoignages de gi'atitude de l'Église triomphante, à cause de la conversion de l'Allemagne et des contrées occidentales de l'Europe, car c'est le propre du caractère des saints de se réjouir du bien et d'avoir de l'aversion pour le mal. Et j'entendis une grande voix dans le ciel, disant, etc. Cette voix est la voix du vainqueur, c'està-dire, de saint Michel qui rentre triomphant dans le ciel, après avoir terminé son expédition guerrière en sa qualité de général en chef et de protecteur de l'Église militante sur la terre. Maintenant le salut de notre Dieu est affermi, et sa puissance et son règne, et la puissance de son Christ. Le salut vient de Dieu, et il est accordé aux nations par leur conversion à la foi catholique, sans laquelle, dit saint Paul, il est impossible de plaire à Dieu et d'obtenir la vie éternelle. La puissance signifie la grâce, les lumières et les miracles de l'Esprit du Sei-