LIT, VI, SECT. I, CHAP. XTI
giieiir, qui envoya des saints et vaillants ouvriers à ces nations, pour les faire sortir des ténèbres et de l'ombre de la mort où elles étaient assises, et les conduire à la vérité de la foi et dans la bergerie des élus. Le règne indique la soumission et l'obéissance avec lesquelles ces nations commencèrent à servir Dieu leur créateur, et à l'adorer, au lieu de servir les idoles et d'adorer les démons, auxquels elles étaient misérablement soumises auparavant. La puissance du Christ, enfin, signifie la juridiction qui fut acquise à l'Église militante sur ces peuples et sur ces nations. Cette puissance est dite du Christ, parce que c'est lui-même qui se l'est acquise par son sang précieux, pour la donner ensuite à son Église sur la terre. Parce que l'accusateur de nos frères, qui les accusait jour et nuit devant Dieu, a été précipité. C'est-à-dire, que la puissance du dragon a été proscrite et bannie des cœurs ; ainsi que l'idolâtrie, l'imposture et le mensonge dont ces nations s'étaient souillées auparavant. Ce dragon est appelé, par les saints de l'Église triomphante, l'accusateur de nos frères, parce que son orgueil inné le porte continuellement à reprocher devant Dieu la fragilité humaine et les imperfections de notre nature corrompue, comme il le fit à l'égard de Job (II). C'est ainsi que, méprisant l'extrême simplicité des moines qui évangélisèrent l'Allemagne, Satan regardait comme impossible que des nations douées d'une si grande prudence humaine, et que des peuples si barbares, si belliqueux et si puissants se laissassent détourner de leur idolâtrie, pour se convertir à la voix de ces simples moines dépourvus de tous mo^'ens humains.
Vers. 11. — Et ils l'ont vaincu par le sang de l'Agneau, et par le témoignage qu'ils ont rendu à sa pa-
rôle, et ils ont méprise leur vie jusqu'à souffrir la mort. Saint Jean exprime ici la victoire et le triomphe que les serviteurs et les ouvriers du Christ; aidés de sa grâce, remportèrent sur Satan et sur ses anges, en amenant peu à peu toutes les nations de l'Allemagne et des contrées occidentales au bercail du bon pasteur. L'apôtre attribue cette grande victoire à trois causes principales; savoir: Au sang de l'Agneau, au témoignage que les martyrs ont rendu à sa parole, et au mépris de la vie jusqu'à souffrir la mort. En effet, c'est par son sang adorable que le Christ a fécondé son Eglise. Et c'est par la prédication de l'Evangile que la foi a été propagée par toute la terre. Le sang des martyrs était comme une semence qui multipliait les chrétiens ; et ceux-ci devenaient les branches de la vigne du Seigneur. Et ils ont méprisé leur vie jusqu'à souffrir la mort, c'est-à-dire, qu'ils se sont livrés pour l'amour du saint Nom de Jésus et pour la conversion des âmes, à toutes les incommodités, aux afflictions, aux dangers de la vie, et à la mort même. (Voir là-dessus les annales dès l'an eOOjusqu'à l'an 800.)
Vers. 12. — C'est pourquoi, deux, réjouissez-vous, et vous qui les habitez. Ces paroles expriment la paix; la joie, le bonheur, l'allégresse et le repos de l'Église militante, ainsi que des félicitations sur sa victoire et sur son triomphe. C'est ainsi qu'un roi a coutume de féliciter sa capitale et son royaume, en ordonnant même des réjouisances publiques, après avoir poursuivi et dispersé les ennemis qui s'étaient emparés d'une partie de ses états.
IX Malheur à la terre et à la mer, parce que le démon est descendu vers vous, plein d'une grande colère,