LIV. VI, SECT. II, CHAP. XIV
voix exhortant avec un zèle ardent à agir et à combattre avec force, pour remporter la victoire sur les ennemis de l'Église qui l'avaient tant déprimée. Car la bête, qui est l'empire turc, devra occuper auparavant l'Italie, et s'étendra considérablement partout. Elle serrera de si près la chrétienté, que celle-ci, réduite à la dernière nécessité, tentera aussi les extrêmes, et obtiendra un succès immense. Elle déchirera le siège ou le royaume de la bête, c'est-à-dire, l'empire turc, et reléguera en enfer la perfidie des hérétiques. C'est pourquoi saint Jean désigne deux espèces d'ennemis, qu'il distingue par les mots moisson et vendange. Le premier mot signifie les nations des Turcs, et le second désigne les hérétiques. Car par les gerbes de paille, on entend les nations barbares, et par les grappes de raisins sauvages, on entend les hérétiques qui se vantent d'être chrétiens. C'est de ces derniers qu'il est parlé par allégorie dans l'Évangile, Jo., XV, 1-7 : « Je suis la vraie vigne, et mon père est vigneron. Il retranchera toutes les branches qui ne rapportent point de fruits en moi, et il émondera toutes celles qui portent du fruit, atin qu'elles en portent davantage. Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée. Demeurez en moi, et moi en vous. Comme la branche ne saurait porter de fruit d'elle-même, et sans demeurer unie au cep ; il en est ainsi de vous, si vous ne demeurez en moi. Je suis le cep de la vigne et vous les branches. Celui qui demeure en moi, et en qui je demeure, porte beaucoup de fruits ; car sans moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme un sarment : il séchera, et on le ramassera et oh le jettera au feu, et il sera consumé.»
Ces paroles de la moisson et de la vendange dont il est parlé dans l'Apocalypse sont une grande et difficile métaphore. Car Dieu a toujours donné de grands royaumes aux nations de la terre, tandis qu'il renferma son peuple choisi dans des limites étroites, resserrées et désavantageuses, comme une terre bordée d'une haie d'épines. Et c'est dans un tel état que se trouve maintenant l'Église qui est la vigne du Dieu des armées. Aiosi donc par la înoisson ou plutôt par les gerbes de paille desséchées, ou la zizanie, on entend les nations de la terre, et par les raisins qui croissent sur les sauvageons de la vigne, qui est l'Église du Christ, sont désignés à la lettre les hérétiques. Car Jésus-Christ est la vigne, et dans sa vigne, qui est l'Église, il croît deux sortes de raisins, les bons raisins, c'est-à-dire, les vrais chrétiens ; et les sauvageons, c'est-à-dire, les hérétiques autrement représentés par les branches sèches.
Vers. 19. — Et l'ange jeta sa faulx tranchante sur la terre, et vendangea la vigne de la terre ; et il en jeta les raisins dans la grande cuve de la colère de Dieu. Ces paroles insistent de nouveau sur la prospérité de l'Église, et sur la certitude et l'évidence du témoignage que donne saint Jean, que ces choses arriveront en leur temps, pour la consolation de la sainte Église romaine. Car le Seigneur a parlé, et il exécutera toujours sa parole. Et il en jeta les raisins dans la grande cuve de la colère de Dieu. Cette grande cuve de la colère de Dieu, c'est le pressoir ou la cuve dans laquelle la justice divine exercera ses vengeances sur les hérétiques et sur les nations barbares. C"est dans cette grande cuve que le Seigneur a toujours jeté soit les