LIV, VII, SECT. I, CHAP. XV
séparées entre elles par des haines profondes, et de ranger à l'unité religieuse ces tribus partagées entre les doctrines de Zoroastre, et celles du sabéisme, se subdivisant en sectes nombreuses. Lorsque Mahomet se donna pour prophète, on ne le crut point ; on lui demanda des miracles comme en avaient fait Moïse et Jésus- Christ ; ses compatriotes étaient prêts à proclamer sa mission surnaturelle, si, à sa parole, le sable du désert se changeait en jardins embaumés, si son pouvoir les transportait, en un clin-d'œil, eux et leurs marchandises, aux foires de Syrie. L'imposteur dédaignait les miracles comme un moyen trop peu efficace pour appuyer l'autorité d'un envoyé de Dieu; il se borna à tirer de son imagination un conte merveilleux : son rapide voyage nocturne de la Mecque à Jérusalem, monté sur une bête blanche, plus petite qu'une mule, plus grande qu'un âne, et son ascension jusqu'au septième ciel. En franchissant les hautes demeures, il avait salué à mesure les patriarches, les prophètes et les anges ; et par de là les dernières limites, Dieu lui ayant touché l'épaule, un frisson glacé était entré dans son cœur. Puis il était redescendu à Jérusalem sur sa blanche monture, et avait repris le chemin de la Mecque. En moins d'une heure, le prophète avait traversé tous ces espaces infinis. Chassé de la Mecque par sa propre tribu (622), il fit une entrée triomphale à Médine, assis sur un chameau avec une espèce de parasol de palmier déployé en guise de tabernacle, et un turban déroulé qui flottait en manière de drapeau. (Oh ! que cette imitation de l'entrée triomphante de Jésus-Christ à Jérusalem est burlesque et grossière I) Malgré cela, l'énergie et le charme de ses paroles, les prodiges qu'il racontait au nom du ciel, les
peintures de son imagination, les richesses qu'il promettait en ce monde et le paradis voluptueux qu'il annonçait dans l'autre, multiplièrent en peu d'années le nombre de ses disciples. Monté à la puissance, Mahomet garda la simplicité du marchand de chameaux. Maître de l'Hedjad, de l'Hiémen, de toute la péninsule arabique, on le voyait raccommoder sa chaussure, son manteau de laine, traire les brebis et allumer son feu. Imitateur burlesque de Jésus-Christ et de ses prophètes, il faisait des dattes et de l'eau pure sa nourriture ordinaire. Le luxe de ses repas n'allait point au-delà du lait et du miel ; mais il avouait qu'il aimait bea,ucoup les femmes et les parfums. En ceci il fut un vrai type de l'Antéchrist dont Daniel dit, XI, 37 : « Il sera livré à la concupiscence des femmes. >
On a vu que l'Antéchrist prétendra se faire adorer comme Dieu ; voyons un peu ce que Mahomet pensait de lui-même : « Dieu a créé tous les hommes, et m'a fait le meilleur des hommes ; il a partagé les hommes en nations, et ma placé dans la meilleure des nations: il a partagé chaque nation en tribus, et m'a placé dans la meilleure des tribus ; il a divisé les tribus en familles, et m'a fait naître dans la meilleure des familles. Oui, ma famille est meilleure que les vôtres, et mes aïeux sont meilleurs que vos aïeux. Je suis le chef et le modèle des hommes, et je n'en tire pas vanité. Je suis le plus éloquent des Arabes ; c'est moi qui frapperai le premier à la porte du paradis ; car c'est moi le premier dont le tombeau s'ouvrira au grand jour. Abraham m'a demandé à Dieu, Jésus m'a annoncé au monde ; et ma mère, quand elle m'a enfanté a vu une grande lumière de l'Orient à lOccident. »