LIT. VII, SECT. I, CHAP XVI
III. Vers. 3. — Et le second ange répandit sa coupe sur la mer, et elle devint comme le sang d'un mort ; et tout ce qui avait vie dans la mer mourut. Cette seconde plaie sera donc la corruption de l'eau de la mer, qui deviendra comme le sang d'un mort ; or le sang d'un mort, n'ayant plus sa circulation et s'épaississant en devenant noir, ne tarde pas à se corrompre et à devenir infect. On peut juger par là de la puanteur et de l'infection qui résultera d'une pareille plaie, lorsque toute l'eau des mers sera devenue comme le sang d'un mort. Et tout ce qui avait vie dans la mer mourut, c'est-àdire, que tous les poissons et les cétacés périront, et la puanteur de leur cadavre ajoutera aux exhalaisons putrides de l'eau de la mer, devenue comme le sang d'un mort. Nous fûmes témoins nous-mêmes d'une semblable plaie, aux approches du choléra qui affligea si cruellement l'Europe, l'an 1854 ; et nous vîmes les eaux du golfe de Naples semblables à de l'huile, et brillantes comme le phosphore, aussi loin que la vue pouvait s'étendre. Les poissons périrent en grande quantité, et le peuple s'abstint d'en manger tout le temps que dura l'épidémie. Ce phénomène, qu'on remarque quelquefois dans les grandes chaleurs, se manifesta à un degré dont on n'avait pas d'exemple ; et les savants cherchèrent à l'expliquer par des animalcules.
IV. Vers. 4. — Et le troisième ange répandit sa coupe sur les fleuves et sur les fontaines, et il y eut partout du sang. Toutes ces paroles et celles qui précèdent doivent être prises littéralement. Ainsi donc, en ce temps-là, on ne trouvera presque plus d'eau à boire, car non-seulement l'eau salée, mais encore l'eau douce sera changée en sang, comme le texte l'exprime par ces mots : Sur
les fleuves et svr les fontaines, et il y eut partout du sang. Ce manque d'eau arrivera en même temps que les hommes seront brûlés par une chaleur dévorante ; car en un, seul jour ces plaies, la mort, le deuil et la famine viendront, et Bahylone, c'est-à-dire, les nations de la terre qui auront adoré la bête et porté le caractère de son nom., sera brûlée par le feu, parce que le Dieu qui la jugera est le Dieu fort. Après cette troisième plaie, saint Jean interrompt le cours de sa description par les observations suivantes :
V. Vers, 5. — Et f entendis l'ange des eaux disant : Vous êtes juste. Seigneur, qui êtes, et qui avez été ; vous êtes saint, lorsque vous jugez ainsi. 1° Saint Augustin, Liv, 83, 9, 79, et avant lui Origène, Hom. 14, in Num., enseignent que chaque chose visible de ce monde est gouvernée par un ange, et c'est de là qu'il est parlé dans notre texte de l'ange des eaux.
2^ On a dit plus d'une fois que les eaux, dans l'Ecriture, signifient souvent les tribulations. Par cet ange des eaux, saint Jean représente donc allégoriquement le sentiment unanime des fidèles de l'Église, qui accepteront avec résignation ces grandes tribulations auxquelles ils auront aussi part. Car les justes, selon l'expérience de tous les siècles, pâtissent avec les coupables. Il n'y a de différence qu'en ce que les saints comprennent la justice et la sainteté de Dieu au milieu de leurs épreuves ; tandis que les méchants ne les comprennent pas ; or c'est là qu'on verra surtout à la fin des temps, selon Daniel, XII, 10 : « Plusieurs seront élus et purifiés, et éprouvés comme par le feu ; et ceux qui sont impies, agiront avec impiété, et tous les impies ne comprendront pas ; mais les sages entendront.» Ainsi donc, les derniers