Accidents
Tout ceci est ordonné par les Dieux, ou les puissances qui gouvernent, et nous sommes impuissants à Téviter, mais nous pouvons améliorer nos vies de façon à n’acquérir, en dehors de cela, qu’un bon Karma.
76. Q. — Vous m'avez fait comprendre combien il est important pour nous de vivre selon les Lois divines, et aussi d'acquérir la connaissance de ce qui est spirituel pendant que nous sommes ici. Mais n'y a-t-il pas aujourd'hui sur la terre beaucoup de gens qui n'ont aucune occasion d'arriver a posséder cette connaissance spirituelle ?
R. — Je viens d’énumérer ce malheur comme le 4*»® dans l’ordre des « accidents » dont la raison se trouve dans la loi du Karma. Le Karma détermine pour nous les occasions. Par l’usage que nous en faisons nous créons un bon Karma; si nous en usons mal, ou si nous négligeons de les utiliser, nous nous préparons un mauvais Karma. Un homme peut avoir ^occasion d’apprendre certaines choses, tandis que son meilleur ami se trouvera dans une situation où jamais cette connaissance ne sera
à sa portée. Pourquoi? parce qu’il ne s’est pas développé au point de rencontrer ces occasions. Quelques personnes ont des dons que d’autres ne peuvent pas cultiver. Deux personnes peuvent mettre une annonce dans un journal pour demander une situation ; l’une obtiendra une réponse favorable, l’autre rien. C’est ainsi que le Karma opère dans la vie journalière. Mais n’oubliez pas que nous ne sommes jamais immobiles ; nous travaillons sans cesse à notre Karma. Notre passé a fait notre présent, et notre présent prépare notre avenir. Au fond nous ne vivons qu’une seule vie, mais nos expériences de cette vie sont divisées en plusieurs parties et chaque partie détermine ce que sera la suivante. Si nous comprenons la loi comme elle doit être comprise nous ne nous effrayerons pas de nos chutes pénibles; nous ne croirons pas à un avenir fatal, mais nous irons joyeusement en avant, nous servant des occasions créées par notre passé. Il n’y a, en réalité, ni chance ni bonne fortune, mais la même route où tous doivent marcher en progressant. Tous nous devons monter sur l’échelle de l’effort. Quoi que ce soit qui nous arrive est le résultat de la position que nous occupons
sur Féchelle, et notre position d'aujourd'hui est le résultat de tous les pas que nous avons faits jusqu’alors. Nous récoltons notre passé et nous préparons notre avenir à chaque instant ; car quoi que ce soit que nous fassions, que nous disions ou que nous pensions crée un nouveau Karma. L'étude de la loi du Karma est hautement pratique ; car comme nous pouvons détruire le mauvais Karma en en créant un bon, la création du bon Karma est l’œuvre de chaque jour. Faisons le mieux que nous pouvons faire de notre passé et de ses conséquences, en transformant les erreurs et les folies d'autrefois en or pur pour des jours à venir. La doctrine du Karma enseigne l'espoir et inspire l'effort; elle ne pousse pas à l’acceptation de l’inévitable. Car rien n’est inévitable dans le sens fataliste que l'on attache à ce mot. Nous avons tous des occasions de nous préparer un bop Karma maintenant, et d'assurer notre bonheur dans notre prochaine incarnation. Une couronne de martyr brille plus lumineuse que toutes les autres dans la vie spirituelle, et c'est une couronne semblable qu’a obtenue Marie Regina; le doux Esprit-Guide qui inspire ces écrits. Pour une pareille vie il
y a des compensations dont la gloire ne peut s’exprimer en paroles humaines !
77. Q. — Le pardon des péchés ne trouvet-il pas sa place dans la loi du Karma ?
R. — La loi du Karma est fondée sur la justice éternelle qui est le roc de la vérité. La justice est le dissolvant universel, la seule explication de tous les mystères de l’existence. La loi du Karma est-elle juste ou injuste? On dit souvent : « errer est humain, pardonner est divin ». Mais nous savons que le pardon ne peut pas entrer dans la loi du Karma. Si vous admettez l’idée du pardon, vous supposez donc que Dieu peut être irrité, courroucé et peut éprouver le désir de la vengeance. Tant que nous nous ferons de Dieu une idée demibarbare, nous attribuerons à l’être divin des limitations humaines. Le pardon suppose un changement dans l’esprit de celui qui pardonne. Dieu ne peut jamais changer, car il ne peut jamais être moins que parfait; il ne peut jamais changer d’attitude à l’égard 'de ses enfants, bien que ceux-ci changent souvent d’attitude à son égard. Dieu n’est jamais courroucé, bien qu’il puisse nous paraître ainsi lorsque nous-
mêmes nous éprouvons de la colère à l’égard de nos frères. Quelle leçon pour l’humanité dans cette parole : « Et moi je ne te condamne pas non plus, va et ne pèche plus ». Si Jésus sur la croix a dit : « Père, pardonne-leur », ce n’était pas pour demander à Dieu de faire une chose qu’il aurait pu ne pas faire ; mais il faut voir dans ces paroles l’expression d’une tendre pitié pour l’imperfection de l’homme, et une leçon de pardon.
78. Q. — Cependant, il nous est dit de prier ainsi ; « Pardonne-nous nos péchés comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ».
R. — Il est de notre devoir de pardonner à ceux qui ont péché contre nous parce que nous sommes imparfaits, et que le pardon suppose chez nous le passage d’un état de mauvaise volonté à l’égard de notre prochain à un état de bonne volonté. Mais Dieu étant parfait ne peut jamais éprouver de mauvaise volonté à l’égard de ses enfants, par conséquent il n’a pas la possibilité de pardonner. Dieu n’est jamais autre chose que la Sagesse et l’Amour infinis. Il est humain selon la chair
d’errer, mais il est divinement humain de pardonner, parce que en pardonnant l’homme met de côté son erreur. Autrefois, on pensait que Dieu révélait sa colère dans la foudre, mais aujourd’hui les orages sont considérés comme la manifestation de lois parfaites, et par conséquent ils prouvent la bonté de Dieu. Le vrai philosophe voit en toutes choses une sagesse et un amour infinis. Tout est bien, même ce qui nous paraît incompréhensible. Tous les actes de Dieu procèdent d’une bonté infinie, mais non pas ceux de l’homme. La théosophie nous donne la conception la plus élevée d’une divinité immuable. Or, si Dieu, la Loi et la Nature ne peuvent se séparer ; si la loi naturelle immuable est la loi de la Pensée divine’ la Loi n’est donc pas autre chose que l’expression de la volonté divine. Qu’est-ce donc'que la loi inexorable et immuable, sinon la manifestation invariable de la bienveillance divine ? Le Karma n’est que la loi des conséquences, l’effet qui suit la cause ; et si les conséquences de la folie humaine sont douloureuses, elles n’en sont pas moins utiles et bienfaisantes. Lorsqu’elle est raisonnablement expliquée, la doctcinë du Karma n’est pas autre chose que
l’opération constante de la cause immuable et de ses effets invariables. Le péché produit la souffrance et la souffrance efface le péché ; exactement comme lorsque des vêtements sont tachés ils ont besoin d’être nettoyés, et ce nettoyage suppose un travail. Par l’opération du Karma (conséquence) c’est-à-dire le développement continu du mérite individuel, nous en avons fini avec la doctrine de la punition éternelle qui se fonde sur une application tout à fait erronée d’un mot grec qui signifie longue durée et que l’on traduit quelquefois par éternel] mais convenez que le soufre, les furies et le feu avec lesquels on a trop longtemps effrayé les pauvres humains est tout simplement un symbole de la purification.
79. Q. — Depuis notre dernière conversalion, j'ai fait une connaissance fort intéressante, celle cVun savant Rabbi juif de Jérusalem. Son grand savoir sur tous les sujets occultes et sa connaissance de la signification ésotérique, ou intérieure, des Ecritures, lui ont donné une largeur de vue et une pénétration sjoirituelle qui lui permettent de
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voir que les mêmes vérités cachées qvCïl sait être a la base de sa religion, sont également le fondement de toutes les autres. Je lui ai parlé de la doctrine du Karma, — qui est professée par les chrétiens et par les bouddhistes, — et il m’a dit qu’elle est aussi une des doctrines fondamentales des juifs, à tel point que, chez eux, le véritable nom de Dieu est celui de Justice; et il ajoutait que nous venons ici pour semer afin d’arriver à Dieu, ce qui est moissonner la justice. Que pensez-vous de ceci ?
R. — Cela vient à l’appui de tout ce que j’ai avancé jusqu’à présent. Mais votre Rabbi vous a-t-il dit si les juifs ont un nom spécial pour cette doctrine ?
80. Q. — Comme vous, il dit que nous devons être reconnaissants aux bouddhistes de nous avoir fourni un nom aussi simple que celui de Karma, car bien que les Juifs aient plusieurs manières d’exprimer cette idée, ils n’ont pas de nom spécial ; et aprè^ avoir rappelé a son esprit plusieurs de ces expressions, il s’arrêta de préférence à ces mots : Ma shetahassé Timssa, qui veulent
dire : « Nous sommes ce que nous nom faisons nous-mêmes. » Certainement que le simple mot de Karma est plus facile à retenir. Ne trouvez-vous pas qu'il a une portée très grande ?
Il implique en effet tout le poids des conséquences. Il y a des gens qui disent que Karma est « cruel » parce que « il punit ceux qui font le mal sans qu’ils connaissent cette loi Karmique. » Mais le Karma ne punit pas. Comment l’action punirait-elle? une action réagit, voilà tout. Lorsqu’un enfant inconscient met sa main dans le feu, nous ne disons pas que le feu est cruel parce qu’il brûle l’enfant. Nous entendons souvent parler d’intervenir dans le Karma, mais c’est une chose absurde et impossible. La Loi est une loi divine, nous ne la faisons pas. Nous ne faisons que mettre en mouvement des causes qui, par le fait de cette loi pré-existante de l’Action et de la Réaction, reviennent à nous sous forme d’effets. C’est dans l’action seulement que tous les actes et toutes les pensées s’enregistrent; l’empreinte qu’elles laissent sur la substance Une constitue le véritable Livre du Jugement. Ainsi Karma est le seul juste Juge.
81. Q. — Que penserez-vous lorsque je vous dirai que mon savant ami le Rabbi de Jérusalem m'a affirmé que cette loi ne s'applique pas seulement à l’homme, mais que .les règnes inférieurs y sont aussi soumis ; et comme exemple il me citait un arbre, disant que, laissé à lui-même, il ne se développe pas selon Vidée que nous nous faisons de lui, mais qu’il croît d’après sa propre nature et ses propres possibilités. Il est vrai que nous pouvons diriger sa croissance dans une certaine mesure; mais nous pouvons aussi nous diriger nous-mêmes de façon à devenir aussi vite que possible un homme juste et parfait, ce qui signifie atteindre à Dieu, ou à la justice divine.
R. — C’est le Karma, ou nos actes anciens, qui nous attirent de nouveau vers la vie terrestre. La demeure des Esprits change selon leur Karma, et ce Karma ne permet pas qu’ils restent longtemps dans la même condition. Aussi longtemps que l’action est gouvernée par des motifs matériels et égoïstes, l’effet de cette action se manifestera dans des renaissances plyfsiques. Ceux-là seuls qui sont dépouillés de tout égoïsme peuvent échapper à la gravi-
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tation de la vie matérielle. Tandis que les anges dans le ciel récoltent les fruits d’un passé pur et saint, il y a beaucoup de démons incarnés qui subissent la conséquence d’actions sombres commises dans des âges lointains. Plusieurs de ceux qui peinent aujourd’hui comme des esclaves, reviendront comme des jtrinces à cause du mérite gagné par un travail résigné et patient, et plusieurs de ceux qui ont régné comme des rois, iront en haillons sur la terre pour des actions faites ou négligées. La vie présente de chaque homme est le produit de sa vie precedente. Par conséquent la régénération est la conséquence inévitable de l’extension du Karma. Làme est ramenée incessamment à la terre par le retour ou le réveil de ses énergies assoupies ; et elle revient sur les plans matériels de 1 etre, engendrée par elle-même et responsable . On dit souvent : pourquoi est-ce que je souiïre ? la réponse est : mais vous êtes venus ici justement pour souffrir, —pour souffrir des conséquences de vos actes et des pensées qui ont engendré ces actes. Vous êtes venus afin que, par la souffrance, le caractère que vous vous êtes fait dans une existence précédente, et qui a besoin de se modifier et de se
développer, soit changé. Karma est le chemin de l’Initiation.
32. Q. — Si je comprends bien, ceci nous prouve la. nécessité absolue de la loi de la Réincarnation qui, comme nous l’avons vu, était enseignée dans la Doctrine Secrète de toutes les religions. Et cependant, la grande majorité des hommes la met encore en question et ne veut pas y croire, parce qu’ils prétendent que notre Seigneur ne l’a pas enseignée.
— Mais, au cours de notre dernière conversation, je vous ai montré que notre Seigneur Jésus l’a positivement enseignée. Si le Bouddha a affirmé plus ouvertement sa nécessité et en a fait un dogme fondamental de sa religion, c’est que la foi bouddhiste est un système religieux et philosophique qui ne s’adresse qu’à l’intelligence, Fàme intellectuelle des hommes; mais le Christ qui voulait parler uniquement au cœur et à l’âme spirituelle de l’homme n’a pas insisté sur cette doctrine, car il savait que ceux qui croiraient en Lui n’en auraient plus besoin, et qu’ils seraient sauvés par son amour. Car il n’y a plus de mort ni de renaissance pour
l’homme qui est uni à Dieu par le Christ. La religion chrétienne a été établie dans ce but, et celui qui par Jésus-Christ entre dans le royaume des deux, est sauvé pour toujours du royaume de la chair, et n’a pas besoin de renaître sur la terre. Mais si, pour devenir enfant du Christ, il faut suivre les préceptes de Jésus : « Soyez parfaitscomme votre père qui est dans les deux est parfait », afin queleChrist naisse en nous et que nous puissions être « un avec lui comme il est un avec son père, » alors, hélas ! combien peu de soi-disant chrétiens réalisent cette grande vérité et atteignent cet état de bénédiction. Jésus lui-même l’a dit : « Il y en a peu qui le trouvent. »
83. Q. — Devons-nous conclure de là, que la, grande majorité des hommes seront perdus! Et en ce cas, où serait lajustice de Dieu^l
R. — C’est précisément pour cela que les chrétiens eux-mêmes peuvent admettre qu’il leur est permis de revenir sur la terre, pour avoir de nouvelles chances. Lorsque nous sommes réellement devenus des enfants du Christ, c’est-à-dire qu’il est né en nous et que nous sommes un avec Lui, la nécessité de renaître
dans une sphère matérielle cesse, comme elle avait cessé pour Bouddha lorsqu’il entra dans le Nirvana. Car, comme dit Jésus : « La mort est engloutie pour jamais, et ils ne peuvent plus mourir », et saint Paul le répète en ajoutant que « étant enfants de la résurrection, ils ne pourront plus être les enfants de la mort. » En conséquence, si, sous la dispensation de Bouddha, nous devons naître de nouveau et mourir de nouveau plusieurs fois, sous celle du Christ il ne peut y avoir ni nouvelle naissance ni nouvelle mort, car II nous donne « la vie éternelle » et nous ouvre les portes du royaume des deux.
Mais si, pour ces raisons, l’Eglise n’enseigne pas la pluralité des vies terrestres, et que, comme les grands docteurs de la théologie catholique le croient et le prêchent, il « n’y a point de réincarnation pour le urai chrétien », ce n’est pas une raison que celte doctrine ne soit pas vraie pour cette grande majorité de l’humanité, qui n’est après tout, pas chrétienne; pour ces cent soixante millions d’Hin. dous et de Brahmanes de l’Inde, ou ces cinq cent millions de Bouddhistes, qui, à eux seuls, constituent plus de la moitié de la race humai-
ne, et qui croient tous en la réincarnation et fondent leurs espérances sur elle. C’est peutêtre pour ces raisons, et'pour plusieurs autres, que la plupart des philosophes et des penseurs modernes qui ne croient pas aux dogmes de l’Eglise catholique ni aux « mystères de la foi » et préfèrent chercher eux-mêmes un système de croyance qui soit d’accord avec leur raison et en harmonie avec leur expérience de la vie et avec les recherches de la science, se sont trouvés forcés de baser leurs théories de l’évolution et du développement graduel de la race humaine sur les mêmes vieilles hypothèsesdes Brahmes et des Bouddhistes de l’Asie, comme l’avaient fait les anciennes écoles de philosophie grecque et alexandrine.
84. Q. — En effet, je sais que parmi les partisans moder-nes de la doctrine de la réincarnation, nous pouvons citer Paracelse, Lavater, Fontenelle, Dupont de Nemours, Giordano Bruno, Fichte, Schlegel, Kant, Schopenhauer, Ballanche, Van Helmont, Cardant Postel, Bonnet, Charles Fourier, Jean Raynaud, Chateaubriand, le philosophe inconnu (saint Martin) de Balzac,
Cavour^ Massino cVAzéliOy Sir Humphrey Davijj George Sanrl^ Charles Young, les poètes anglais Shelley, Tennyson^ LongfelloM', Emerson; nos grands écrivains du jour en France, Flammarion, Pezzani, Pelletan, Louis Figuier, Allan Kardec, etc., etc.
R. — N’oubliez pas surtout Lessing, le célèbre critique et philosophe qui a tenté d’établir cette idée sur un terrain métaphysique. Ses arguments, qui sont à peu près ceux de tous ces savants et philosophes peuvent se résumer en ceci :
L’àme est un être simple, capable de conceptions infinies, mais étant un être fini, elle n'est pas capable de conceptions infinies dans le même moment du temps, elle doit les obtenir graduellement, et il faut qu’il y ail un ordre ou des degrés selon lesquels ces conceptions sont acquises. Get ordre et ces degrés sont mesurés par les sens. A présent, Tâme a cinq sens, mais il n'y a aucune raison de prétendre qu’elle a commencé avec ces cinq sens ni qu elle s’arrêtera là. Car, puisque la nature ne fait jamais de saut, l’âme doit avoir passé par tous les degrés inférieurs avant d’arriver à celui quelle occupe maintenant. Puis, continuant son argumentation, il dit encore que, puisque la nature contient plusieurs substances et puissances qui ne sont pas accessibles aux sens dont l’humanité est douée maintenant, on doit supposer qu'il
y aura autant de sens que cela sera nécessaire pour correspondre aux puissances de la nature.
Permettez-moi de vous lire encore ce qu’il dit dans son « Education de la race humaine », traduit par Camille Flammarion :
S’il était prouvé que la grande et lente roue qui conduit l’humanité de plus en plus près de sa perfection future fût mue par des roues plus petites et plus agiles, dont chacune contribua par sa petite unité individuelle à la somme de ce grand mouvement? .
Et il en est ainsi. De la même manière que la race humaine s avance vers sa perfection, chaque individu de cette race — les uns plus tôt, les autres plus tard — doivent avoir voyagé Devraient avoir voyagé dans une seule et même vie? Un homme peut-il avoir été dans une seule et même vie un matérialiste sensuel et un chrétien spiritualiste? Peut-il, dans une seule et même vie, les avoir dépassés tous les deux ?. . . Sûrement non ! Mais pourquoi chaque homme individuellement n’aurait- il pas existé plus d’une fois sur la terre? Cette hypothèse est-elle si ridicule parce qu’elle est la plus ancienne? Parce que, avant qu’elle n’eût été pervertie et affaiblie par les sophismes des écoles, rintelligence humaine s’éclairait à sa lumière ? Pourquoi n’aurais-je pas déjà accompli dans monéducation ces progrès auxquels on arrive par la seule crainte des punitions et dés récompenses temporelles? Et pourquoi n aurais-je pas aussi fait ces autres pas que la perspective des récompenses éternelles nous aide
tant à faire ? Et pourquoi ne reviendrais-je pas aussi souvent que je le puis pour acquérir de nouvelles connaissances par les expériences de ce monde? Est-ce que j’emporte tant d’une vie que je ne puisse rien attendre qui soit une compensation pour la peine de revenir? Est-ce là une raison contre l’idée du retour ? Ou bien l’objection viendrait-elle de ce que je ne me souviens pas avoir été déjà ici ?
Heureusement pour moi que je ne m’en souviens pas î Le souvenir de ma vie antérieure ne me servirait qu’à faire un mauvais usage de la présente. Et même ce que j’oublie maintenant est-il nécessairement oublié pour toujours ? J’aurais perdu autant de temps ? Perdu ? Du temps perdu ? En ce cas combien perdrai-je? Toute une éternité n’est-elle pas à moi?
85. Q. — La splendide argumentation que vous venez de lire est certainement très puissante pour prouver la vérité de ce système qui est le plus ancien de tous les systèmes religieux car il n'a joas seulement fait le sujet des spéculations de Pythagore et de Platon, maù, avant eux, des Egyptiens, des Chaidéens et des Persans, sans parler des plus anciens de tous les sages, — les Brahmes, en un mot de tous les sages de VOrient, et cette circonstance à elle seule devrait parler en sa faveur, car en matière de spéculation
la première opinion, et la plus ancienne, est toujours la plus probable, parce que le bon sens la saisit immédiatement.
R. — N’est-il pas bien décisif, par exemple, le passage suivant du Ba.ghavat Gita, le plus connu parmi les anciens livres hindous. Chrisna, Le Saint, car c’est ainsi qu’il était appelé, dit au prince 4rjuna en contemplant un champ de bataille :
Le sage ne s’alilige pas pour le mort ou pour le vivant. Jamais à aucune époque, moi, ou toi, ou ces rois parmi les hommes n'ont pas e.^isté ; et aucun de nous désormais ne cessera d'exister. Gomme Tâme, dans son corps actuel subit les changements de Tentance, de la maturité et de la vieillesse, ainsi après, elle obtient un nouveau corps. . . Il a été déclaré que les corps finis sont le produit d’un Esprit éternel, indestructible, infini. Celui qui croit que cet esprit peut tuer, et celui qui croit qu’il peut être tué manquent tous les deux de jugement. Ij ne tue ni n’est tué Non-né, sans changement, éternel, soit par rapport à l’avenir et au passé, il n’est pas tué lorsque son corps est tué. Gomme un homme quitte des vêtements usés et met des vêtements neufs, ainsi l’àme quitte les corps usés et revêt des corps nouveaux. Les armes ne peuvent la transpercer, le feu ne peut pas la brûler. Elle est impénétrable, incombustible, et ne peut être attaquée par la moisissure. Elle est invisible, incom-
préhensible, immuable ; et, par conséquent, sachant qu’il en est ainsi, tu as raison de ne pas t'affliger pour elle ; car pour tout ce qui est né la mort est certaine, mais pour tout ce qui est mort, la régénération est certaine.
8G. Q. — Il semble donc que cette doctrine n’est point le produit d’une spéculation de la pensée humaine, mais une vérité, révélée spirituellement à l’homme par le Saint lui-même.
R. — Il est de mode, dans un monde léger et incapable de penser, de railler le spiritualisme, car on comprend peu l’importance de la mission qu’il a accomplie dans le monde depuis le commencement. C’est au spiritualisme que l’homme doit les religions qui ont existé depuis les premiers temps. Le spiritualisme a toujours été le lien qui réunit les côtés matériel et spirituel de la natuie, et la fondation sur laquelle chaque religion s’est construite selon le caractère ’.e la nation à laquelle elle était envoyée. C’est la clef de voûte de la vie étcrnella, la compréhension de Dieu et de l’homme. Cela signifie la communion avec le monde de 1 esprit par le moyen
du développement de notre propre nature spirituelle. Le véritable spiritualisme s’occupe exclusivement du développement spirituel de l’homme, de la recherche du Christ au dedans, du Logos divin ou de la parole de l’Eternel. Connaître le Christ c’est entendre la parole vivante qui parle en nous et qui vient de l’Etre divin infini. Ce Christ-là est le véritable Christ; ce n’est pas celui qu’enseigne l’Eglise et qui est journellement immolé sur ses autels comme un sacrifice fait à un Dieu jaloux et cruel; un sacrifice expiatoire pour les péchés du peuple. Cette manière de comprendre le Christ qui est la doctrine officielle de l’Eglise, a rabaissé le christianisme, et d’une religion spirituelle qu’il était en a fait une religion matérielle, et c est à cela qu il faut attribuerson échec jusqu’à ce jour, et son impuissance à transformer le monde. La doctrine du sacrifice et celle de l’expiation sont des doctrines véritables, mais le sacrifice doit etre celui du moi humain inférieur au moi divin supérieur. Le fils de l’homme, ou l’homme charnel, doit être sacrifié en nous, afin que le fils de Dieu, l’homme spirituel, puisse vivre en nous, et nous donner la vie au lieu de la mort, et cette propitiation
est l’expiation. Mais l’Eglise a entièrement contrefait cette vérité divine, et elle enseigne exactement le contraire, savoir : le sacrifice de la nature supérieure à la nature inférieure, del’àme au corps, et d’un autre à soi-même.
Au lieu d’avoir toujours dans sa pensée cette affirmation de Jésus qu’il est venu pour nous montrer le chemin de la vie éternelle et pour porter témoignage à la vérité, à tel point qu’il s’est appelé lui-même « le chemin, la vérité et la vie, » ajoutant que tout ce que nous avons à faire pour atteindre cette vérité et pour obtenir cette vie éternelle c’est de le suivre, — l’Eglise enseigne qu’il s’est offert lui-même, victime volontaire, en sacrifice pour apaiser la colère d’un dieu vengeur (son propre père. Dieu d’amour, tendre et bon) et pour mourir de la mort d’un coupable afin que le Père nous pardonne nos péchés et nous accorde, à cause de lui, un pardon sans condition, suivi de la vie éternelle dans les deux... De cette manière, on fait croire à l’homme que l’être le plus vil peut devenir pur en étant lavé dans le sang de l’innocent, qui s’est offert en victime expiatoire au Dieu vengeur.