Q. — Le gra.nd mystère enseigné clans
toutes les religions sous le voile du mythe de lu purubole et de l’ullégorie n est donc pas autre chose que l'histoire du progrès et du développement de l’ârne humaine ! Mais n aurait-il pas été beaucoup plus simple et plus utile de Vavoir enseigné ouvertement dès le début?
R. — Cela vous semble ainsi aujourd’hui parce que vous vivez dans la lumière du xix' siècle, avec les connaissances accumulées de tous les siècles qui ont précédé. Mais si vous regardez autour de vous, même aujourd’hui, combien de personnes trouverez-vous qui soient prêtes à recevoir cet Esprit de vérité qui est déjà au milieu de nous? Combien même qui désirent seulement ces vérités Non, si vous réfléchissez sérieusement vous comprendrez combien c’est une chose sage que ces mystères sacrés, que ces vérités saintes qui viennent de Dieu n’aient été révélées à l’humanité que graduellement par la Révélation, ce qui était le système adopté, et à mesure que les voiles tombaient les uns après les autres. De là le mot RÉVÉLATION, Revelare (re-voiler).
Dans ces récits l’àme est réellement à la fois, le sujet, l’acteur, rinlrigue,. le but et
l’objet de l’allégorie; et pour comprendre ces instructions occultes le disciple doit être sur le même plan spirituel que son initiateur. Alors il saisira les allusions, il devinera la signification, et il sera heureux de sentir l’étreinte amicale du Frère ou de la Sœur initié qui écrit pour l’instruire.
L’homme dans son état de perfection, c’està-dire son état éternel, étant Un avec fabsolu^ est un Etre tout puissant. Son pouvoir se trouve dans l’Ame. Le pouvoir de fàme est le pouvoir suprême dans la Nature. Il s’étend sur les mondes de l’àme, de l’esprit et de la matière. Ce sont les trois royaumes de la Science pour celui qui aspire à être un Trismégiste ou un Adepte Divin ; et pour ceux qui sont incarnés cette gloire suprême ne peut être obtenue que par la connaissance de leur propre âme; car c’est cette coniiaissance-là qui est le Pouvoir. L’Ame-Monde fait rayonner son pouvoir à travers toutes les choses et tous les êtres. Ces choses ne sont que ce que l’âme veut qu’elles soient; et tous les êtres sont exactement ce qu’ils se sont fait eux-mêmes par la vertu de cette âme qüi est au dedans d’eux, et qu’ils peuvent exalter jusqu’à la faire remonter à sa
source divine, ou dégrader jusqu’à la dépravation démoniaque.
108. Q. — Si nous vous avons bien compris, l'âme serait toute puissante, puisqu’elle fait de toutes choses ce qu’elle veut, et que tous les êtres sont exactement ce qu'ils se sont fait eux-mêmes ?
R. — Oui en vérité, et ce grand secret si bien enveloppé dans le mythe et l’allégorie revient en somme à cela. Prenons un exemple dans la nature. Au-dessus et autour du ver de terre il y a un monde lumineux, des arbres, des fleurs, des oiseaux qui chantent, et cette merveilleuse vie humaine avec ses désirs, ses pensées et ses luttes ; mais le ver ne le sait pas, il ne s’est pas encore éveillé à la conscience de ce monde humain de l’être. Ces réalités supérieures frappent aux portes de ses sens obscurs et endormis. Petit à petit il s’éveille; de plus en plus ses organes se modifient et se forment par le contact avec cette vie supérieure qui répond à l’éveil de sa conscience. Ainsi à travers un grand nombre de métamorphoses, de naissances et de morts, l’âme du ver monte lentement, la conscience s’éveille de plus en
plus et la forme se développe jusqu’à ce qu’elle puisse arriver à contenir la vie humaine. Chaque désir qui commence à poindre, chaque impulsion d’amour, chaque effort sérieux qui tend à une vie irieilleure est, chez le ver luimême, le faible écho, le pressentiment enfantin, ta prophétie d’une vie et d’un monde supérieurs vers lesquels il se dirige.
Considérez pour un instant quelle richesse d’espérances, de pensées, d’amour et d’efforts, 1 homme et la femme cultivés sont arrivés à posséder, et combien leur vie dillère de celle des masses sans culture ! La réalité infinie de l’être, dans le monde qui nous entoure, et que nous ne sommes encore arrivés à entrevoir que faiblement, existe déjà, autour du nouveau-né qui dort sans avoir conscience de ce qui l’entoure. Mais un jour ce monde visible, ces myriades de formes et de vies solliciteront le bébé par ses organes et ses sens. Alors il commencera à sentir, à voir, à connaître les arbres, les fieurs, les oiseaux, etses expériences s’étendront de jour en jour, éveillant son âme à la vie et au progrès. Si nous regardons ainsi en arrière, nous nous rendrons compte de la méthode, de la nature et du but de la vie à toutes
ses étapes. Mais qu’en est-il pour nous? L’homme a-t-il atteint le degré le plus élevé de l’être? Avons-nous si complètement développé nos organes qu’ils puissent répondre aux mondes supérieurs et à la vie supérieure de l’univers visible et invisible? Nous sommes-nous éveillés à la conscience des grandes vérités de l’amour le plus pur? Non, nous sommes encore semblables au ver de terre, nous rampons faiblement dans la nuit, en cherchant par nos désirs grandissants à arriver à une vie meilleure. Il faut donc que, au-dessus de nous et autour de nous, comme nous l’avons vu pour le ver, il y ait des formes et une vie qui dépassent ce que nous sommes aujourd’hui, autant que nous dépassons le ver.
Pour l’âme la plus basse comme pour l’àme la plus élevée, le domaine de l’être est sans limites. Pour le ver comme pour le roi, comme pour le saint, il y a toujours un monde supérieur, une vie plus élevée à atteindre ! N'est-ce pas là l’Evangile du progrès de l’âme que nous trouvons écrit dans toute vie au-dessous de nous? Si ce que nous avons dit est vrai du ver, combien plus cela doit être vrai de l’homme. Ne sommes-nous pas une partie, une parcelle
de Têtre qui est Tiinivers, assujettis à la même loi de vie et de croissance? Qu’est-ce que ce fait nous promet ? Qu'est-ce que nos aspirations les plus élevées vers la bonté et la beauté nous prophétisent? Tout simplement ceci : c'est que si nous lisons les lois de la Nature comme elles doivent être lues, nous comprendrons que ce monde glorieux et‘ cette vie supérieure doivent exister quelque part, sans quoi nous ne pourrions pas en avoir conscience; et il est si près de nous ce monde que nous croyons le toucher. Aucune fontaine ne peut s'élever au-dessus de sa source ; aucune àme ne peut dépasser dans le rêve la réalité invisible qui la touche et l’inspire. N'espérons-nous pas et ne prions-nous pas pour la vie immortelle, tout en craignant parfois que cette glorieuse promesse ne soit qu'un mirage dans le désert de la vie, et que la soif d'amour de nos âmes ne soit trompée? Pourquoi ne nous souvenonsnous pas toujours de l'assurance éternelle que nous donne la nature qidil ne peut pas y avoir d'espérance ou de désir d'une vie supérieure si cette vie n’est pas? Car notre espérance et notre désir sont nés de notre relation avec ce monde et avec cette vie qui existeiit au-delà de la mort !
109. Q. — Nous ne saurions assez vous remercier de cette leçon. Vous nous avez fait voir que, comme vous le diteSy toutes les choses qui nous entourent ne sont que ce que Vâme fait d'elles^ et n' existent pour nous qiiii wèsure que nos âmes prennent conscience de leur réalité. Ceci nous montre clairement qu'il aurait été impossible de communiquer les grandes vérités spirituelles à des âmes qui n'étaient pas encore éveillées a cette vie, et qui ne pouvaient les saisir que sous la forme adojotée du mythe, de V allégorie ou de la parabole. Mais à ce propos, ayez la bonté de nous expliquer la différence qui existe entre ces divers systèmes ptour communiquer Vinstruction religieuse a Vâme humaine qui s'éveille?
R. — La différence entre un mythe et une allégorie est la suivante. Le système du mythe emploie l’allégorie et donne certains noms aux personnages; le système de l’allégorie place le mythe sur des caractères sans leur donner de noms. Jésus ne donnait aucun nom aux caractères de ses allégories symboliques, et elles étaient toujours considérées comme des anecdotes inventées. Tandis que les mythes imagi-
nés par les Hiérophantes des systèmes religieux plus anciens, comme ceux de Moïse, de Manu, de Zoroastre, ont été transmis jusqu’à nos jours sous le vêtement de faits historiques. Ainsi Moïse et ses successeurs se fondent sur le principe du système hermétique de l’Egypte, et avant que les prophètes eussent connu les enseignements des Mages, ils avaient in venté un mythe qui a été conservé dans notre Bible, et qui est le drame mystique représentant la cairièi e de 1 esprit sous les différents caractères masculins, tandis que les caractères féminins représentent! àme, ou cette affection spéciale et cette volonté à laquelle ces caractères masculins sont successivement unis. Chaque caractère représente une étape, ou une forme de la vie intérieure, car l’àme et l’esprit, quoique toujours les mêmes, revêtent de nouvelles formes aux differentes étapes de leur développement progressif; de même que l’individu, quoique identique, est different dans son apparence extérieure aux diverses étapes de sa croissance.
Le but de ce drame mystique est de montrer ce qu’est Adam et ce qui peut sortir de lui de bon, de mauvais, et de méchant, à travers
Eve ou ràme terrestre humaine. En d’autres mots ce drame nous raconte Adam et sa semence, le fruit de la nature animale et humaine, jusqu’à son perfectionnement final dans le mystère de la Sainte Incarnation, à travers la semence de l’âme spirituelle et divinement conçue de la Femme, Marie.
Vous trouverez tout ceci savamment exposé dans la « Voie Parfaite », cet ouvrage remarquable qui a été publié dans VAurore, et qui est tout à fait d’accord avec les premiers Pères de l’Eglise; car ceux-ci déclarent absolument dans leurs ouvrages que l’histoire sacrée n’a pas été écrite pour être l’histoire d’une race, mais qu’elle est l’histoire du progrès spirituel de l’homme en tant qu’individu.
110. Q. — Nous voyons maintenant que la différence qui existe entre les mythes et les allégories consiste seulement dans la méthode de leur invention, et nous comprenons qu'ils ont été inventés pour enseigner des vérités mystiques qui illustrent le x)'>'ocessus à travers lequel l’âme doit passer avant sa régénération, ou re-naissance divine. Et nous comprenons aussi que ces vérités n'auraient
joàs pu être communiquées à tous sans discernement, de même qiCon ne doit pas jeter les perles aux pourceaux J ni donner ce qui est saint aux chiens car ils ne feraient que se disputer a ce sujet.
R. — Vous avez résumé exactement notre pensée, mais nous ajouterons encore que, au cours des temps, les noms mythiques eux-mêmes devinrent des obstacles sur le chemin de la perception des vérités qu’ils étaient destinés à indiquer. Et lorsqu’un hiérophante ne citait pas de nom dans ses allégories, son propre nom et son caractère devenaient les objets d'une adoration erronée, de préférence à Dieu, ce qui est illustré d’une façon remarquable à propos de ces deux instructeurs divins Gautama Bouddha et Jésus le Christ. Ce dernier, cependant n’a jamais dit : « Adorez-moi », mais simplement : (( Suivez-moi », car « je suis le chemin, la vérité et la vie. » L’humanité a encore trop peu d’intelligence pour comprendre la grande simplicité de la théosophie divine-humaine et humaine-divine, car la grandeur du Moi-rien, Moi-tout, Moi-Dieu ne peut être saisie que par celui qui sait être Rien, Tout et Dieu.
111. Q. — Pardonnez-nous, au début de cette dernière conversation, de vous demander encore une fois si réellement vous croyez que l’Esprit de vérité, l’Ange, messager de la Nouvelle Dispensation que notre Seigneur a promis de nous envoyer est déjà ici sur la terre en ce moment ?
R. — Nous vous répondrons que, pour nous, ce n’est pas une question de croyance seulement, mais de savoir positif.
112. Q. — Vous êtes donc convaincu de sa présence au milieu de vous, et vous savez que la Nouvelle Dispensation a déjà commencé ?
R. — Aussi certainement que nous savon® que nous sommes nous-mêmes sur la terre, car nous l’avons vu et entendu ; mais avec les paroles de Notre Seigneur nous ajouterons « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. »