Q. — Vous appelez le Christ un prin
cipe dans l’homme. Que voulez-vous dire pur là ? J'ai toujours cru que le Christ était un personnage historique.
R. — Certainement, Jésus-Christ a été un personnage historique, comme Gautama Bouddha Ta été aussi. Mais ie Christ sur lequel le Christianisme se fonde, et qui nous est révélé par les Evangiles, est un Principe Eternel, qui existe dans toutes les religions qui ont été enseignées depuis le commencement des temps. Il est sans généalogie, il n’a ni commencement de jours ni fin de vie, ainsi que saint Jean le dit expressément dans les premiers mots de son Evangile qui sont lus à la fin de la célébration de la messe. Et ce Principe est le même que celui qui est appelé par les Bouddhistes s le Bouddhi »; par les Brahmane « Vishnou » ; par les philosophes grecs « le Logos » et par les prophètes hébreux c Adonai ». En un mot, dans toutes les religions ce Principe tient la place de la Seconde Personne de la Trinité Divine. Notre Seigneur Jésus a été choisi pour être la manifestation humaine de ce Principe, et il nous est par conséquent présenté comme un exemple de l’homme parfait, ou plutôt de la Divinité dans l’homme, à la-
quelle nous pouvons tous aspirer, et que nous pouvons atteindre en suivant son exemple et en menant la vie qu'il a menée. Car n'a-t-il pas dit : « Soyez parfaits comme votre père qui est dans les deux est parfait? », proclamant par ces mots la divinité latente dont nous avons hérité de notre source divine. Car si Je corps de l'homme a été fait de la poussière de la terre comme celui des animaux inférieurs, son âme est une émanation directe de son Créateur, le Tout Puissant qui souftla en lui une âme vivante, c'est-à-dire une partie de Luimême.
18. Q. — Lui-même! Je croyais que vous aviez dit que nous devions considérer tous les personnages dont il est fait mention dans la Bible comme des types ; devons-nous donc
considérer le Tout Puissant créateur comme
une personne ?
R. — Certainement pas. Nous ne devons pas penser à l’Absolu comme à une personne limitée, quoique en parlant de Lui nous soyons obligés d’employer la lettre ou la phraséologie éxotérique de la Bible; car autrement comment pourrions-nous nous faire comprendre?
Ceci est un exemple de la nécessité du langage symbolique employé dans tous les écrits sacrés, puisqu’il est impossible de décrire des principes et des qualités autrement que par des pronoms personnels qui soient généralement compris.
19. Q. — Je voudrais connaître votre opinion sur la nature réelle de Dieu.
R. — Lorsqu’on demanda à Gautama Bouddha de décrire la source suprême de tous les êtres, il resta silencieux, parce que ceux qui ont atteint un état qui leur permet de se rendre compte de ce qu’il est, ne trouvent pas de paroles pour le décrire ; et ceux qui ne s’en rendent pas compte ne seraient pas capables de comprendre la description. Pour comprendre une chose quelconque il faut que nous la revêtions d’attributs compi’éhensibles et alors cela cesse d'êti^e I’absolü, et cela devient le relatif. Tous ceux qui ont tenté de décrire l’Etre Infini, le Tout Puissant, qui est de toute éternité, n’ont réussi qu’à rabaisser cet Etre immense jusqu’à leur propre image.
20. Q. — Cependant il doit y avoir des paroles qui me donneraient une image plus
tangible de celui c[ui est le dispensateur de tout bien.
R. — Ici, nous nous rencontrons, et nous pouvons nous appuyer sur la plus haute autorité pour donner ce titre à l’Être suprême. Le Christ réprimandait ses flatteurs en disant; « Poui-quoi m’appelles-tu bon? Il n’y a qu’un seul bon, c’est Dieu. » Lorsque Moïse demanda au Seigneur s’il voulait lui dire le nom de son Essence Divine, il reçut cette réponse : « dis je SUIS CELUI QUI surs; » ce qui revenait à dire : à quoi bon demander ce qui est inexplicable.
« JE SUIS CELUI QUI SUIS. » Or, le mot n’nx Eheye je suis, dénote FÊtre Divin lui-même. Par cette réponse non seulement il enseignait à Moïse le nom, mais, il lui donnait une démonstration infaillible de la Source de l’Existence que le nom lui-même indique.
D'après la Kabbale, Dieu révéla alors à Moïse le Tétragramme disant qu’il se manifesterait lui-même au moyen de ces dix lumières souveraines, les Sephiroth, ou Elohim, qui le feraient connaître. Cependant, il resterait voilé en elles, parce que son existence sera toujours cachée à tous, et ne peut être expliquée par aucune écriture.
20. Q. — La4-il fait? et ce Tétragramme peut-il être utile et compris ?
R. — Certainement, il est utile, et il peut être parfaitement compris avec l’étude et la patience indispensables à ceux qui désirent découvrir par eux-mêmes les attributs divins. Nous vous en donnerons une explication plus complète ailleurs ; qu’il suffise de dire pour le moment que le Tétragramme Divin (ou la parole quaternaire) représente ce monde de l’émanation où se trouvent les dix Lumières souveraines, ou attributs ; c’est pourquoi les kabbalistes l’appellent Hamphorash (l’expliqué), car c’est à travers ces lumières que Dieu s’explique et se communique; la construction spéciale des lettres de ce mot unissant toutes les émanations car, en hébreu chaque lettre est une idée.
21. Q. — Il me semble que votre Tétragramme doit être très difficile a étudier. Est-il absolument nécessaire de le connaître pour comprendre la nature de Dieu ?
R. — Certainement non, si vous voulez vous contenter des moyens simples et naturels par lesquels vous pouvez arriver à le connaître vous-
même, car bien qull soit si élevé et qu’il paraisse si incompréhensible, Il est plus près de chacun de nous que l’air même que nous respirons; et nous pourrions vous dire qu’il est cette atmosphère elle-même. Il n’y a pas de doute que l’étude de la Kabbale ne soit un des plus grands secours pour arriver à comprendre les choses divines ; mais si vous ne vous sentez pas de force à entreprendre ce qui, pour plusieurs, est une étude pleine de charme, alors pourquoi ne pas accepter tout simplement la belle et simple définition de ces bons et naïfs Indiens de l’Amérique qui le nomment « le GRAND ESPRIT ? » Car Dieu est à l’univers ce que l’esprit de l’homme est à l’homme, et tout esprit est un, et cet un est Dieu. Jésus nous a dit que Dieu est esprit, et que ceux qui le prient doivent s’adresser à lui en Esprit et en Vérité.
Mais si vous n’êtes pas encore arrivé à comprendre l’esprit, ce qui est aussi une idée très abstraite pour les esprits peu développés de notre époque matérialiste, vous pouvez au moins accepter la pure et tendre idée humaine exprimée par le nom que notre Sauveur Jésus lui a toujours donné lorsqu’il s’adresse à lui
comme au « Père » el que, parlant de lui aux autres, il dit : « .Mon Père et votre père, »
22. Q. — Mais qu'est-ce qu'un père, sinon une personne? Ainsi nous en revenons encore à Vidée d’un Dieu Personnel plus ou moins semblable à nous?
R. — Certainement semblable à nous, puisqu’il nous est dit que nous sommes faits à son image, et Dieu est nécessairement le père de tout ce qui est, car Dieu est Esprit, et l’esprit est l’essence principale de la personnalité; en sorte que nous maintenons notre affirmation que Dieu n’est pas une Personne puisqu’il est la Personnalité elle-même. Tâchez de vous représenter l’Esprit Divin qui remplit tout fnsP-^CE de l’univers et vous aurez trouvé votre PÈRE et votre mère célestes. Mais nous reviendrons sur cette question lorsque nous en arriverons à parler de la nature de l'homme, et j’aurai beaucoup de choses à vous dire sur ce sujet. En attendant, ce qui constitue en nous l’image de Dieu ce n’est certainement pas nos corps extérieurs qui sont de la poussière de la terre, mais notre esprit qui est de Lui et vient de JiUi. C’est parce que le Père était en lui dans
sa plénitude, que Jésus était si grand dans sa Personnalité. Jamais prédicateur ne s'appuya sur sa propre Personnalité comme lui. Chacun de ses discours est précédé de ces mots : (( jk vous dis en vérité ». Il savait que le Moi absolu était en Lui^ que le Je suis intérieur lui donnait son autor ité. Pt ainsi tout homme qui sera conscient de la Vie du Christ jaillissant en lui, et qui aura son centre en Dieu aura le droit de parler avec autorité. Dieu dans lame est un levier ti'anscendant qui fait de l’Ego de cet homme une puissance dont la force d'action est incalculable. Il dira: cc Moi Daniel », « Moi Gabriel », « Moi Paul )). Et plus il aura de Dieu en lui, plus son influence s’étendra loin, car le pi'Oblèrne de l’Ego dans l’homme est aussi le problème de Dieu dans l’univers. La révélation de l’un est la révélation des deux, et la connaissance de l’un implique la connaissance de l’autre, en sorte que se connaître soi-même est, pour l’homme, connaître Dieu. La conscience de soi, au sens vim, est la conscience de Dieu. Celui qui a cette conscience est, dans la mesurée où il la possède, un mystique. Mais, hélas, la vue spirituelle de la majorité des humains est si obscurcie qu’ils ont perdu toute notion de
la puissance supérieure de leur propre esprit divin, et qu’ils se laissent entraîner à une sounaission aveugle et négative aux lois les plus inférieures de la nature. Cependant le sixième sens, celui de la conscience divine, commence à se développer chez plusieurs, et tous doivent le cultiver avant de pouvoir sentit' les vibrations de Dieu dans leur âme. Jusqu’alors ils n’ont eu la perception que de certains plans et de certains modes de l’être, qui se rapportent au milieu extérieur et inférieur qui les entoure ; mais le mystique perçoit tous les plans et spécialement celui qui est le plus intérieur et le plus élevé; car il a développé en lui le mode, ou l’état qui y correspond.
L’homme ne peut reconnaître au dehors de lui que ce qui correspond à ce qui existe au dedans de lui. Le mystique perçoit donc le milieu de Dieu parce que Dieu est esprit, et que le mystique a développé en lui sa conscience spirituelle. Il ne cherche plus, il n’a plus besoin de raisonner car il a la connaissance en lui-même. A mesure que cette connaissance intérieure grandit et se répand au dedans, le milieu de l’Ego se déploie jusqu’à ce qu’enfin il arrive à la régénération et à l’émancipation.
Lorsque les physiologistes nous disent que la conscience est un état qui dépend de la durée et de l’intensité de la vibration nerveuse moléculaire ; quelle est une con-^nsus de vibrations dans les cellules cérébrales, une complexité instable et automatique qui se fait et se défait à chaque instant, comme la flamme matérielle, et qui est fugitive comme elle, — ils ne touchent pas à l ame.
23. Q. — Qu'est-ce donc qui connaît ces états? A quel sujet ces conditions successives et éphémères se manifestent-elles^ et comment sont-elles reconnues?
R. — Il est évident que le phénomène est incapable de se connaître lui- même et qu'il n’apparaît pas à lui-même puisqu’il est seulement objectif. En sorte que, à moins qu’il léexiste un Ego intérieur et subjectif qui puisse percevoir cette succession d’états phénoménaux et s’en souvenir, la condition de personnalité serait impossible. Mais il existe, de fait, un pareil Ego, car l’apparition et la production sont un processus qui alTecte — et par conséquent qui implique — un sujet. Or ce sujet est, pour l’homme, l’Ame ; pour l’.Univers,
Dieu. Toutes les choses dont nous contemplons les apparences subsistent éternellement et substantiellement dans l’intellect Divin. Et de même que dans la nature il y a des gradations infinies, du simple au composé, du grossier au raffiné, de Tobscurité à la lumière, ainsi on arrive à Tàme supérieure par des degrés innombrables; et ceux qui n"ont pas pénétré jusqu’au centre le plus intime s’arrêtent court à la seconde conscience qui est seulement ejective, et ils s’imaginent que la conscience subjective ou connaissance intérieure — qui seule peut tout expliquer, — est indémontrable.
Une des principales erreurs des biologistes consiste dans l’habitude qu’ils ont de chercher l’unité dans ce qui est simple plutôt que dans ce qui est complexe. En agissant ainsi ils renversent et intervertissent la méthode de l’évolution, et mettent à néant son but. Ils réclament l’unité et, par conséquent, l’individualité, seulement pour la simple monade, et divinisent le plus bas au lieu du plus haut, et ainsi ils privent l’évolution de son motif et de son but. L’Ame est, au contraire, le plus complexe des extraits, et sa dignité et son excellence consistent non pas dans sa simplicité mais dans sa
complexité. Elle est le sommet de l’évolution et toute génération travaille pour la produire.
24. Q. — Le moment me semble venu de vous prier de me donner un aperçu de la Doctrine Esotérique qui traite de l'âme humaine.
R. — Nous définissons l’àme comme « le lien qui relie le Fini à l’Infini. » Par conséquent toute existence sensible est animée par l’àme à différents degrés de son développement, car il est impossible qu’aucune chose finie soit séparée de la Source infinie de tout ce qui est. Les pierres même sur lesquelles nos pieds se posent occupent, aussi bien que nous qui sommes des êtres doués de sensibilité, une place distincte par rapport àl’Eternel. S’il en est ainsi, les pierres doivent être douées « d’àme » afin de pouvoir se relier à l’tnlini, tout comme les hommes qui ont des âmes. Plusieurs nous contrediront sur ce point. Considérant l’àme comme une chose absolue et qui ne peut changer, ils diront que si l’àme est rationnelle dans l’homme, elle doit également
être rationnelle dans la pierre, en sorte que, si notre proposition était admise, l’homme et la pierre étant semblables dans leurs attributs essentiels il n’y aurait aucune dilïérence entre eux, et un homme pourrait aussi bien être une pierre qu’une pierre un homme. Mais l’ame n’est pas absolue, elle est relative ; elle est ce qui établit la relation. Chaque degré de la création a son « Ame », ou un état relatif qui lui est spécial. Ainsi il y a Vâme cosmique&a monde minéral ou chimique ; « l’âme végétale » du monde végétal; « l’âme animale » du monde animal; « l’âme humaine » du monde humain; « une âme » spéciale à ceux qui sont dans des états invisibles; l’âme de l’état Angélique, et l’âme de la Divinité. Nous croyons que l’âme est un agent universel, ou un lien qui relie, comme le cordon ombilical attaché à l’enfant encore dans le sein de sa mère. Ce lien rattache les enfants de l’Infini (le masculin), â cette partie de la nature (le féminin), à laquelle ils doivent appartenir par des degrés successifs de développement. Toutes les formes inférieures de l’àme existent dans l’homme (le microcosme), mais cette âme qui est en lui a aussi des possibilités infinies de développement.
25. Q. — Vous me donnez là une idée toute nouvelle de Vàme et que je n^ avais pas entendue énoncer jusqu'à ce jour. Il me semble qu'il y a bien peu de personnes qui aient quelques notions sur la différence ciui existe entre Vàme et l'esprit^ et je vois que ces deux termes sont généralement employés au hasard et sans distinction.
R. — « L’Esprit » est rinfini, l’Absolu, le tout, en tant que cause universelle, et par conséquent l’élément qui est la base de l’individu, et de toutes choses. '' L’Ame » est l’infini résumé, individualisé, limité et comme telles les facultés de l’àme sont les moyens par lesquels l’individu est mis en rapport avec ce qui l’entoure et d’où il tire sa nourriture. Il est donc d’une importance capitale à toutes les étapes de la vie d’établir la sympathie la plus intime entre )) l’Ame » et « l’Esprit. » L’Esprit est masculin, l’àme est féminine et c’est de leur union que procèdent toutes les choses phénoménales, le corps étant un instrument, un masque derrière lequel ces deux premiers facteurs opèrent. C’est pour cela qu il a été dit du royaume matériel qu’il est non réel, illusoire et fugitif.
20. Q. — Je vois maintensint quelle grande distinction on doit faire entre l'âme et l’esprit et je chercherai a l’indiquer à ceux qui ne la comprennent pas. Mais je les étonnerais fort si je leur parlais de pierres qui ont une âme, car plusieurs nient même que les animaux en aient une, et les traitent trop souvent comme s’ils n’avaient pas plus de sensibilité que les pierres ou les arbres.
p^. — Vous devez souvent avoir vu une étincelle jaillir de la pierre lorsqu’on la frappe. Ce feu latent procède de son âme. Et si vous avez observé un arbre lorsqu’on l’abat vous aurez entendu ce gémissement 'plaintif qui montre qu’il est loin d’être insensible. Et quel est celui qui ayant beaucoup vécu en plein air et à l’ombre des grands arbres n’a pas appris à distino-uer leurs voix diverses, alors que le vent soupire au travers de leurs branches? Mais si vous pouviez saisir cette idée que les rochers et les pierres elles-mêmes ont une parcelle d’àme, il ne vous serait pas possible de douter que ces arbres, qui chaque printemps se recouvrent d’un merveilleux feuillage et nous accordent, après leurs fleurs ravissantes, des fruits savoureux, ne soient des êtres qui vivent, res-
pirent et qui sont doués d'âme. Pouvez-vous m'expliquer, s'ils n'ont pas d'âme, pourquoi un arbre produit des pommes et un autre des poires, pourquoi l’un porte des cerises et l’autre des pêches ? Pourquoi le rubis n'est pas un diamant ou le saphir l'émeraude, ou tous les deux pierre â feu ?
27. Q. — Mais y a-t-il dans V Ecritui^e quelque preuve de ce que vous avancez ?
R. — Permettez-moi de vous rappeler les avertissements de Jean le Baptiste aux Pharisiens et aux Sadducéens qui assistaient â son baptême : « Race de vipères, qui vous a appris â fuir la colère â venir ? Produisez donc des fruits dignes de la repentance, et ne prétendez pas dire en vous-mêmes, nous avons Abraham pour père, car je vous déclare que de ces pierres Dieu peut susciter des enfants â Abraham. (Matth. III, 9). Nous ne pouvons nous empêcher de voir lâ une allusion aux étapes prepersonnelles du développement psychique qui se produit â travers les corps variés des règnes inférieurs. C'est sans doute â ce secret-lâ que notre Seigneur fait allusion lorsqu'il dit que si les hommes de ce jour refusaient de reconnaître
la validité de ses prétentions « les pierres même crieraient ». C’était une autre manière de présenter l’avertissement contenu dans ces paroles : « Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers. » En d’autres mots si nous retardons notre avancement en repoussant, par mauvaise volonté, ses enseignements, la masse plus jeune de l’élément psychique qui n’en est qu’à la phase de développement dans laquelle se produit la pierre, pourra nous rattraper et même atteindre le but avant nous. Il est facile de comprendre pourquoi cette doctrine a été enseignée secrètement dans les dilïéi entes formes de religion qui ont été données au monde. Ces formes, on le verra plus loin, sont un tout progressif, de même que toutes les formes qui vivent et respirent ne sont que des entités dans l’Entier unique. Mais pour en revenir à l’une des formes les plus inférieures de la vie matérielle, mais qui n’en est pas moins importante parce qu’elle est Jondamentale, — le Rocher ou la Pierre, — cela ne fait-il pas penser aux paroles adressées à Simon Bar jonas quand Jésus lui a donné le nom de « Pierre».? L’un des plus grands « Sauveurs du Monde », Krishna dit
dans le Bhagavat-Gita : « Nos frères humains, les bêtes, les pierres, les végétaux tous sont un ; ce qu'ils sont un homme Va été. » Et dans le Koran, qui est accepté par cent millions d’hommes comme l’exposé inspiré et autorisé de la vérité religieuse, il est dit en parlant de la résurrection : « Les pierres, les plantes, les animaux, les hommes, les jins et les anges seront ammenés en jugement. » Et n’avez-vous pas lu dans notre ancien recueil de récits sacrés comment Moïse frappa le rocher et aussitôt il en sortit des eaux vives : « Voici il a frappé le rocher et des eaux ont coulé et des torrents se sont répandus. » (Ps. 78, 20). Mais ces paroles ont une signification plus intime et plus profonde encore que nous expliquerons plus loin quand nous en viendrons à parler des deux modes distincts, quoique éternellement unis, de la substance dont les extrêmes sont .respectivement ce que nous appelons « Ame » et « Matière »; et à traiter de l’action du troisième facteur de TUnivers c’est-à-dire l’élément dynamique, magnétique, ou élément de la force, dont la puissance vibratoire est manifestée par l’apparition de la lumière qui est, pour notre perception, le premier produit de la vi-
bration. Comme la lumière est le seul agent de production des formes matérielles, c’est à elle qu’est attribuée la fonction de produire les éléments constitutifs de l’univers matériel en les tirant du « sable » d’une « essence aqueuse », c’est-à-dire des possibilités latentes de la matière cosmique que les anciennes cosmogonies représentent toujours par «l’eau » qui était regardée comme la source de la substance matérielle.
28. Q. — Tandis que vous parlez, il m'est venu à l'esprit que le Christ lui-même est appelé la pierre angulaire ou la principale pierre de l'angle et que Paul dit de lui : « ce rocher était Christ. »
R. — Saint Paul parlait du rocher spirituel qui est le Christ. Mais la plus ancienne des maximes occultes est ; « Comme en haut en bas ; » et toutes les choses terrestres sont faites d’après le modèle céleste. Ainsi notre demeure de chair, qui n’a pas été faite avec des mains, mais qui est construite par un sage architecte est, à la lettre, bâtie sur un roc, de même que notre demeure spirituelle dans les deux est construite sur ce rocher des âges « le
Christ ; » « et le tori ent pourra se jeter contre cette maison sans pouvoir l’ébranler parce qu’elle est bien bâtie et le fondement est posé sur un roc. »
De même, la sagesse ésotérique, ou la doctrine secrète, contenue dans les Bibles de toutes les religions, nous enseigne que l’élément Psychique fait lentement son éducation à travers les formes des règnes inférieurs pour arriver à l’individualité personnelle ; en sorte que la Psyché humaine, l’âme inférieure ou animabruta, est composée de toutes les psychés de la ci’éation organique qui est au-dessous de l’homme. Lorsqu’un animal meurt, sa psyché passe dans la s])hère universelle pour renaître dans une espèce supérieure et finalement devenir partie composante de la psyché humaine. Ceci nous fournit une théorie sur le problème de l’origiriedu mal. On peut dire avec raison que le mal est la nature des créatures inférieures à l’homme agissant encore en lui, car partout où vous trouvez l’homme tombé dans des conditions naturelles voûs avez le mal. Les animaux inférieurs ne sont pas capables de pécher dans leur état de séparation, même lorsqu’ils tuent.
la psyché humaine, le travail de l’âme supérieure pour les amener à l’ordre et à la soumission commence, et toutes les tendances purement animales doivent être étouffées pour (jue 1 être s éleve à une vie supérieure et naisse d’en haut ou de la vie de l’Esprit. De là vient la signification du sacrifice, et de ces terribles massacres d’ennemis représentés dans la Bible par des hommes, des femmes et des enfants sous le nom d’Amalékites, d’Ammonites, de Philistins, etc. — Sacrifices absolument nécessaires, mais qui scandalisent les non initiés ceux qui ne voient que la lettre de la Bible, parce qu’ils ne savent pas qu’il faut toujours des objets physiques pour signifier des événements moraux, et que ces différentes tribus représentent les mauvaises passions dans l’homme non régénéré. Ainsi, dans la Bible hébraïque, les caractères masculins représentent des principes, tandis que les caractères féminins représentent les affections auxquelles ces principes sont unis, et les enfants euxmêmes sont ces principes à l’état embrvonnaire.