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CASERNE HAÏE

Caserne : si nous te retrouvons au bout de notre retour nous crèverons ta façade et extirperons tes fondements.

Caserne tu es la Mort mais nous rapportons de la tranchée franche ouverte au ciel une vie qui te menace.

Caserne notre haine.

Bâtisses maçonnées en un siècle qui est fini. Latrines combles de puanteurs et cuisines.

Bureaux foisonnant de paperasses en qui meurt de la vie comme papillons fanés et piqués. Cours étriquées de honteux murs où tournait à vide la mécanique de la manœuvre remontée contre le temps.

Maigres portiques où pendent des ficelles pour acrobates de cirque

INTERROGATION Chambrées fades d'une propreté mesquine où sue et suffoque le bétail ignorant qui se claquemure contre l*air vivant qui flue tout alentour de notre terre. Et ces uniformes dont le souvenir nous remplira jusqu'à la mort d'un rire gonflant — ces plumets, ces ors, ces pantalons tirebouchonnants, ces bottines en bateaux pointus, ces dolmans corsets satinés, et ces moustaches de chats belliqueux et nos épaulettes rouges.

Et tant d'âmes de fonctionnaires pusillanimes.

Nous avons agonisé et haï là-dedans.

Nous avons douté et désespéré.

Nous avons gâché notre belle jeunesse.

Mais la guerre est venue et tout fut changé.

Les mitrailleuses ont giflé de leurs sèches ironies nos

parades ignares.

Et les gros canons sur un quart de la France ont

défoncé les casernes et les forts séniles.

Dont il reste des tas de gravas.

Sortis de cette administration « Empire « vivotant

dans un couvent « Louis XIV »,

CASERNE HAÏE Nous sommes devenus ce que nous étions en-dessous : neufs.

A grands coups de canons les Allemands nous ont appris à vivre, à revivre.

Et enfin n'étant plus Tarmée mais des hommes qui se débrouillent sur un champ de bataille avec par ci'par là quelques vrais professionnels qui avaient échappé à la profession, Nous avons su nous battre.

Mais gare au retour

que l'esprit vivement éveillé de la guerre soit respecté, ou nous serons sévères.

Comme après un cauchemar, l'Armée de la Paix ne se rendormira pas sur l'autre oreille.

Nous cognerons et pulvériserons les débris.

Voici nos négations balayantes.

Plus de grands palais sales comme logis, mais de frais pavillons aux champs,

Plus de cours aux espaces maigres ou encombrés de toute la troupe dégorgeante, mais le libre terrain où pour devenir soldat on est bonnement un homme,

Plus d'archaïque cavalerie, mais tant d'autos, de bécanes, et de motos, et d'avions.

L'artillerie dans les usines.

Les états-majors en voyage, des livres sous le bras et non point des sabres cassables. Et les vieillards à la nursery.

Le soldat neuf sera un athlète et un spécialiste de quelque mécanique, et non pas un domestique ignorant et craintif, Ou il sera le vaincu.

Ainsi sera notre paix, bouleversée de fond en comble

par l'énergique méditation de cette guerre.

Guerre, révolution du sang,

puissant flux au cerveau, guerre, progrès, fatalité du

moderne

nettoiement et remise à neuf de notre maison.

Notre maison, ébranlée pour qu'elle ne choie,

nous la rebâtissons totalement pierre à pierre avec le

plus roide ciment armé et de grands trous pour la

lumière.

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