CHANT DE GUERRE DES HOMMES D'AUJOURD'HUI
Il est temps, ô mes amis, de jeter notre cri.
Nous jeunes hommes d'aujourd'hui, nous sommes nouveaux et notre grandeur n'a pas été connue de ceux qui ont vécu autrefois.
Maintenant nous avons le droit de parler et les vieillards n'ont qu'à se taire, qui ne surent pas nous dérober cette grandeur et nous précéder dans l'action. Nous parlerons, forts de mille et mille actes énergiques.
Et en arrière nous leur lâcherons notre petit mépris, à ces prophètes tristes qui doutèrent comme d'euxmêmes de nous.
Nous avons rejeté la pierre d'infamie qui pesait sur notre front.
Avant cette guerre on respirait un air impur. Des calomnies couraient par toute la terre contre
INTERROGATION les hommes de ce temps-ci. Ceux qui parlaient de décadence, sur eux confusion et malédiction.
Nous avions des Hommes dont le chant témoignait pour nous, et ils ne nous croyaient pas. Nos athlètes relevaient l'échiné humaine et ils ne nous croyaient pas.
Il fallut que nous ébranlions la vieille machine de
guerre.
Alors ils ont été écrasés, ces hommes de peu de foi
ces hommes qui ne croient pas à l'homme.
Nous nous sommes levés et nous avons surmonté.
Dans l'histoire on ne parlera pas de nos pères vaincus,
on dira que nous fûmes des hommes neufs nés de pères
obscurs.
Et c'est nous qui engendrons.
Nous engendrons dans la douleur de cette guerre
notre joie.
La joie de notre force, la joie de notre triomphe.
Entre autres choses, nous avons fait La Marne et
Verdun.
Nos pères firent Sedan puis y pensèrent sans en parler.
CHANT DE GUERRE Par delà des générations souillées nous réclamons comme immédiats géniteurs ceux de 93 et tous ceux de nos ancêtres qui furent vainqueurs.
Tradition ou révolution la vie continue dans le sang de la France qui en nous se revivifie. Nous ne sommes pas « Fin de siècle », nous en commençons un autre et nous le façonnons, de mains de maîtres, selon notre rêve vivant.
En nous, par la Terre, l'homme renouvelle ses gestes. Empennés ou écaillés d'acier, pionniers ou grenadiers, nous défions les quatre vieux éléments ; l'eau et l'air, la terre et le feu.
Arrachement à l'attirance atavique du centre planétaire, avion, flèche dardée contre la loi. Accomplie : la légende de Jonas après celle d'Icare et ainsi tout rêve humain projeté sur le futur devra être lu dans la réalité. Le poumon supporte le poids de la lourde mer et l'action est rêve, le rêve est action. Affouillement de la Terre. La perforeuse atteint dans la sape un enfer plus horrifiant que celui qu'Orphée força.
Enfin le jeune grenadier raidi sur le parapet dans le but héroïque, recrée la gloire de l'athlète, vraie joie
INTERROGATION de l'homme sur sa planète courbe comme un stade. Ici l'enthousiasme se suspend, culminement. Vision du grenadier demi-nu, au soleil d'une offensive d'été, balançant la pomme explosive.
Ce geste joint notre guerre à notre paix. Ce geste musclé qui se délie dans l'air se profila précurseur avant la guerre.
La balle annonçait la grenade.
Certes la guerre n'est pas le secret de notre grandeur, Et plus tard les hommes se passeront de ce vieux rite pour manifester leur puissance.
Nous ne l'avions pas attendue pour atteindre les culminantes performances.
Et la paix par quoi nous ouvrîmes le siècle était aussi grande et neuve que notre guerre. Elle n'était pas la paix de nos pères. Elle était forte.
Nous n'en avions pas banni la mort que l'homme doit attoucher chaque jour pour être digne de la vie. Nous l'assaillions et dans une ronde autour de la terre nous l'entraînions pêle-mêle avec nos aventures. Alors nous faisions déjà la guerre à ces quatre vieux
CHANT DE GUERRE éléments, à cette nature dont nous sommes les fils dévorateurs.
Aujourd'hui les hommes en s'étreignant écrasent d'un commun effort leur nature insoumise qui les force aux conflits.
Et pour que nous connaissions toutes les victoires, je souhaiterai cette fatale victoire de la Paix. Dans toutes les vallées nous hérissions des cheminées altières. Et c'était nos canons rouges érigés contre le Monde qui s'oppose à notre bonheur humain. Mais gare : l'humanité, à cette heure, trempe une équipe de titans.
Donnez-nous d'autres ciels à escalader.
Nous narguons déjà le soleil et tandis qu'il fait lanterne pour une face de la Terre, les frénétiques fulgurances jaillies du front européen s'élancent aux profondeurs du monde.
Voyez : l'hémisphère délirante de combats roule les mille yeux hagards de ses projecteurs dans l'espace nocturne, que jonchent les fusées pathétiques.
Action.
Il nous est donné de jouir d'un plein contentement.
INTERROGATION Nous n'avons pas menti à la devise de notre génération. Nos pieds s'implantent solides dans les débris de formules.
Fi de leur Tradition. Nous avons tué bien des maîtres et nous sommes encore forts.
Nous casserons les ministères et les casernes. Nous poserons des usines ici et là nous ouvrirons des stades.
Fi de leur Révolution : nous avons restauré la guerre, ce jeu des cruels adolescents.
— Dites donc, camarades, qu'est-ce qu'un parti politique ?
Nous sommes tentés par tous les grands rêves et nous en faisons de grandes actions.
Et nous saurons faire une Paix comme nous avons mené la Guerre.
Nous brandirons nos grues d'acier.
Avec du ciment armé nous dresserons le monument de notre Force.
Et pour que nos enfants l'ignorent toujours nous y enterrerons sous des amas
Nos angoisses de l'avant et nos reniements de l'arrière que nous aurons surmontés.