ACCROISSEMENT DE L'HISTOIRE
Et si nous n'avions plus l'histoire
et si par les territoires ne se ruait plus
la haine
en qui est tant d'amour, puissant amour qui se défend
et si aucun homme ne hissait plus par dessus les autres
les couleurs d'un orgueil et si ne se déployait plus
l'injustice bariolée
et si on tondait les désirs ?
Et si en rond sur la boule les peuples ruminants n'avaient
plus d'histoire ?
Mais voici ce que font encore les hommes d'aujourd'hui. Nous sommes las des histoires passées Nous n'avons pas renié notre âge pour des temps mal connus.
Nous avons rejeté la honteuse nostalgie des temps révolus.
Nous avons tué les morts une seconde fois afin qu'ils ne soient pas plus nombreux que les vivants. Notre guerre a éventré les cimetières. Nous n'avons point le goût de vivre sur un ossuaire.
Nous avons fait de l'histoire. C'est autre chose que de la lire.
L'édition s'accroît des lourdes lignes horizontales épiques de notre chant.
A respirer notre fauve présent le vertige nous a contournoyés d'être dans le temps épars nous nous sommes retournés et nous étions parmi d'irradiants devenirs.
Nous avons retrouvé le sens solennel et nous avons joui de notre temps dans un émoi. Ainsi on voit dans un désert silencieux soudain immensément gonflé d'orgues défiler une civilisation d'outre-histoire tacite et fardée du sourire énigmatique.