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PLAINTE DES SOLDATS EUROPÉENS

Alors il y eut ceux qui étaient partis et ceux qui

étaient demeurés.

Et derrière nous, dans les demeures, le silence où

bientôt on entend l'oubli.

Et nous entrâmes dans des paysages où nous assaillit

la bataille.

Derrière les horizons, nous entoure et nous obsède

Notre gloire

Clameurs de nos foules en cercle, qui heurtent les

murs de ciel entre qui sonnent nos artilleries.

Alors ennemis de cet horizon et de l'horizon d'en face, Boches ou Welches, prolétaires ou bourgeois désormais combattants seuls ensemble, Au milieu du Monde, Nous avons commencé de nous tuer.

Les cadavres de la dernière guerre n'étaient pas encore pourris à l'autre bout de l'Europe. Nous avons compris l'aventure plus tard quand derrière nos tranchées abominables du premier hiver. On rouvrit les cinémas.

La réalité n'est pas, les hommes ne veulent pas la connaître (car ils en mourraient, chut!)

INTERROGATION Les hommes se nourrissent d'esprit et non pas de la matérialité de leurs gestes.

Les hommes font de la vie un rêve et ce rêve ils Font appelé l'histoire.

Nous sommes ceux avec qui on fait l'histoire. Nous sommes ceux qui savons et qui ne pouvons dire.

Car le Monde nous force au silence.

Pourtant nous savons ce que nous faisons et ce n*est pas ce qu'ils disent.

Mais un charme, une fatalité nous encerclent. La clameur glorifiante des foules, rythmée par les maîtres, écrase nos cris inhabiles.

La magie du rêve historique est autour des actions douloureuses à quoi l'on nous force.

Pris dans le réseau implacable de la pensée des maîtres Nous sommes les esclaves hallucinés.

Ah ! cette histoire cruelle et magnifique qui assemble ses harmonies hors de nos atteintes.

Ces clairons qu'on nous sonne aux oreilles et qui nous entraînent dans les siècles des siècles. Nous sommes toujours les mêmes et la terre s'use sous nos cheminements éternels.

PLAINTE DES. SOLDATS EUROPÉENS Grognards séculaires, Alexandre nous a poussés jusqu'à l'Inde, G)lomb jusqu'à l'Amérique, Bonaparte ailleurs.

Nous allons toujours sans savoir Devant nos chefs qui nous propulsent.

Moteurs de leurs cerveaux qui ronflent au fond de nos troupes.

Nous allons de chapitre en chapitre sur les voies de nos maîtres.

Coalition du monde contre nous Il nous délègue des maîtres qui viennent partager notre douleur pour nous la rendre plus inévitable : Ces hommes riches d'or et d'esprit qui viennent, par dessus nous, se clouer sur notre croix pour nous y mieux fixer.

Ces artistes qui viennent mourir parmi nous et ces officiers qui se font casser la gueule. Nécessité qui nous fait face de partout ; ces hommes tués sont encore plus nos maîtres et lèguent à leurs survivants un plus fort commandement.

En paix déjà parmi les Riches il était plus d'un maître.

Quand ils nous arrêtent nous leur construisons des

INTERROGATION civilisations où ils méditent nos prochaines étapes. Ils ont avec eux les dieux, qu*on appelle maintenant Capitaux — or et intelligence. — Et derrière eux l'Inaccessible.

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