COTES
À 9 heures du matin, le malade est amené dans le service de M. Bérard, en état de choc assez prononcé. Le facies est pâle el angoissé; la respiration est à 30 par minute; le pouls à 120.
A l'examen, on constate une petile plaie linéaire de deux cenlimèlres de long environ, siégeant dans le 4° espace intercostal gauche, débutant à un centimètre et demi environ du bord du
sternum et se dirigeant parallèlement à la 5° côte.
Pas d'hémorragie externe.
On ne irouve pas de signe de plaie du cœur; les bruits sont bien perçus; la malité cardiaque n'est pas augmentée; la pointe est dans le 5° espace, à égale distance du bord gauche du sternum et de la ligne mamelonnaire.
A l'examen du poumon, on constate : en arrière, une zone de malité remontant jusqu'à la pointe de l'omoplate et du skodisme assez marqué dans Ja fosse sous-claviculaire gauche. Les vibrations sont abolies dans le tiers inférieur du poumon gauche et seulement diminuées dans le liers moyen; le murmure vésiculaire est aboli dans le tiers inférieur où on trouve aussi de l'égophonie. En avant, on ne constate pas de signes d'épanchement. L'espace de Traube est sonore. La température est de 30°.
Pas d'intervention. On se contente de faire une injection de sérum artificiel. Morphine, immobilisation. Le soir, à 4 heures, on revoit le malade. L'hémorragie paraît arrêtée. On ne fait ni ponction, ni intervention.
Le 3 février, la température monte à 38,9 et se maintient encore à ce niveau le 4. La dyspnée n'a pas augmenté (24 par minute). Le pouls se maintient entre 100 et 120.
Le malade est plus essoufflé. IL est vu par M. Gaillavardin qui constate un épanchement considérable (deux litres au minimum). La matité tourne en avant.
Le cœur est déplacé. La pointe bat dans le 6° espace intercostal droit, à trois travers de doigt du bord droit du sternnm, On fait la thoracentèse. On retire près de deux litres de sang laqué, brun-noirâtre.
Le 8 février, amélioration sensible.
Le 9 février, après un effort pour aller à la selle, survient
<a De nec
un nouvel accès de dyspnée (40 par minute). Le ‘malade est généralement cyanosé, On fait une nouvelle ponction et on relire un litre de liquide hématique. Le soir, la température monte à 40°.
Le 10 février au soir, la tempéralure est encore de 40,1.
Le 11 février, la matité remonte jusqu'à l'épine de l'omoplate. Là pointe du cœur est toujours déplacée à droite. On fait la radioscopie. La plèvre gauche est obscure sur toute sa hauteur. La silhouette du bord droit du cœur apparait assez nettement pour qu'on puisse affirmer qu'il n'y a pas d'épanchement péricardique, d’ailleurs on perçoit les battements sous la main.
L'auscultalion du cœur révèle un double souffle, attribué par M. le professeur Teissier aux phénomènes de compression du cœur et des gros vaisseaux.
Le malade est haletant.
La température oscille. Elle a atteint, la veille au soir, 40,2.
Le facies est axphyxique, un peu bouffi, vultueux.
Comme il est impossible de songer à une opération avec anesthésie et qu'on veut éviter au moins toute chance d'infection secondaire, on s'assure, par une ponction, que le liquide est suffisamment fluide. Ce liquide, rouge-brun, fluide, ne se coagule pas à l'air libre. Versé sur un linge, il donne une tache centrale rouge peu foncée et une large auréole séreuse. C'est donc du liquide de pleurésie qui a dilué les caillots sanguins de la plèvre.
Après celte constatation, au niveau de la poche, c'est-à-dire du 7% espace, on plonge le trocart à hydrocèle. On retire deux litres de liquide, puis on fixe le trocart à demeure et on ajoute à son pavillon un lube en caoutchouc qui plonge dans un urinal.
Le malade est immédiatement soulagé. Cependant son pouls reste à 120, 21 respiralions par minute.
Le facies est bien meilleur.
On fait une injection d'électrargol.
Le 9 mars 1910, on fait un nouvel examen radioscopique dans le service de M. le professeur Teissier. La plèvre gauche
va +
no
toute entière est encore occupée par un mélange d'air et de pus. L'orifice de la pleurotomie étant silué trop haut, il sera nécessaire de faire une résection costale.
Celle réseclion est pratiquée le 410 mars.
On lave la cavité pleurale à l'eau bouillie. Drainage,
Le 17 mai 1910, le malade, après avoir eu une convalescence progressive, reprend de la Ltempéralure à la suite de l'ablation prématurée du drain pleural. On explore le trajet avec une baguette et on fait sortir deux verres de pus épais.
Où pratique l'examen cytologique et bactériologique.
Pas de cellules endothéliales, innombrables globules rouges très conservés. Quelques globules blancs polynucléaires excessivement rares.
De plus, bacilles longs, grêles, ne gardant pas le Gram, quelques coccis gardant le Gram et groupés en amas; diplocoques longs ne gardant pas le Gram et constituant Ja flore microbienne prédominante du sang examiné dans lequel ils existent en volumineux amas.
22 novembre 1910 : Le malade n'est pas encore complètement guéri. Au niveau de la plaie, on constate encore une fistule qui donne du pus.
On fait la radioscopie. Il n'y a pas d'épanchement, mais de nombreuses adhérences pleurales.
Le cathétérisme de la fistule dénote une cavité assez petite d'où on fait sorlir une cuillerée à café de pus grisâtre sans odeur,
On continue les pansements secs et tous les deux ou trois
jours on videra la cavité pleurale à la sonde.
Dans ce cas, il s'agissait probablement d’une lésion d’une arlère intercostale antérieure sans lésion pulmonaire. On n'avait pas pratiqué la ligature. Cela explique ces hémorragies répélées survenant à la suite d'un simple effort et la lenteur de l’évolution.
L'examen de la courbe (hermique montre qu'il y avait
eu infection dès les premiers jours.
OBSERVATION (inédite).
Due à l'obligeance de M. le Dr Descourres, chirurgien des hôpitaux de Lyon
et de M. Lamserr, inlerne des hôpitaux de Lyon.
Sur un cas de plaie de poitrine avec blessure de la mammaire interne.
Au cours d'une bagarre, X..., âgé de 18 ans, est frappé d'un coup de couteau dans la région para-sternale droile. Il tombe sans connaissance et est transporté immédiatement à l'hôpital où il arrive trente minutes après.
À son arrivée, il est examiné par l'interne de garde, et M. Desgouttes, chirurgien de garde, le voit immédiatement après.
On se trouve en présence d'un jeune homme d'une constitution athlétique qui donne l'impression d'une vigueur peu commune. Il est pâle, son visage est défait; ses yeux, dont les pupilles sont légèrement dilatées, ne semblent pouvoir se fixer sur les objets environnants. :
Il se réveille d'une syncope et rapidement la vie se manifeste par des demandes répélées de boissons froides.
On le déshabille, et, au cours de ces manœuvres, on constale que sa chemise et son gilet présentent une tache de sang assez considérable. On observe alors, au niveau de la région para-sternale droile et dans le 3 espace intercostal, une large plaie de trois centimètres de long et qui se termine à un centimètre et demi environ du bord droit du sternum.
Cette plaie ne saigne à peu près plus à ce moment. Cependant, la percussion décèle une submatité notable en bas et en arrière indiquant la présence d'un léger épanchement sanguin dans la plèvre. Le pouls est petit, misérable, bat à 156 à la mioute. Le malade, après avoir bu, retombe dans cet état subcomateux dont il élait sorti un instant.
Devant la gravité de l'état nerveux, il est décidé qu'on attendra pour intervenir, On fait au malade une piqûre de caféine, du sérum artiliciel (500 grammes) et aussi une piqüre de mor-