ARLES
OgservarTion X (Février 1932.)
B... (Pierre), 35 ans, propriétaire-viticulteur.
Début en 1930 par une conjonctivite intense qui durera trois mois, et à laquelle l’ophtalmologiste apportera un peu de soulagement. Presque à la même époque, épaississement de la peau du talon.
En novembre 1931, précédée d’un syndrome d'insuffisance hépatique net, ascite rapidement abondante, qui cédera bien aux sels mercuriels.
On note à cette époque une mélanodermie de moyenne intensité qui avait complètement échappé au malade. Pas de signes de polynévrite. Suppression du vin.
Trois mois après, atténuation très marquée de la pigmentation.
Copie du rapport déposé à la Préfecture de Limoges par M. le Professeur de Léobardy.
Le 16 juillet 1928, M. D... agriculteur dans la commune d'O.. (Haute-Vienne), conduisait à notre consultation deux de ses ouvriers agricoles.
Ces ouvriers étaient atteints d’une affection curieuse, pour laquelle les médecins des alentours, consultés, n'avaient pu donner . de diagnostic et de thérapeutique.
Ces deux cultivateurs, une dizaine de jours auparavant, avaient présenté des troubles digestifs caractérisés par de la diarrhée et un certain degré de stomatite, puis une éruption cutanée serait apparue, et enfin, depuis huit jours, dés troubles douloureux des pieds et des mains les empêchant de dormir, leur rendant la marche difficile.
En plus, chez l’un d'eux, M. B..., il y avait des phénomènes parétiques très accusés des deux membres inférieurs. Il fallait le soutenir pour que la marche fût possible.
A l'examen, notre attention fut de suite retenue par l’aspect des mains et des pieds, qui étaient gonflés : tuméfiés, un peu
rouges, peu douloureux au palper. L'ensemble ressemblait un peu aux engelures où même aux gelures discrètes des pieds.
Les réflexes tendineux étaient très diminués, abolis pour M. B..., celui qui était presque paraplégique. II n’y avait pas de température.
Devant ce tableau assez particulier, nous fimes le diagnostic de Îorme anormale de poliomyélite, et nous pensâmes être en présence d’un état voisin de l’acrodynie; nous nous bornâmes à prescrire, tant pour l’élat général que comme agent anti-infectieux, une injection hebdomadaire d’acétylarsan ! (?).
Quatre jours plus tard, deux autres cultivateurs de la même région venaient nous consulter pour les mêmes troubles et nous déclarèrent que certes ils n'étaient pas les seuls, puisque je m'intéressais à cela, il leur serait facile d'envoyer cinq ou six de leurs amis atteints du même mal.
De fait, le 3 août, M. J. L..., charpentier dans le bourg d’O..., venait nous consulter avec six de ses amis; tous avaient présenté
exactement la même histoire que les deux premiers malades
1° Une période de troubles digestifs; 2° Des manifestations cutanées allant du simple érythème jusqu'à l’eczéma suintant;
3° Aboutissant aux phénomènes douloureux et paralytiques.
M. L... était lui-même le plus atteint; il lui était impossible de faire un mouvement des deux membres inférieurs; la préhension était également difficile avec les membres supérieurs.
Au moins le jour de notre examen, M. L... n’avait plus le trophcædème des extrémités; par contre, on notait une amyotrophie du quadriceps droit et des péroniers latéraux gauches, un peu comme dans une poliomyélile.
Devant cela, sans hésiter, nous réformâmes notre diagnostic d’acrodynie et nous pensâmes qu'il devait s'agir là de quelque intoxication.
Mais malgré l’interrogatoire le plus minutieux nous ne püûmes avoir aucune idée sur l’agent toxique responsable.
Les jours suivants, deux autres malades étant encore venus,