‹ Intoxication arsenicale par le vinChapitre 25 sur 39 · PÉRE ES · texte numérisé non relu

PÉRE ES

nous résolûmes d'aller faire une enquête sur place, pensant qu'il y avait là quelque chose de très intéressant, peut-être du béribéri ou de la pellagre.

Après rapport à la Préfecture, nous obtenions une mission oflicielle. Le /18 août 1928, assisiés du médecin inspecteur d'hygiène, nous partions faire une enquête sur place.

Nous commencions notre tournée par une visite à la propriété de M. D.., le propriétaire qui nous avait conduit les deux premiers cas presque un mois auparavant.

Les deux malades étaient loujours dans le même état, un peu plus impotents cependant. A noter qu'ils avaient reçu à cette date trois piqûres d’acétylarsan. Thérapeutique que nous fîmes suspendre lorsque la cause de l’intoxication nous fut connue.

En ce moment nous partions faire notre enquête avec cette idée que l’intoxication venait probablement du pain. :

Les paysans de cette région étant de grands consommateurs de pain et ne le faisant plus eux-mêmes. De plus, le service des fraudes nous avait appris que de mauvaises farines avaient été saisies dans cette région peu surveillée du Bas-Limousin.

Rapidement, nous fûmes obligés d'abandonner cetle hypothèse, car, après avoir examiné village par village ces malades, au nombre important de trente, nous fûmes frappés de voir :

1° Que sur ces trente malades il n’y avait pas une femme.

Or, elles consomment au moins autant de pain que les hommes.

2° Qu'un des villages où il y avait le plus d’intoxiqués était précisément un des rares où les paysans faisaient leur pain euxmêmes, avec leur propre seigle moulu dans un petit moulin avoisinant.

Nous allions donc revenir, ayant constaté ces faits curieux sans avoir aucune idée sur l’agent toxique qui avait pu provoquer de semblables troubles, lorsque nous terminâmes notre enquête en allant revoir M. L.., celui des grands malades qui nous avait conduit le 3 août six de ses camarades.

Son état avait encore empiré depuis treize jours (date de sa visite chez nous). Il était devenu complètement paraplégique, les troubles digestifs dont il avait souffert au début étaient réapparus.

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C’est lui qui nous mit sur la voie du diagnostic.

« Lorsque je fus vous voir à Limoges, me dit-il, vous m'avez demandé s’il n’y avait pas quelque cause toxique dans notre alimentation, si nous ne buvions pas de l’eau conduite dans des tuyaux de: plomb ? J'ai réfléchi que tous ces troubles ont commencé une douzaine de jours après avoir bu du vin acheté chez un marchand récemment installé dans le pays; ce vin n’avait pas un mauvais goût, mais il semblait lourd à digérer.

» Quand ma femme en buvait elle avait de la diarrhée et des vomissements, à tel point qu’elle fut obligée de le laisser; j'ai voulu, nous dit-il, en reboire ces jours-ci, et il me semble que c’est depuis que je suis malade. »

Nous promimes à M. L.., la plus grande discrétion et lui demandâmes de vouloir bien nous confier deux échantillons de ce vin. Il redoutait une juste représaille du marchand de vin si son hypothèse était fausse.

Ce vin, examiné dans trois laboratoires

1° de l'hôpital; 2° de toxicologie de la ville; 3° de l'Ecole de médecine,

donnait trois analyses identiques de 9 à 10 milligrammes d’arsenic par litre.

Munis de ces renseignements, une deuxième enquête sur place fut faite, celle-ci avait un caractère nettement judiciaire, et elle permit d'établir que tous les intoxiqués avaient été des buveurs de ce vin, et que ce vin venait de chez un seul des marchands de la région.

La provision fut saisie et les analyses faites, tant, sur le vin saisi chez le marchand de vin que sur les échantillons pris chez les intoxiqués, montrèrent la même charge en arsenic de 9 à 11 milligrammes par litre.

Le nombre des intoxiqués était officiellement de 30, dont 43 grièvement malades.

Tous ces malades, même les intoxiqués graves, ont très bien guéri, mais 7 d’entre eux ne purent reprendre leurs occupations avant sept à huit mois.

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Sur un empoisonnement en masse après absorption de vin à bord d’un bateau (19).

Par MM. Gaspar TroPp et Gustave Raücx, de Hambourg.

A la fin du mois de mars, cette année, 6 hommes appartenant à l'équipage d’un vapeur français, furent envoyés à notre clinique. Ils portaient les signes typiques d’un empoisonnément chronique par l’arsenic. Comme nous pûmes le lire ces jours derniers dans des extraits de la presse française, environ 300 matelots appartenant à deux compagnies de navigation différentes furent intoxiqués selon les formes que donne l’arsenic, à la suite d'absorption de vin en contenant. L’équipage recevait environ 1 litre de vin par jour. Les journaux rapportent que 1 litre de vin contenait de 3 à 12 milligrammes d’arsenic.

En ce qui concerne nos malades, il furent enrôlés le 22 décembre 1931 au Havre. Il n’y avait plus à bord qu’une petite provision de vin (huit jours environ). C’est pourquoi une grande quantité de vin de provenance espagnole fut embarquée. Après un mois environ, les premiers symptômes se manifestaient. Il est à noter que les 32 hommes d'équipage souffraient plus ou moins de grandes douleurs. Le 15 décembre, 6 matelots furent envoyés à l'Hôpital de La Rochelle. Pendant le voyage, les matelots s'étaient plaints à leur « fourrier » du goût âpre, légèrement brûlant du vin, sans succès toutefois, puisqu'il n’y avait pas d’autre vin à bord.

A son arrivée à Hambourg, l’équipage porta plainte au Consulat français qui le fit mettre sous scellés, puis analyser. Une importante quantité d’arsenic fut décelée à côté d'acide sulfureux et sulfurique.

De tout l'équipage, nous ne reçûmes que 6 membres : les plus gravement atteints, cependant que les autres, moins malades, res-

.taient à bord et continuaient à assurer leur service.

L’équipage du vapeur Montauban, dont il s’agit ici, a bu quoti-

diennement, trois mois durant, jusqu'à son arrivée à Hambourg,

(19) Traduit par M. P. Feyte de la Revue Dermatologishe Wochenschrift, 9 juillet 1932, t. 95, n° 28, p. 1023, Librairie Leopold Vossin, Leipzig.

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du vin contenant de l’arsenic. C’est pourquoi nous pûmes obser-

ver une forme d’empoisonnement chronique par l’arsenic. Voici

brièvement les 6 observations.

Cas L — 0O...-(J.), 30 ans. Jamais malade jusqu’à ce jour. Fin janvier 1932, donc un mois après son embarquement, le malade : porte des éruptions de formes et de dimensions différentes, sur la poitrine, aux aisselles, aux plis fessiers, à la partie supérieure des cuisses, plus particulièrement sur la face interne, et au pli du genou. L’éruption était prurigineuse et enflammait la peau de la région et l’écaillait partiellement. Après traitement de ces éruptions, les parties attaquées devenaient plus sombres, et aux plis des fesses et aux coudes se formèrent des indurations. Dans la paume des mains, et plus particulièrement à la plante des pieds, apparurent des couches de corne très épaisses, formant des écailles et qui s’hypertrophiaient. Le malade avait l'impression d’avoir la partie antérieure du pied comme morte. Comme, à la pression, celui-ci suffrait beaucoup, il était gêné dans ses déplacements. Depuis le début de mars, apparurent des douleurs et une insupportable sensation de compression gastrique, des vomissements de plus en plus fréquents. Les yeux étaient très larmoyants, et il ne lui était pas possible de fixer longuement un objet. Amaigrissement : 7 kilos; faiblesse croissante.

Examen. Homme forte corpulence; appétit : satisfaisant; muqueuses suffisamment colorées. Aux points de pression et dans les intervalles intertrigineux, un exanthème brun foncé, avec une teinte rose dans la profondeur, démangeaisons intermittentes; écaillage facile. Paume des mains : hyperkératoses gris ardoisé, friables avec tendance à l’exfoliation. Ces indurations sont particulièrement abondantes à la plante des pieds, assymétriques, de couleur gris sale, épaisseur de 5 millimètres. Sur la verge, à la partie inférieure du gland, près du frein, se trouve un exanthème « herpétiforme » qui empiète sur la région avoisinante du prépuce.

Appareil respiratoire normal.

* Poumons et cœur normaux.

Abdomen mou, nulle part sensible à la pression. Rate et foie non palpables.

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