‹ Intoxication arsenicale par le vinChapitre 32 sur 39 · DRE · texte numérisé non relu

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ensuite parce que, d’après les travaux de MM. Moreau et Vinet ®7), l'arséniate de plomb insoluble qui a pu rester sur les raisins au moment de la mise en cuve se dépose sur les lies et surtout sur les mares. Il faut respecter ce dépôt.

De même, l'observation VIII (Docteur Jany) accuse « la préparation à la vigne de la bouillie à l’arséniate de plomb dans des comportes servant plus tard à la récolte ».

Les autres observations VI, VII IX et X (Docteur Jany) ne signalent rien de particulier.

Malheureusement, pouvons-nous pénétrer tous les mystères de la préparation du vin depuis la récolte du raisin jusqu'à la mise en bouteille?

Les détails de la fabrication du vin devraient attirer toute l'attention de ses défenseurs. « Dans les pays qui ne sont pas gros producteurs, le « vin nouveau » soi-disant léger (8 à 10 degrés) est vite consommé, et alors on use d’un vin plus ou moins frelaté, fabriqué, mauvais », constatent dans les Alpes-Maritimes MM. les Docteurs Gonin, Spatzierer, Durand et Bergondi @5).

À Sospel, M. le Docteur Samarito expose @9) : « La totalité du vin ordinaire est importée par le commerce. Or, ce vin est moins un produit de la treille qu’un produit de la chimie, Le vin du viticulteur lui-même, ramassé par les entreposiaires en gros, reçoit, pour que son transport (0) et sa conservation soient mieux assurés, des quantités considérables de produits chimiques, acides divers, «hyposulfite de soude » (?), tannin, matières colorantes, etc... ».

M. le Docteur de Léobardy a signalé 61) deux cas de polynévrite, et le vin en cause ne contenait pas d’arsenic, mais

(27) Voir page 60. à

(28) Médecine générale française, n° 6, p. 164.

(29) Jbid.

(30) M. le Docteur Barde, de Vayres (Gironde), nous fait remarquer : « Les camions-citernes, et les wagons-réservoirs métalliques, sont émaillés à l’in- : térieur ». L'émail se fendant très facilement, le liquide entrerait en contact avec les parois en ciment ou en métal, d’où corruption du vin, De là viendrait aussi un danger.

(31) Médecine générale française, n° 7.

LE NGB NES

la curieuse propriété d’être « imputrescible » (?). Il contiendrait une substance industrielle qui permet sa conservation. La technique est ignorée, de même que le produit qui peut être toxique:

M. le Docteur Léger (2?) remarque, d’autre part : « Parmi les méfaits dus à l'alcool, il est permis de croire qu’une partie des néphrites observées peuvent provenir des produits chimiques qui, d'une façon ou d’une autre, ont pu pénétrer dans le vin livré à la consommation. »

Pour diminuer l’acidité de certains vins, on les édulcoserait à la glycérine @3), on les neutralisait au carbonate de chaux (jusqu’à 1 kilo par barrique), ou on les plâtrait. Ils étaient d’une pureté douteuse quand ils arrivaient chez le débitant. Ne continue-t-on pas à appliquer ces méthodes ?

Le mutage clandestin avec le bisulfite de soude liquide, industriel, produit très arsenié, existe, ef pourtant c’est une fraude, la loi spécifiant que les traitements doivent être effectués à l’aide de l’anhydride sulfureux pur ou à l’aide de bisulfites alcalins cristallisés purs.

Nous avons cherché à savoir auprès de Décinliies si les composés arsenicaux avaient une propriété quelconque sur la qualité du vin. Il ne semble guère; tout au plus l’adjonction d’un produit arsénieux pourrait diminuer l'acidité du vin, a-t-on prétendu au cours de l'affaire du Havre (?).

Au contraire, pour augmenter son acidité, après l’avoir « mouillé », un marchand ou un Gébitant emploiera grossièrement de l'acide sulfurique, impur (6, produit très arsenié, expressément défendu par la loi, mais vendu à un prix dérisoire à côté de celui de l’acide citrique, qui jouit de la faveur officielle. |

Nous avons vu (enquête de M. le Docteur de Léobardy) (5)

(32) Lettre du 16 novembre 1932.

(33) Médecine générale française, n° 6, p. 164.

(3%) M. Rohn-Abrest, après avoir rapporté ce procédé (Traité de chimie toxicologique, 1924, p: 605), cite le fait suivant : « En 1921, nous avons constaté qu'une série de vins saisis en fûts contenaient jusqu'à 125 milligrammes d’acide arsénieux par litre. »

(35) Voir plus haut, p. 66.

CNT: CE

qu’un négociant, pour obtenir une meilleure conservation des vins, avait nettoyé tous ses foudres et ses tonneaux avec l'acide sulfurique de commerce, impur.

Nous admettons que ces cas sont rares aujourd’hui et que la dose d’arsenic ainsi apportée ést minime, mais ces procédés ajoutés à d’autres contribueraient à rendre toxique cette boisson.

Nous savons qu'il est des marques industrielles de bouillies arsenicales ne contenant pas seulement des sels d’arsenic insolubles, seuls admis par la loi, comme l’arséniate de plomb ou de chaux, mais aussi des sels solubles, et en particulier Tl’arséniate de soude qui a plus de chance de rester dans le jus de raisin. :

Or, que doit-il se passer dans ces cas-là, lors de la récolte ? Les quelques travaux sur l’arséniate de soude manquent de précision à cet endroit. Mais, si l’on admet le même processus que pour le cuivre, signalé par M. le Professeur Gayon, pendant la période de fermentation, donc, en milieu réducteur, il se formerait avec ce sel d’arsenic resté sur les grappes, ainsi que des traces de soufre, un précipité de suifure d’arsenic insoluble (la présence d’un milieu légèrement acide favorise cette réaction), précipité qui se déposerait dans la cuve. Mais dans les vins dont la fermentation est incomplète, comme les vins blancs doux de Sauternes, ou bien dans le « muté à 0 degré d’alcool » qui est du jus de raisin n'ayant pas du tout fermenté et servant à édulcorer les vins très secs, que devient l’arsenic resté en solution ? Il est imprudemment livré à la consommation avec le vin qui l’a gardé.

Un inconvénient analogue peut également arriver chez un producteur qui fabriquera lui-même son arséniate de plomb, par excès d’arséniate de soude par rapport à l’acétate de plomb, strictement nécessaire à la réaction.

En Dordogne, M. le Docteur Lachèze (6) ne cache pas que, dans beaucoup d’endroits, le propriétaire ne prend aucun

(36) Médecine générale française, n° 6, p. 162. LAGARDÈRE. 5

Abe

soin pour préparer convenablement son vin. Îl cueille le raisin avant la maturité, utilise de mauvais fûts et boit son vin, même lorsqu'il s’est « rebouillé », c’est-à-dire aigri.

Nous savons que les pouvoirs publics délivrent aux agriculteurs des doses massives d’arséniate de plomb en vue de lutter contre le doryphore de la pomme de terre, et qu'une partie de cet arséniate est détourné de sa destination et est parfois employé contre les insectes de la vigne d’une facon intempestive et indélicate.

Nous savons aussi qu'il a existé des propriétaires faisant sortir de leur « laboratoire », sous la même étiquette et le même millésime, une quantité de vin double de celle qu'ils auraient dû normalement produire. Quelle falsification s’estil faite ? Il est vrai qu'actuellement, l'application de la déclaration de la récolte et la surveillance permanente qu'exerce la Régie sur les chais, rend cette fraude difficile, sinon impossible...

Nous sommes prêts à croire, avec M. le Professeur Portmann (7), que « tout vin qui ne vient pas directement de la propriété, ne doit pas être considéré comme falsifié », et «qu'il y a dans cet état d'esprit, si préjudiciable pour les commerçants honnêtes, qui sont l’immense majorité, un danger contre lequel il faut lutter ». Mais ce travail montre que le vin peut être falsifié ou rendu toxique aussi bien à la propriété que chez le marchand de vin. Le vigneron dispose de poisons dangereux; aussi faut-il que la meilleure technique soit observée, les modes d'administration des produits antiparasitaires respectés, des sanctions contre les fautes plus rigoureusement appliquées.

Le traitement aux arsenicaux est utile, sinon indispen- : sable, il n’est pas dangereux si les agriculteurs prennent toutes les précautions nécessaires, comme font la plupart, mais laisse incomber une lourde responsabilité à ceux qui —l’emploient sans, souci des règles que nous allons maintenant , étudier et discuter. |

(37) L'action du médecin en faveur du vin, Petite Gironde, 20 nov. 1932.

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