‹ Intoxication Par Le Sulfure De CarboneChapitre 10 sur 25 · MEN PE · texte numérisé non relu

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çants que la pneumonie de Pierre n’est pas la pneumonie de Jacques, et cela doit être en effet pour eux matière de bréviairé. » ‘ 1 |

DÉBuT. — L’invasion peut se faire d’une façon brusque ou progressive.

Dans le premier cas, on voit des ouvriers robustes, et placés dans de bonnes conditionshygiéniques, travailler pendant un certain temps dans des usines sans ressentir aucun symptôme jusqu’au jour où à l’occasion d’une cause quelconque ils sont pris subitement d’accidents de la plus haute gravité pouvant revêtir parfois la forme apoplectique.

Dans les cas d’invasion progressive, et ceux-ci sont de beaucoup les plus fréquents, les ouvriers sont atteints dès le premier jour. Ils éprouvent des nausées, des vomissements, de la faiblesse musculaire ; mais les prodromes les plus importants sont la céphalalgie et l’ivresse que nous nous réservons d’ailleurs d'étudier avec soin dans le chapitre des troubles nerveux. :

L’invasion une fois produite, les malades éprouvent des symptômes très divers et pouvant intéresser toutes les fonctions de l’économie. Nous allons les passer en revue et insister particulièrement sur les troubles nerveux et des organes des sens.

TROUBLES RESPIRATOIRES. — Les troubles respiratoires ne revêtent pas de formes graves et disparaissent rapidement. Tous ceux qu’on a pu observer ne se sont jamais traduits

par des signes traduits sthétoscopiques et on n’a jamais trouvé de lésions organiques.

Ce qui préoccupe le plus les ouvriers, c’est cette haleine sulfo-carboné dont ils ne peuvent se défaire, c’est la toux, c’est l’oppression et ces accès d’étouffements provoqués par les vapeurs de sulfure de carbone.

TROUBLES GIRGULATOIRES. — Du côté de la circulation on ne trouve rien de bien caractéristique. On a observé des palpitations, des étourdissements et des epistaxis abondantes.

TROUBLES DIGESTIFS. — L’haleine sulfo-carbonée occa-

sionne des nausées, des vomissements, les malades éprouvent du dégoût pour les aliments qui leur semblent imprégnés de sulfure; ils sont d’une délicatesse extrême. S'ils se forcent pour manger, les digestions se font mal, ils ont du pyrosis et des renvois sulfo carbonés. Dans une observation de la thèse de Noël Bonnet, le malade avait les gencives enduites d’un liseré noirâtre de sulfure simulant un liseré saturnin. Il n'avait jamais travaillé le plomb. La salivation devient abondante. On constate des coliques, de la diarrhée, quelquefois même de la constipation.

Delpech signale dans la première période de l’intoxication une sorte de stimulation. Un de ses malades affamé, dépensait « dixfrancs dans un diner àmanger des portions de six sous. » En outre, en dehors des aliments que lui donnait son patron, il mettait dans sa malle du pain qu’il mangeait le soir. D’autres fois, c’est une anorexie presque constante, une maigreur

extrême par défaut d'alimentation, Un autre disait : « à six nous ne mangions pas pour deux. » |

M. Rendu, dans son observation publiée dans le bulletin de la Société médicale des hôpitaux de novembre 1894, parle d’une stomatite chez une jeune fille de quinze ans : « la langue est tuméfiée et sur ses bords se voient les empreintes dentaires : latéralement existent deux érosions superficielles, grisâtres, qui ne ressemblent pas à des traces de morsures.

Les gencives sont rouges, tuméfiées, fongueuses et saignent facilement. La stomatite existe également à la face in- . terne des joues, il n’y a pas d’ulcérations correspondant à l'intervalle des arcades dentaires. »

TROUBLES GÉNITAUX. — [’intoxication sulfo-carbonée agit d’une façon manifeste sur les organes génitaux. Elle peut arrêter leur développement chez les enfants, produire des anomalies de développement ou amener l’atrophie des organes déjà développés. Delpech signale le cas d’un enfant de douze ans travaillant à gonfler les ballons et présentant des testicules arrêtés dans leur développement. Huguin constate chez un enfant de quinze ans un développement assez considérable des seins ; on a aussi signalé chez de jeunes ouvrières Patrophie des mamelles.

Quant au sens génital il est influencé et d’une façon toute spéciale par le sulfure de carbone. Il est un phénomène à peu près constant et d’une grande signification pour les ouvriers parce qu’il marque pour eux le début solennel de l’intoxica-

tion : ils éprouvent une sensation de constriction, de brûlure ou de froid au niveau du scrotum; c’est le phénomène décrit par les auteurs sous le nom d’awra génitale. |

Dans la première période on peut rencontrer une excitation génitale accentuée avec priapisme intense, érections constantes et des besoins exagérés. Cette excitation, quand elle s’est produite, fait bientôt place à la dépression. Les désirs vénériens et les érections sont abolis et les malades « fuient les occasions par absence de désirs ou par conscience de leur

faiblesse (Delpech) ». Le malade de Beaugrand (1), âgé de 51 :

ans et d’une constitution vigoureuse « s'aperçoit que depuis les premiers accidents de son intoxication, il est devenu tout à fait impuissant ; la plus belle femme du monde ne lui fait aucune envie; il està cet égard comme un enfant nouveauné. »

Chez les femies on trouve un amoindrissement des fonctions génératrices etde la sensibilité spéciale. Leurécoulement

menstruel devient plus abondant; elles ont des « pertes con-

tinuelles sauf deux ou trois jours de rémission par quinzaine » (Delpech). Dans une autre observation, une ouvrière enceinte eut ses règles pendant quatre mois sans avorter. Il est beaucoup plus fréquent de voir ces femmes avorter etsi elles n’avortent pas du fait même de l’intoxication, ce sont les vomissements qui interrompent la grossesse.

TROUBLES CUTANÉS. — M. le professeur Laboulbène a rap-

(1) BEaAUGRAND. Gazette des hôpitaux 1856, page 332.

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porté deux cas de troubles cutanés. Dans le premier cas, c’est un ouvrier travaillant à confectionner desballons, qui présentait des taches notres sur les jambes non ecchymotiques. Le second cas est celui d’une jeune fille travaillant dans üne ‘ usine de sulfure de carbone. « Sur les membres inférieurs et supérieurs, sur le thorax, se trouvaient des macules irrégulières très distinctes des taches ecchymotiques ou des cicatrices par liquides corrosifs (1). » D’après Kieneret Engel, cestaches seraient produites par l'accumulation d’un pigment particulier ferrugineux et dérivant de la matière colorante du sang (2). D’après Quincke la formation de ce pigment ferrugineux devien l'ail Considérable dans le cas où le globule sanguin serait détruit en Quantité plus grande qu’à l’état normal (3).

On peut aussi observer « des troubles trophiques se produisant comme pour affirmer la névrité périphérique sur la surface cutanée correspondant à la paralysie : purpura, herpès, zona (4). » |

TROUBLES SECRÉTOIRES. — On trouve signalé dans un certain nombre d’observations des troubles secrétoires peu nombreux, mais caractéristiques. Des sueurs abondantes ont une odeur très prononcée de sulfure de carbone; les urines

) Compte-rendu des séances de l'académie des sciences, 1886, page 394. ) Quincre, uber siderosis, archiv. für K1. méd. T. XXV et XXVIL. ) BrissAuD, paralysies toxiques, thèse d’agrégation 1886.

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aussi ont cette même odeur, sans qu'on y ait jamais trouvé d’albumine.

La fièvre qui a été souvent constatée par les divers auteurs pourrait bien n'avoir été produite que par des troubles divers associés à l'intoxication.

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