CHAPITRE HI
La réaction de Casoni
C’est au Professeur Casontr que revient le mérite d’avoir établi à la Clinique médicale de l'Université de Sassari (Sardaigne) la valeur diagnostique de l’intradermo-réaction au liquide hydatique : cette épreuve se montrait positive, d'après sa statistique, dans 87 % des cas, chez l’homme.
Mais il avait eu des précurseurs en France, car dès 1910, dans la clinique de CHAUFFARD, BorbiN et Guy La- ROCHE avaient tenté plusieurs intradermo-réactions au liquide hydatique, mais ils avaient obtenu des résultats variables et d'interprétation douteuse.
Ils injectèrent, après expérience de TRoïsiIER, dans le derme de sujets porteurs de kystes hydatiques, une goutte de liquide hydatique humain, filtré et chauffé à deux reprises à 56 degrés. Au point d'inoculation, ils observèrent un œædème rouge. Les mêmes sujets réagirent de façon analogue à une injection d’eau salée, et d'autres malades, dont l’un avait eu auparavant des
accidents d'urticaire banale, présentèrent une réaction identique à l'infection de liquide hydatique ou d’eau salée. Bien qu'ayant observé une intradermo-réaction positive chez un porteur de kyste hydatique ne réagissant pas à l’eau salée, alors que le même liquide hydatique, utilisé chez des sujets sains, ne déterminait aucune réaction cutanée, ces auteurs, conclurent à la non spécificité de la réaction et abandonnèrent leurs recherches. |
PüuTTonI, la même année, apporte des conclusions analogues dans un travail sur le diagnostic biologique de l’hydatidose. Après des essais de cuti-réaction et d'ophtalmo-réaction, il conclut à la nullité de la valeur diagnostique.
Casont eut lé mérite, en 4912, d’en préciser la technique et surtout d’en affirmer la sensibilité et la valeur pratique. C’est pourquoi cette épreuve est désormais appelée : Reaction de CASONI.
Mais, son travail parut dans une revue locale de faible diffusion. Aussi faut-il arriver en 1919 pour voir cette réaction reprise et étudiée par les Italiens : Gas- BARRINI, LURIDIANA, SERRA, PONTANO, DEL TOoRTO, M4- NASSEI, CIGNOZZI ; par les Argentins : BACGIGALUPO el GROSSO, ITHURRAT et CALCAGNO.
Elle le fut aussi en Yougoslavie par BoTrTert, el en Allemagne par DEUSCH.
La plupart des auteurs reconnurent sa simplicité et son incontestable valeur.
Par contre, en France et en Algérie, elle ne fit l’objet que de rares publications, SERVANTIR, LEMAIRE et
JAHIER, LEMAIRE et THiopeT, GERNEZ, DEVÉ, MoRÉNAS Ct LAGÈZE.
Il résulte de l’ensemble de ces travaux, que tous les auteurs, hormis DEL Torro, font de la réaction de Cu SONI, une réaction de premier ordre. Sa technique simple, sa possibilité d'être pratiquée au lit même du malade, la font à juste litre apprécier et emplover. Seule, son interprétation peut donner lieu à quelques erreurs, de la part d’un clinicien mal averti,
Choix et préparation des liquides pour l’intradermo-réaction
On peut se servir de différents antigènes. CASONI, GASBARRINI, ainsi que la plupart des Italiens, se servent de liquide hydatique de kystes ovins ou bovins vivants. Ils filtrent le mélange et ajoutent une goutte d’acide phénique pur pour vingt centimètres cubes de liquide.
Pour ITHURRAT et les auteurs argentins, on peut se servir de liquide de kystes humains, bovins ou ovins. Avec l’antigène animal, d’après ces auteurs, la réaction est beaucoup plus marquée qu'avec l’antigène humain, elle serail aussi beaucoup plus caractéristique. Les deux anligènes peuvent se substituer l’un à l’autre : ‘es réactions sont parfaitement identiques.
Pour recueillir le liquide chez l’homme, on découvre le kyste et l’on prélève une quantité importante d’un seul Coup, avec une seringue et une longue aiguille de petit calibre. IT faut éviter avec soin lout épanchement de liquide dans lorganisme, On recueille le liquide
res
dans des tubes stériles, on le laisse dans la température ambiante cinq à six jours, afin de dépister toute contamination accidentelle possible. Il est nécessaire de mettre de côté les tubes à liquide trouble.
On centrifuge les autres, puis on décante, on filtre et on pratique la mise en ampoules scellées.
Pour animal, la technique est sensiblement la même. |
Ces auteurs conseillent, lorsqu'on emploie l’antigène humain, de s'assurer que le malade n’est pas porteur d’une affection transmissible. Il est nécessaire de pratiquer un BORDET-WASSERMAN.
Il faut utiliser le liquide sans chauffage préalable, ni addition de substance antiseptique qui risquent d’en altérer la composition.
Pour les auteurs argentins, tout antigène reconnu bon pour la réaction de déviation du complément, peut être utilisé pour l’intradermo-réaction.
BoTTERtI trouve le liquide animal trop inconstant et s’adresse au liquide humain additionné de 2 % de chloroforme.
Le liquide hydatique garde son activité pendant de longs mois, puisque cet auteur l’a vu encore parfaitement actif plus de deux ans après.
LEMAIRE et JAHIER préconisent l'emploi de liquide d’hydatides humains, filtré sur bougies, pour en assurer la stérilité et la conservation. Ils conseillent de vérifier au préalable le pouvoir antigénique de l’échanüllon utilisé.
CIGNOZZI, par contre, préfère le kyste hydatique jeune de bœuf (poumon de préférence). Il insiste sur le fait