Troisième partie : Discours de l'Eternel et réponses de Job
I 333. Cette portion du poème se subdivise en deux discours de l'Eternel adressés à Job et à chacun desquels celui-ci fait une brève réponse. L'un et l'autre portent la même suscription (38 I, 40 i) conçue en ces termes : « Et l'Eternel répondit à Job du sein de la tempête et dit... ». On le voit, il n'est tenu aucun compte de l'intervention d'Elihu, et les paroles de l'Eternel sont directement rattachées à celles de Job. Il en est ainsi au point de vue extérieur, comme l'atteste la formule citée ci-dessus, et il en est de même quant au fond,- lorsqu'on envisage le contenu des paroles divines qui ont Job pour objectif direct et unique.
V subdivision : Premier discours de l*Etemel et réponse de Job (3S-89).
Dès les premiers mots Dieu reproche à Job d'obscurcir son plan divin par des paroles inintelh'gentes et l'invite, non sans ironie, à une sorte de joute oratoire : Dieu va poser une série de questions; Job pourra-t-il y répondre? Alors, sous forme interrogative. Dieu trace un tableau d'une incomparable magnificence, dans lequel figurent tour à tour tous ses actes créateurs, toutes les merveilles de l'univers, de son organisation et de sa marche régulière. La terre et la mer, la lumière et les ténèbres, le vent, la pluie et la neige, les nuages, les astres, les divers animaux, les oiseaux de l'air, sont successivement passés en revue dans ces pages admirables, qui ne sont égalées en beauté, dans tout l'A. T., que par bien peu de fragments poétiques, et ne sont dépassées par aucun. Seuls quelques passages des psaumes et des prophètes, du Second Esaïe en particulier, peuvent être placés à côté de ce
discours aussi remarquable par l'énergie de la pensée que par la splendeur de la forme. Dans une rapide énumération, les phénomènes les plus extraordinaires de la nature sont présentés l'un après l'autre au regard du spectateur, et, à propos de chacun d'entre eux, Dieu demande à Job s'il en connaît l'origine, s'il en est lui-même l'auteur, s'il en possède la clé, s'il a été témoin de sa première apparition. L'impression produite a quelque chose d'écrasant : devant un pareil déploiement de force, de prévoyance et de sagesse, la créature est saisie parle sentiment de sa petitesse, de sa faiblesse en face de la majesté divine si infiniment riche en ressources de toutes sortes. Job ne demeure point insensible à celte éclatante démonstration. L'Eternel lui ayant, pour terminer, posé une question directe (39 34-35), il répond (36-38) qu'il n'a rien à répliquer et qu'il ne lui reste qu'à se taire.
2'»* subdivision: Second discours de l'Eternel et réponse de Job (40-42 6).
L'interpellation ironique de 38 3 se trouve répétée dans 40 2. Mais ce deuxième interrogatoire auquel Dieu soumet Job transporte le débat sur un terrain difiFérent. Ce n'est plus de la puissance souveraine de Dieu qu'il est question, c'est de sa justice. Job veut-il s'obstiner à proclamer son bon droit et son innocence, en mettant du même coup en doute la justice d'en haut? Dieu rappelle, pour réfuter cette prétention, qu'il rentre aussi dans son domaine de châtier l'orgueilleux et d'écraser les impies. C'est dire que, dans la direction de toutes choses, il a pour principe fondamental de faire prévaloir ce qui est droit (40 3-9).
Après cet appel pressant, qui porte la discussion sur son véritable terrain et qui semble solliciter de Job une réponse immédiate et décisive, le lecteur, dont l'attention est éveillée au plus haut point et qui s'attend au dénodment, éprouve une certaine déception. En effet la pensée du poète lui paraît dévier, au moment précis où le but va être atteint. Le caractère dramatique du poème s'atténue et disparaît même complètement. Le genre descriptif prend le dessus, et l'on voit défiler l'un après l'autre les portraits savamment étudiés de
deux animaux redoutables. L'un (40 10-19) porte dans le texte hébreu le nom de Béhémoth ;. il est généralement admis qu'il convient d'entendre par là l'hippopotame. Il s'agit en effet d un animal amphibie, remarquable par sa force, mais herbivore. En second lieu vient le Léviathan (40 20-41 25). Quel que soit le sens qu'on doive attribuer à ce mot dans d'autres passages bibliques, il paraît certain qu'ici il désigne le crocodile. Avec une abondance de détails plus grande encore que pour l'hippopotame, le poète dépeint l'aspect redoutable, les dents et les écailles de ce dangereux habitant des fleuves. « Il a été créé, dit-il, pour ne rien craindre.... Il est le roi des plus fiers animaux ».
A ce morceau essentiellement descriptif succède, sans au* cun intermédiaire, la dernière réplique de Job (42 1-6). Il va sans dire qu'elle ne se rattache en rien au double portrait de l'hippopotame et du crocodile ; Job répond directement à la sommation catégorique qui lui a été adressée par l'Eternel (40 3-9). Il rend un hommage absolu à la souveraineté divine. Dieu a parlé, avec raison, de celui qui osait obscurcir son plan divin (38 2) : Job reconnaît humblement qu'il a eu tort de parler comme il l'a fait. Dieu lui a aussi proposé un entretien, dans lequel l'un et l'autre pourraient parler et enseigner (38 3, 40 2): Job s'humilie d'avoir eu de si vaines prétentions, il se condamne et se repent.