V. Le livre d'Esther
I 373. Le cinquième et dernier des livres appelés Meguilloth est, plus que les quatre précédents, uni par une relation très étroite avec la fête où l'on en donne publiquement lecture. Les Lamentations ne sont point, il est vrai, sans rapport avec le jeûne national où on les lit en public; mais encore ne décrivent-elles pas l'origine de celte solennité, tandis que le livre d'Esther a précisément pour but de relater les circonstances qui donnèrent naissance à la fête de Pourim. Quant aux trois autres « Rouleaux », ils ne sont rattachés à trois fêtes de l'année religieuse juive que d'une façon artificielle.
Le livre d'Esther est donc, dans une certaine mesure, ce qu'on appelle un écrit de circonstance. Il raconte des faits, dans le but avoué de légitimer l'institution d'une fête. Il appartient par consécpient, d'une façon générale, au genre narratif, mais il en représente une forme particulière. S'il rapporte une série d'événements ayant trait aux destinées du peuple juif, ce n'est pas uniquement dans le but d'instruire ses lecteurs, c'est afin de donner une base solide à une coutume patriotique, et nous sommes en droit de considérer ce livre comme un écrit à thèse. Cette allégation étonnera peut-
être tel de mes lecteurs. Peut-être en effet trouvera-t-on tout naturel de voir le contemporain de quelque fait important s'en constituer le narrateur et recommander à la postérité de commémorer avec soin l'anniversaire d'un jour si glorieux et si propice. Où est dans ce cas la thèse ? et de quel droit appliquerait-on à un pareil ouvrage le qualificatif d'écrit de circonstance? A ces questions je me bornerai à répondre pour ie moment qu'il ne s'agit pas d'un écrit à peu près contemporain des faits rapportés, et que l'institution même de la fête de Pourim soulève, au point de vue historique, de notables difficultés. 11 m'a semblé nécessaire d'indiquer sans retard l'existence de ces problèmes, mais il ne sera possible de les discuter qu'après avoir résumé le contenu de la narration.
Celle-ci se déroulant d'une façon continue, nous pourrions nous abstenir d'y introduire des divisions. Toutefois pour plus de clarté, nous distinguerons un prologue, cinq parties et une conclusion.