III. Indications du « genre poétique
I 297. Beaucoup de psaumes portent, dans leurs suscrip-. tions, un titre qui les classe dans une certaine catégorie de poèmes. La plus fréquente de ces désignations est 1° mizmor^ le 'j^fjLÔs des Septante, notre « psaume ». Comme il a été dit plus haut, ce terme s'applique à un morceau chanté avec accompagnement de musique. On le rencontre 57 fois dans le recueil.
2^ Le mot tout à fait général qui désigne un chant lyrique, schiPy se rencontre une seule fois * tout seul (46), mais treize
* Le mot schir, ou plus exactemeot son équivalent féminin schira, se trouve employé incidemment dans l'indication historique de la suscription du Ps. 18 (comp. II Sam. 22 1).
fois associé à mizmor. Nous lisons 8 fois mizmor schir et 5 fois schir mizmor. En outre schir se trouve employé dans la locution schir yedidothy chant d'amour (45) et dans une autre, plus fréquente, que nous allons étudier à part.
3® Quinze psaumes (121-134) forment un groupe nettement délimité; chacun d'eux est intitulé « cantique (schir) des (ou : pour les) maaloth ». Ce mot est un substantif au pluriel, dérivé du verbe monter; ce sont donc les « cantiques des montées ». Mais dans quel sens prendre ce terme? Les diverses interprétations proposées peuvent se ramener aux trois suivantes. Pour les uns, le mot doit être pris au sens propre, pour ainsi dire matériel et local : les maaloth seraient les degrés, les marches d'escalier du temple, sur lesquelles, suppose-t-on, on aurait chanté ces psaumes dans les jours de fête. D'après une autre explication, les montées seraient les voyages, les pèlerinages entrepris périodiquement pour se rendre de partout à la capitale, en vue des solennités religieuses * : on sait que « monter à Jérusalem » était l'expression courante. Enfin, d'après un troisième système, maaloth devrait s'entendre figurément, soit au point de vue littéraire, soit au point de vue musical, dans le sens de gradation : le texte de ces poèmes offrirait, dit-on, certaines particularités qui justifieraient cette appellation; ou bien encore, en les chantant avec accompagnement de musique, les exécutants auraient introduit des reprises, des crescendos caractéristiques. Aucune de ces hypothèses ne peut être rejetée comme inacceptable, mais aucune non plus ne peut prétendre à rallier tous les suffrages. Il faut se résigner à demeurer dans l'incertitude. Etant donné que la plupart des termes énigmatiques contenus dans les suscriptions des psaumes paraissent se rapporter à leur mode d'exécution (chant, musique), il me semble que la solution du problème relatif aux maaloth devrait être de préférence cherchée dans cette direction.
4® Tandis que les termes de schir et de mizmor, examinés
* Cette interprétation, originairement proposée par Agellius (1532-1608), évéque d'Acerno dès 1593, est celle que Félix Bovet, entre autres, a adoptée et développée avec beaucoup de charme et d'ingéniosité dans son livre : Les Psaumes des Maaloth, Neuchàtel 1889.
ci-dessus, ne présentent pas d'obscurité, il n'en est pas de même pour celui de maskily qui se trouve en tête de 13 psaumes (32, 42, 44, 45, 52-55, 74, 78, 88, 89, 142), et qui est en outre employé une fois dans le texte d'un psaume (47 s). Etymologiquement il semblerait que le maskil dût être un poème didactique, mais c'est là précisément ce qui caractérise le moins la plupart des psaumes en question : parmi eux figure entre autres le 45 qui est un épithalame, un chant d'amour, ainsi qu'il a été dit plus haut. D'autre part, il est des psaumes qui ont réellement un cachet didactique — le 104 par exemple, — et qui ne portent pas le titre de maskil ^ On n'a pas réussi jusqu'à maintenant à déterminer le sens de ce terme, que telles de nos versions se bornent à transcrire sans chercher à le traduire, tandis que d'autres adoptent soit le mot tout générai de cantique, soit celui de méditation; ce dernier ne cadre guère avec le contenu de plusieurs de ces poèmes. Notons encore que le Ps. 88 qui, dans sa longue suscription, mentionne à la fois Héman et les fils de Koré, y réunit aussi les trois titres de schir, de mizmor et de maskil.
5* Le mot miktam sert de titre à 6 psaumes (16, 56-60) ; son sens ne nous est pas connu. On a proposé diverses explications. On l'a rattaché à un mot qui signifie or : le miktam serait un « joyau d'or > (Luther). On l'a dérivé d'une racine ayant le sens de cacher : ce serait un poème mystérieux, énigmatique, caractère que les psaumes en question ne présentent pas plus que d'autres. On y a vu encore une forme issue de la racine graver : il s'agirait d'un poème destiné à une inscription (?), ou plutôt, au sens figuré, d'une poésie incisive, piquante. Enfin on a supposé que miktam était tout simplement une déformation de miktab^ un écrit, de même origine que le mot Ketoubim et qu*on rencontre dans Es. 38 9 ; mais cette déformation systématique d'un terme connu et compréhensible n'est certes pas vraisemblable. Nos versions ont tantôt hymne, tantôt écrit, tantôt miktam (interprété par cantique). Le sens demeure tout à fait indéterminé.
* Le Ps. 60 contient dans sa suscription l'expression « Pour instruire » ; il n'est cependant pas qualifié de maskil^ mais de miktam.
6® Il en est de même pour schiggayon^ qui se rencontre une seule fois, au Ps. 7. Ajoutons toutefois qu'il se lit aussi, au pluriel, avec la préposition « sur », dans la suscription du psaume d'Habacuc (3 i). L'étymologie paraîtrait rattacher ce terme à une racine qui signifie être égaré, déraisonner, ce qui ne fournit pas de solution plausible. Il n'y a aucun motif valable de traduire par complainte (Segond). Dithyrambe, qu'on a proposé à cause de la dérivation ci-dessus, s'applique fort mal au contenu du Ps. 7. Ainsi l'incertitude subsiste.
7® Très clair est en revanche le mot tephilla, prière, qui se présente cinq fois (17, 86, 90, 102, 142). Ce titre est des plus naturel : on s'étonnerait volontiers de ne pas le trouver en tête d'un beaucoup plus grand nombre de psaumes si, en étudiant de plus près les suscriptions, on n'était pas conduit peu à peu à penser qu'elles s'appliquent moins à la nature des poèmes et à leur contenu qu'à leur emploi liturgique. II faut du reste relever encore une mention du mot prière dans la formule terminale qui suit le Ps. 72 : < Fin des prières de David, fils d'Isaî ». *
8® Un seul psaume, le 145, est qualifié de tehillay louange. C'est, comme nous l'avons vu, le titre collectif du Psautier dans la Bible hébraïque. On peut faire sur ce terme la même observation qu'à propos de tephilla.
9® Selon certains interprètes, il faudrait encore enregistrer ici le terme de « témoignage >, édouth^ qu'on lit dans les suscriptions des Ps. 60 et 80. Mais il est plus probable que cette expression, accompagnant dans l'un et dans l'autre de ces passages le mot « lis », fait partie d'une locution rentrant dans la catégorie des indications liturgiques et musicales que nous allons aborder. En effet, il serait par trop étrange que, dans les deux seules occasions où un psaume serait intitulé « témoignage », ce fût à la suite du mot « lis ».