la
avec
II Sam.
24 lOb-26.
I Rois 2 12a, il.
Autant le Chroniste avait traité sommairement toute la période antérieure à David, autant il s'attache à raconter en grand détail le règne de ce roi. Il y consacre une portion notable de son œuvre. On peut discerner deux subdivisions. La première (11-22 l) renferme un choix de récits et quelques tableaux statistiques ; elle est sinon constamment, du moins en majeure partie, en rapport avec le livre de Samuel, comme le montre le tableau ci-dessus. La seconde subdivision (22 2-29), par contre, ne présente aucun point de contact avec les livres canoniques antérieurs, à l'exception d'un ou deux versets du dernier chapitre. Elle gravite tout entière autour du temple, des préparatifs de David pour sa construction et des mesures prises par lui pour l'organisation de son royaume au point de vue ecclésiastique, civil et militaire. A ce propos le Chroniste peut donner libre carrière à ses goûts particuliers : sa prédilection pour tout ce qui concerne Jérusalem, la maison royale et le culte lévitique trouve ici le terrain le plus favorable. L'occasion nous y est fournie de discerner nettement ce qu'on peut appeler les caractères positifs du Chroniste. En revanche les ch. 11-22 i permettent d'étudier ses caractères négatifs. Rien n'est plus instructif à cet égard que le triage effectué par le Chroniste parmi les récits du livre de Samuel. L'examen analytique du contenu des deux subdivisions nous mettra en possession de données qui se compléteront mutuellement.
1^ subdivision : 11 - 22 1.
Dès le début, nous constatons une omission frappante: le règne de David à Hébron est passé sous silence. Si nous ne possédions pas le livre de Samuel et que les Chroniques fussent notre seule source d'mformations, nous serions naturel-
332 ESDRAS-NÉHÉ g: lE, CHRONIQUES
lement conduits à croire qu'aussitôt Saûl disparu, Israël una» nime proclama David roi. Il est vrai que les passages I Chron. 3 1-4 et 29 27 deviendraient dans ce cas fort embarrassants et feraient appel à toute la sagacité des commentateurs. Qui sait s'ils arriveraient à trouver la véritable solution de ce problème et s'ils n'en viendraient pas plutôt à supposer que David, élu roi de tout Israël dès la mort de Saûl, régna sept ans à Hébron avant de s'emparer de Jérusalem et d'en faire sa capitale? La courte péricope I 11 i-3, qui relate l'avènement de David, fait du reste allusion (2) aux exploits antérieurs du nouveau roi, non mentionnés dans les Chroniques.
La péricope suivante (11 4-9) reproduit le récit de la prise de Jérusalem donné dans II Sam. 5 6-10, et cela avec de notables modifications, ayant pour but de faire disparaître les obscurités du plus ancien document (« les aveugles et les boiteux », « le canal », etc.) et assignant à Joab un rôle dont le livre de Samuel ne dit rien.
La liste des vaillants guerriers de David (11 10-47) correspond en gros à la liste fournie par II Sam. 23 8-39. Elle en diffère par une suscription modifiée et adaptée à la place que le Chroniste assigne à ce document, immédiatement après l'avènement de David. Elle en diffère encore par des variantes dans les noms propres et les chiffres et par la fusion en un seul récit des détails concernant deux personnages distincts * (12-14; comp. II Sam. 23 9-12). Enfin elle se prolonge (4ib-47) sensiblement au delà du dernier nom cité dans II Samuel. Cette adjonction n'est pas empruntée à quelque autre portion du livre de Samuel ; sa provenance est inconnue. On pourrait se demander si le texte de II Sam. 23 renfermait originairement cette série supplémentaire de noms et s'il a été mutilé après que le Chroniste en eut pris copie ; dans ce cas, celui-ci nous aurait conservé le document primitif au complet, et il faudrait considérer les mots « en tout trentesept», qui terminent actuellement II Sam. 23, comme rajoutés après la mutilation. Mais ce qui empêche d'admettre cette
* La fusioti n*e«t pas voulue : elle résulte de la bévue d'un copiste qui a sauté plusieurs lignes, induit en erreur par un komoioleleaton, c'est-à-dire par la répétition de deux membres de phrases analog'ues.
hypothèse, c'est que le nombre total des vaillants hommes ne devrait pas dépasser trente ou trente-trois (II Sam. 23 en compte déjà quelques-uns de trop), et que d'après les Chroniques on atteindrait une somme beaucoup plus considérable. Il faut donc conclure que le Chroniste a utilisé ici une source étrangère aux livres canoniques.
Ce résultat est d'autant moins fait pour nous surprendre qu'au chapitre suivant (12 i-22) des informations analogues sont fournies sur des guerriers, compagnons de David et provenant de diverses tribus. La suite de ce même chapitre (23-40) énumère, avec chiffres à l'appui, les contingents de toutes les tribus israélites, venus à Hébron pour conférer la royauté à David. On est étonné de rencontrer parmi ces « hommes armés pour la guerre > des fils de Lévi par milliers (26-28), et de constater que les nombres indiqués pour chaque tribu grossissent en raison directe de la distance.
Le récit du transfert de l'arche, que II Sam. 6 donne en une fois, est fractionné dans les Chroniques. En outre le texte a subi des modifications et des développements, dont la tendance est bien marquée. La phrase brève et simple de II Sam. 6 i est étendue dans I Chron. 13 1-6 de façon à former un alinéa entier. I Chron. 13 6-14 reproduit assez fidèlement II Sam. 6 2-ii. La suite (II Sam. 6 I2b-i9a) est considérablement amplifiée dans le Chroniste, qui introduit ici (15 i-24) de nombreux détails sur les prêtres, les lévites et les chantres, puis insère, dans le récit parallèle à celui de II Sam. 6 i2b-i9a, la mention répétée des lévites et du rôle qu'ils jouent (15 25-16 3). Il faut noter que le Chroniste passe sous silence la nouvelle apportée à David touchant la bénédiction accor- <lée à la maison d'Obed-Edom, ainsi que l'épisode de Mical à l'exception de la première phrase.
Avant de poursuivre dans le ch. 16 l'examen des données ultérieures du Chroniste, il faut revenir en arrière et prendre connaissance de trois morceaux placés dans le livre des Chroniques au milieu de la narration relative au transport de l'arche. C'est d'abord (14 i-2) la mention des bons rapports existant entre David et Hiram roi de Tyr. C'est ensuite (3-7)
3^i ESDRAS-XÉHÉMIE, CHRONIQUES
la liste des fils de David nés à Jérusalem *. C'est enfin (s-ie) le compte rendu sommaire des campagnes de David contre les Philistins. Ces trois morceaux sont empruntés à II Sam. 5, où ils se trouvent dans le même ordre. Il y a quelques variantes, les unes accidentelles, les autres intentionnelles. Le Chroniste clôt ce chapitre par une phrase (i7) étrangère à II Samuel et destinée à glorifier David.
Après ce retour en arrière, reprenons notre analyse avec 16 4-7, traitant des lévites au point de vue de la musique vocale et instrumentale. A la suite de ce passage se trouve^ sans transition, c'est-à-dire sans suscription particulière, un long morceau poétique composé d'éléments empruntés à plusieurs psaumes; ainsi 8-22 = Ps. 105 i-i5; 23-33 = Ps. 96 ib-i3a; 34-36 = Ps. 106 i, 47-48 ^. 11 est possible que rinsertion de ce cantique soit imputable au Chroniste lui-même; mais rien n'empêche non plus d'y voir une adjonction plus tardive. Le but en serait, dans l'une et l'autre hypothèse, de donner un ou plutôt quelques spécimens du chant sacré en usage dans le temple. Naturellement ces citations sont empruntées aux recueils de l'époque postexilique ; les psaumes en question sont d'entre les plus tardifs ^.
La fin du chapitre (37-43) revient sur le même sujet que 4-7 : lévites, chantres, portiers, mais elle renferme en outre de curieux détails sur le tabernacle de l'Eternel, assimilé au haut-lieu de Gabaon, et sur le service des prêtres et des chantres en ce lieu. Ce passage est particulièrement instructif, à titre d'effort tenté par le Chroniste pour concevoir et représenter les faits antiques au point de vue de son époque et des usages qui y régnaient. Le verset final (43) provient de II Sam. 6 i9b-20a. C'est ici que viendrait se placer le dialogue
^ Nous possédons trois fois cette liste: II Sam. 5 14-16, I Chron. 3 5-8^ 14 3-7. La comparaison de ces trois passages permet de constater des divergences à peu près irréductibles, et de faire certaines observations intéressantes. Ainsi rëquivaience des noms Elyada et Baalyada, renfermant Tun le mot El (Dieu), l'autre le mot Baal (comp. plus haut, I, p. 326, n. 1).
' Le V. 34 reproduit non seulement Ps. 106 1, mais aussi 107 1, 118 1^ 136 1, passages identiques les uns aux autres.
3 Ck)mp. plus haut, II, p. 55-56.
de David avec Mical, si le Chroniste n'avait cru devoir le supprimer.
I 408. Le ch. 17 raconte comment David projeta la construction du temple, et en fut détourné par Nathan. C'est la reproduction, à quelques variantes près, de II Sam. 7. La divergence la plus significative consiste dans le retranchement par le Chroniste d'une phrase (II Sam. 7 I4b) prévoyant Téventualité où le successeur de David ferait le mal et s'attirerait le châtiment. Le ch. 18 renferme les mêmes données que II Sam. 8, concernant diverses guerres de David et les principaux fonctionnaires royaux. Quelques divergences valent la peine d'être notées. Le Chroniste retranche la mention du massacre des Moabites vaincus. A propos de l'airain conquis par David il ajoute l'usage qu'en fit Salomon lors de l'érection du temple. Il attribue à Abischaï une victoire sur Edom qui, d'après II Sam. 8 13, aurait été remportée par David (et d'après Ps. 60 2 par Joab). Dans le catalogue des fonctionnaires la qualification de prêtres, donnée aux fils de David, est remplacée par les mots : « les premiers à côté du roi >.
Ici viendrait se placer l'incident relatif à Mephiboschelh, fils de Jonathan (II Sam. 9), si le Chroniste n'avait jugé préférable de l'omettre. Son motif pour agir ainsi n'apparaît pas clairement; fréquemment nous pouvons nous expliquer les changements et les retranchements qu'il effectue, mais ici il est difficile de comprendre quelle raison Ta poussé à taire un acte qui était tout à Thonneur de David,
Ce morceau forme dans II Samuel le début de la narration suivie des événements du règne de David, qui remplit les ch. 9-20 et qui présente à tous égards un si haut intérêt. Le Chroniste n'en a conservé dans son livre qu'un seul fragment, celui qui se rapporte à la guerre contre les Ammonites. Il a omis tout le reste, et l'on peut discerner deux motifs pour cette suppression. D'une part, rien n'éveille l'intérêt du Chroniste en dehors de ce qui concerne Jérusalem, le temple, le culte et le roi. D'autre part, il ne tient pas à enregistrer ce qui, dans les affaires de la maison royale, n'est pas à l'honneur de David et des siens. Or il
336 ESDHA.S-NÉHÉMIE, CHRONIQUES
est incontestable que Thistoire de Bath-Schéba et d'Urie, celle d'Amnon et de Tamar, celle des révoltes d'Âbsalom et de Schéba mettent en relief les côtés sombres du règne de David. C'est précisément parce que le livre de Samuel raconte ces faits avec franchise et simplicité que nous admirons si fort son sens de vérité et de justice. Le Chroniste a jugé que ses convictions lui imposaient le devoir du silence, et il s'est tu.
Pour dégager le récit de la campagne contre les Ammonites de rhistoire de Bath-Schéba qui y est étroitement mêlée, voici comment le Chroniste a procédé. Il a reproduit (19) le texte de II Sam. 10 avec quelques changements, portant surtout sur des chiffres (7, 18). Puis il a fait suivre (20 i), légèrement modifié, le verset initial de II Sam. 11, et a passé de là, sans transition, à II Sam. 12 30-31 (qui deviennent I Chron. 20 2-3). Toute la longue narration ainsi supprimée est remplacée par une courte phrase : « Joab battit Rabba et la détruisit ». Et Ton ne comprend pas comment David, qui est resté à Jérusalem (i), se trouve à Rabba et retourne de là à Jérusalem (2-3).
Le Chroniste est arrivé maintenant à l'appendice du livre de Samuel (II 21-24). Il laisse de côté l'histoire des descendants de Saûl livrés par David à la vengeance des Gabaonites. En revanche, il insère (20 4-8), au moins en partie, les données de II Sam. 21 15-22 relatives à des combats contre les Philistins. Pourquoi, des quatre anecdotes rapportées par le document le plus ancien, la première n'a pas trouvé grâce aux yeux du Chroniste, c'est ce que son zèle royaliste peut seul expliquer. Il a sans doute reculé devant l'aveu que < David était fatigué >; il n'a pu se résoudre à écrire que sans l'intervention opportune d'Abischaï le roi eût pu succomber. Quant à la transformation qu'a subie sous la main du Chroniste la notice relative à Elchanan, elle a été déjà signalée plus haut (I, p. .332, n. 1) et s'explique par le désir de supprimer le désaccord avec I Sam. 17.
Les deux cantiques II Sam. 22 et 23 i-7 n'ont pas été reproduits dans les Chroniques. Le catalogue des guerriers a déjà trouvé sa place précédemment (11 io-4ia). Reste donc le
récit du dénombrement. La comparaison de II Sam. 24 avec I Chron. 21 est des plus intéressantes. Dès le premier mot, le Chroniste substitue Satan à Yahvé, comme ayant incité David à dénombrer Israël. Ce changement est significatif; il prouve que la théologie juive s'était modifiée sur ce point au cours des siècles. Satan, que nous avons rencontré plus haut dans les livres de Zacharie (3 1-2) et de Job (1 6-12, 2 1-7), et dont le nom, qui signifie « adversaire », est accompagné de l'article dans les passages cités, apparatt ici sans l'article, comme un nom propre. Une autre divergence porte sur les chiffres du recensement. D'après Samuel, Israël comptait 800 000 guerriers et Juda 500 000; d'après les Chroniques Israël 1 100 000 et Juda 470 000. En outre Samuel décrit en détail la marche suivie par les fonctionnaires chargés du dénombrement, et fixe la durée du temps qu'ils y consacrèrent. Le Chroniste omet ces détails; par contre il stipule que Lévi et Benjamin ne furent pas dénombrés. Le mécontentement divin et le repentir de David sont dépeints sous une forme un peu différente. En revanche, l'annonce du châtiment est conçue dans les mêmes termes, sauf que les Chroniques ont trois ans de famine, et Samuel sept ans. La description du fléau et de sa cessation renferme un certain nombre de variantes. Signalons entre autres le nom d'Oman donné au Jébusien que Samuel appelle Arauna, l'adjonction par le Chroniste du « froment pour l'offrande » (minkha) selon le rituel sacerdotal, la transformation des 50 sicles d'argent payés par David en 600 sicles d'or, enfin la mention du feu descendant du ciel sur l'autel.
Quelques-unes de ces divergences s'expliquent aisément comme résultant du point de vue spécial auquel s'est placé le Chroniste. D'autres peuvent être imputées aux copistes. Mais il en reste qui sembleraient indiquer que le récit des Chroniques est basé sur une source différente, à quelques égards, du livre de Samuel et fournissant sur certains points des indications indépendantes.
Le Chroniste ajoute à la narration ci-dessus quelques lignes destinées à mettre en relief l'importance de l'emplacement acheté par David et de l'autel qu'il y dressa. Ce passage (21
28-22 i) parle aussi du tabernacle de jadis et du iiaut4ieu de Gabaon (comp. plus haut 1 16 39 et plus bas II 1 3-6, 13, 5 3)^ signale en termes mystérieux Teffroi de David et formule enfin la résolution prise par lui en ces termes : « Ici sera la maison de l'Etemel Dieu, et ici sera Tautel des holocaustespour Israël » (22 i).
2«- subdivision : 22 2 - 29.
§ 409. Cela dit, le Chroniste peut aborder librement ce qu'il lui reste à exposer à propos du règne de David; c'est ce que nous avons appelé plus haut la seconde subdivision de cette histoire* Il s'agit des divers préparatifs faits par David pour la construction du temple, et des mesures prises par lui en vue de l'organisation du culte, du sacerdoce, etc. On peut discerner dans ces hw't chapitres les matériaux fournis au Chroniste par une source non canonique, mais relativement ancienne et portant un caractère mi-deutéronomistique, mi* sacerdotal ; à côté de ces renseignements viennent se placer les développements élaborés par le Chroniste lui-même et inspirés par l'observation des mœurs et coutumes de son propre temps.
Le ch. 22 commence par décrire (2-5) les provisions de pierres, de fer et de bois amassées par David« Puis vient un discours de David à Salomon (6-16) suivi d'ordres donnés aux chefs d'Israël (i7-i9). Les paroles de David portent l'empreinte deutéronomistique, et reproduisent des expressions, fréquentes dans le Deutéronome, Josué et les Rois. Mais au milieu de ces exhortations (i4) surgit l'affirmation que David a « préparé pour la maison de l'Eternel 100 000 talents d'or et un million de talents d'argent », ce qui représenterait une somme de quinze à vingt milliards de francs. Ces chiffres,, vraiment fantastiques, doivent être mis en regard de ceux, plus modérés et pourtant encore énormes, qu'indique 29 4 : 3000 talents d'or et 7000 talents d'argent. Le livre des Rois, même à propos de l'opulent Salomon, se borne à compter les talents par centaines (1 Rois 9 14, 28, 10 lo, 14). On peut voir par là quelle progression rapide a suivie l'évaluation que les Juifs faisaient de la fortune de leurs premiers rois. La source
du Chroniste (29 4) en est aux milliers de talents. Le ChrcK niste lui-même, renchérissant encore, introduit dans un dis-i cours de David des chifFres cent fois et mille fois grossis.
Les ch. 23-26 contiennent une statistique détaillée de li^ tribu de Lévi au temps de David. Au point de vue généalogique, plusieurs de ces données sont la répétition de celles du ch. 6; toutefois ici Taccent est mis non point sur les questions de filiation, mais sur la division en classes en vue du service dans le temple.
Le premier tableau est celui des lévites non investis de fonctions spéciales (23 2-23); il est moins détaillé et moins précis que les suivants. La fin du chapitre (24-32) décrit le genre de service auquel ils étaient affectés. Le ch. 24 i-i» traite des prêtres aaronites. Leurs vingt-quatre classes se partagent entre les descendants des deux fils d'Âaron, Eléazap et Ithamar, dans la proportion de seize pour le premier et huit pour le second. Tsadok est compté comme fils d'Eléazar ainsi que nous l'avons déjà vu plus haut (6 4-8). En outre — et ceci est nouveau, — Achimélec, fils d*Abiathar, est donné ici comme représentant de la race d'Ithamar (comp. plus haut, I, p. 135). La fin du chapitre (20-3i) revient sur le sujet des simples lévites, reproduisant sous une autre forme les données de 23 12-23. Cependant la comparaison de ces deux morceaux ne laisse pas de soulever des difficultés. Non seulement il manque à la seconde liste toute la descendance de Guerschom, mais pour celles de Kehath et de Merari les noms sont fort loin de concorder.
Au ch. 25 apparaissent les chantres, divisés eux aussi en 24 classes, dans lesquelles sont répartis les descendants des trois hommes que le Chroniste célèbre comme les musiciens attitrés de l'époque de David, Asaph, Héman et Jeduthun. Ce dernier nom alterne avec celui d'Ethan, et tous quatre se retrouvent dans les suscriptions des psaumes (comp. plus haut, II, p. 26-27, 40-42). L'énuméralion des quatorze fils de Héman appelle une remarque. Les noms des neuf derniers (de Hanania à Makhazioth) forment une phrase, qui semble extraite d'un psaume et dont voici la traduction : « Fais grâce, ô Eternel, fais-moi grâce : lu es mon Dieu. J'ai rendu
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grand et ^levé le secours pour celui qui est assis dans la dé* tresse ; j'ai abondamment accompli les visions ».
Enfin le ch. 26 donne la liste des portiers (i-i9) et celle d'un certain nombre de lévites remplissant l'office de surveillants (20-32).
Si l'on jette un coup d'œil d^ensemble sur ces quatre chapitres (23-26) et qu'on cherche à en coordonner les matériaux, on est frappé des obscurités qu'ils renferment, du désaccord qui règne entre leurs divers éléments, et surtout du caractère artificiel qu'ils présentent. Ils font remonter jusqu'au temps de David certaines institutions qui sont manifestement postexiliques. Les sources du Chroniste et le Chroniste lui-même ne doivent pas être tenus pour responsables de tout le contenu de ces chapitres ; on n'a pas le droit de leur imputer l'invention ou la fabrication de toute une série de noms propres. Il est probable que tout ce qui concerne les vingt-quatre classes de prêtres et de chantres a été introduit après coup dans l'œuvre déjà achevée du Chroniste, ainsi que plusieurs autres morceaux similaires, et que, de cette façon, le caractère factice de toute cette section de l'ouvrage a été encore accentué. Ces chapitres ne peuvent aucunement nous renseigner sur l'époque de David et sur les institutions alors en vigueur. Ils constituent en revanche une source d'informations d'une réelle valeur pour la connaissance du judaïsme postexilique.
Avec le ch. 27 nous quittons le terrain ecclésiastique pour aborder les affaires militaires et civiles. L'armée de David est décrite comme se composant de 12 divisions de 24000 hommes chacune, servant à tour de rôle, mois par mois. Les noms des chefs placés à la tête des divisions sont indiqués; ils sont pris dans la liste du ch. 11, à peu de chose près dans l'ordre où ce document les énumère. Parmi eux figure Asaël^ frère de Joab, mort, d'après II Sam. 2 18-23, avant que David devînt roi d'Israël. Cette circonstance suffit pour rendre problématique l'historicité des données que nous étudions. D'ailleurs, quand on lit dans le livre de Samuel, et même dans celui des Chroniques, le récit des guerres de David, on voit sans peine que les douze divisions mensuelles du ch. 27 sont
en dehors de la réalité et représentent un concept purement théorique.
Après les commandants militaires (i-i5) viennent les chefs des tribus d'Israël (16-22). Aser et Gad manquent. En revanche Ephraïm et Manassé sont comptés séparément, et même les deux demi-tribus de Manassé figurent à part, chacune avec son chef. A côté du chef de Lévi apparaît celui de la famille d'Aaron, Tsadok. Le chef de Juda est « Elihu, d'entre les frères de David ».
Les V. 23-24 forment une espèce de post-scriptum à l'histoire du dénombrement (21 1-22 1). Ensuite 25-31 dresse la liste des intendants du roi David, reposant sans doute sur des renseignements anciens et présentant de sérieuses garanties; enfin 32-34 énumère ses principaux ministres. Comparée avec 18 14-17 et avec les documents similaires de II Sam. 8 15-18, 20 23-26, cette dernière liste présente un caractère à part : les noms et les fonctions y diffèrent sensiblement. Elle paraît avoir été compilée sur des documents de valeur inégale.
Le ch. 28 rapporte un discours de David (1-10) à « tous les chefs d'Israël > convoqués à cet effet à Jérusalem ; il se termine par une péroraison à l'adresse de Salomon. Le sujet en est la future construction du temple ; il contient des exhortations en style deutéronomistique. D'après la péricope suivante (11-19), David aurait donné à Salomon le modèle du temple et de tous les objets que celui-ci devait contenir, et le verset 19 va jusqu'à dire que toutes ces indications avaient été remises à David « dans un écrit de la main de l'Eternel ». Ensuite vient une nouvelle allocution de David à Salomon (20-21) et à toute l'assemblée (29 1-5). Ici se place la mention des sommes d'or et d'argent et des autres matériaux accumulés par David ; il en a été parlé plus haut à propos de 22 14. Aux offrandes du roi viennent s'ajouter celles de ses sujets (6-9). Dans le nombre figurent (7) « dix mille dariques >, c'est-à-dire pièces d'or perses dont l'origine remonte à Darius I**", fils d'Hystaspe, monté sur le trône en 520. Le Chroniste, ou l'un de ses continuateurs, commet ici un anachronisme de plusieurs siècles. Les v. 10-19 contiennent une belle prière placée dans la bouche de David. Puis
ESDRAS-NftHÊMIEy CHRONIQUES
vient la mention d'hécatombes offertes à TEternel et à la suite desquelles -Salomon est proclamé roi « pour la seconde fois >► (allusion à 23 i), et Tsadok oint comme prêtre (20-25). Des indications chronologiques sur le règne de David (26-28), conformes à I Rois 2 li, et Ténumération des sources qui racontent son règne et ses exploits (29-30) et dont il a été question plus haut (II, p. 314), terminent le chapitre 29 ; avec lui s'achève l'histoire du règne de David, ainsi que le < premier livre » des Chroniques.