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II Chroniques :
I Rois 3 4a.
8 1-lOa.
Pour décrire le règne de Salomon, le Chroniste s'est servi, comme précédemment, aussi bien de sources extra-cano-
niques que du livre canonique des Rois. Les premières lui ont fourni certaines données qui manquent dans les Rois, et, sur d'autres points, lui ont suggéré un autre groupement des mêmes indications. En outre les adjonctions et les retranchements, effectués sous l'influence des idées particulières du Chroniste, ne sont point rares et procèdent des mêmes causes que nous avons déjà eu l'occasion du signaler.
Ainsi, dès le début du règne, nous rencontrons une lacune qui n'a rien d'involontaire. Le Chroniste omet tout ce qui est rapporté dans I Rois 1-2 : la vieillesse de David, les prétentions d'Âdonija, l'intervention de Nathan et de Bath- Schéba, le sacre plus ou moins improvisé et clandestin de Salomon, les instructions du vieux roi mourant à son successeur et leur exécution, les mesures sévères prises par Salomon contre Âdonija, Âbiathar, Joab et Schimeï. Dans le livre des Chroniques la transmission des pouvoirs de David à Salomon s'opère sans que rien trouble l'harmonie soit dans le pays, soit à la cour royale.
Comme on peut s'y attendre, l'événement le plus important du règne de Salomon est pour le Chroniste, comme d'ailleurs pour l'auteur des Rois, la construction du temple. Les autres édifices bâtis par Salomon ne sont pas même mentionnés dans les Chroniques, sauf deux allusions incidentes au palais royal (2 i, 7 il), que I Rois 7 1-12 décrit en •détail. Toutefois l'intérêt que le Chroniste • porte au temple est exclusivement de l'ordre religieux et ne s'étend pas aux •détails d'architecture et d'aménagement. Ceux-ci sont exposés d'une façon plus circonstanciée dans le livre des Rois. Là où certaines divergences se produisent au sujet du temple entre les Rois et les Chroniques, il est permis de se demander si ces dernières tirent leurs renseignements de leurs sources particulières, ou bien si peut-être elles sont influencées par la vue du temple postexilique. Celui-ci nous est à peu près totalement inconnu; peut-être présentait-il tel ou tel caractère que le Chroniste aura reporté sans autre au temple de Salomon.
Les détails fournis par les Rois sur l'administration de
Salomon, sur la division du pays en provinces et sur les intendants qui y étaient préposés, tout cela est également passé sous silence par le Chroniste. Celui-ci, on peut le dire, n'ajoute rien ou presque rien à ce que nous savons déjà sur Salomon et son règne. Il commence son récit parallèlement à celui des Rois, par l'histoire du songe de Gabaon (1 1-13); il y mêle ses remarques personnelles sur la tente d'assignation (3, 6, 13), qu'il persiste à identifier avec le haut-lieu. Il insère ensuite (14-17) quelques informations sur la puissance et la richesse de Salomon, lesquelles, dans le livre des Rois, occupent une place différente. Lui-même reviendra d'ailleurs sur le même sujet, en termes partiellement identiques (9 22-28). La célèbre anecdote, dite du « jugement de Salomon » (I Rois 3 16-28), aurait dû, semble-t-il, trouver grâce aux yeux du Chroniste, puisqu'elle illustre la sagesse du jeune roi; elle a pourtant été laissée de côté.
Le ch. 2 traite des relations de Salomon, en vue de la construction du temple, avec le roi de Tyr, que le Chroniste appelle Huram (Rois: Hiram). Le texte des Chroniques est plus étendu que celui des Rois ; il fait rentrer ici dans la correspondance des deux souverains ce qui concerne Tarliste, homonyme du roi de Tyr, dont parle I Rois 7 13-14. Le Chroniste l'appelle Huram-Abi et en fait le fils d'une femme de la tribu de Dan (Rois : Nephlhali) ; cette petite divergence, qui ne peut s'expliquer par un changement volontaire, indique une dualité de documents. Peut-être le Chroniste doit-il à la même source la mention de Japho (plus tard Joppe, actuellement Jaffa) comme lieu de débarquement des bois du Liban (16). Les v. 17-18 parlent des corvéables. Ce passage, plus bref que le parallèle (I Rois 5 13-18), en diffère par l'affirmation que seuls les étrangers étaient soumis aux corvées (comp. I Rois 9 20-22). Le v. I8 est la répétition du v. 2.
§ 411. Le ch. 3 entreprend la description du temple; c'est un résumé de celle, beaucoup plus circonstanciée, que donne le livre des Rois. Le Chroniste en fixe l'emplacement sur «la montagne de Morija » ; ce nom ne se retrouve nulle part ailleurs dans l'A. T., si ce n'est dans Gen. 22 2, où il est question du « pays de Morija ». Le site choisi est celui de
Taire d'Oman le Jébusien. La date de la construction est indiquée: comme dans les Rois, c'est la quatrième année du règne de Salomon, le second mois. Le Chroniste ajoute même que c'était le second jour de ce mois. En revanche, il omet la détermination chronologique générale, à savoir 480 ans après Texode. Serait-ce un indice qu'au temps du Chroniste le texte des Rois ne renfermait pas encore cette donnée^ qui paraît d'ailleurs avoir également fait défaut dans le texte originaire des Septante*? On ne voit pas pourquoi le Chroniste l'aurait supprimée.
Quoique très abrégée, la description du temple contient certains détails étrangers au livre des Rois (4, 6, etc.) et certaines indications divergentes (15, 4 5). Ce qui concerne les « bases » (II Rois 7 27-37) est totalement supprimé, sauf dans la récapitulation finale. Par contre les Chroniques mentionnent (4 i) le grand autel d'airain pour les holocaustes, sur lequel les Rois gardent un silence inexplicable, et le rideau du temple (3 14), également omis par les Rois. Tandis que les indications relatives aux autres installations du temple sont des plus brèves, la mer de fonte, destinée au parvis, est décrite avec autant de détails que dans les Rois. Le Chroniste aurait-il fait exception sur ce point à la règle qu'il paraît avoir adoptée? et pourquoi? Il est plus naturel d'admettre que, grâce à un emprunt fait au livre des Rois, cette péricope (4 2-5) a été insérée après coup dans le texte des Chroniques.
Dans les Rois, tous les ouvrages du parvis sont présentés comme exécutés par Hiram, l'artiste tyrien. Le Chroniste ayant transporté plus haut (2 i3-i4) la mention de cet homme, Salomon devient à sa place le sujet de tous les verbes et l'auteur de toutes les œuvres, à l'exception toutefois des cendriers, des pelles et des coupes (4 lia) : en eiïet, les Rois répétant à ce propos le nom d'Hiram, les Chroniques en font autant sans s'apercevoir du désaccord qui s'est produit dans les versets précédents. La récapitulation qui suit (4 iib-16) met également l'artiste en scène dans l'un et l'autre des deux livres.
* Comp. plus haut, I^ p. 295, 349.
8i6 ESDRAS-NÉHÉMIK, CHRONIQUES
Les travaux que nous venons de passer en revue sont enregistrés dans les ch. 3 et 4. Les ch. 5 et 6 décrivent la dédicace du temple. D'après I Rois (8 3) ce sont les prêtres qui portent Tarche; le Chroniste (5 4), respectueux des institutions hiérarchiques du Document sacerdotal, substitue les lévites aux prêtres. Il ménage également une place dans la cérémonie aux chantres et aux musiciens (iib-i3a). Il ajoute encore la mention d'une tribune (6 13), dressée au milieu du parvis et sur laquelle Salomon prend place ^. La prière de Salomon (6 14-42) est presque textuellement identique à celle des Rois. Toutefois il faut noter l'omission des v. 50b-5i de I Rois 8. De plus la péroraison dans les Chroniques (6 40-42) est toute différente de celle des Rois (I 8 52-53). Ces deux divergences, ainsi qu'une troisième (6 il; comp. I Rois 8 2i), semblent provenir du désir d'éliminer les allusions à l'Egypte et à l'exode ; il en subsiste pourtant une (5 lo ; comp. I Rois 8 9).
La bénédiction de Salomon (I Rois 8 54-61) ne figure pas dans les Chroniques. En revanche celles-ci parlent du feu du ciel descendu sur l'autel (7 1-3; comp. I Chron. 21 26). La description des sacrifices offerts par Salomon est la même dans les deux livres; le Chroniste y fait intervenir le chant et la musique. Le passage relatif à la durée des solennités, lequel soulève des difficultés dans le texte des Rois, a été corrigé par le Chroniste et mis au point pour cadrer avec les prescriptions de la législation sacerdotale. Enfin l'apparition de l'Eternel à Salomon après l'achèvement de tous ses travaux est racontée dans les Chroniques dans les mêmes termes que dans les Rois.
Le ch. 8 traite de sujets variés, et correspond en gros à I Rois 9 10-28. Le Chroniste fait subir une singulière transformation à l'histoire des villes cédées par Salomon à Hiram : selon lui, c'est au contraire le roi de Tyr qui a donné des villes à Salomon. Il mentionne aussi, très brièvement, une campagne de conquêtes en Syrie, dont les Rois ne parlent
^ Il est toutefois possible que ce passag^e ait originairemeiit figxiré dans les Rois et qu'il ait été omis par un copiste, induit en erreur par un homoioteleuton. Comp. d'ailleurs I Bois 8 54.
pas, et la met en relation avec des travaux de fortification effectués à « Thadmor au désert », c'est-à-dire à Palmyre. II a donc interprété dans ce sens le nom de ville cité dans I Rois 9 18 ; mais le texte original des Rois parle de Thamar «t non de Thadmor. L'énumération des travaux effectués par les corvéables de Salomon n'est pas tout à fait la même dans les Rois et dans les Chroniques.
Parlant de l'installation de la fille de Pharaon dans le palais que Salomon lui bâtit, le Chroniste ajoute une remarque très caractéristique. Il développe plus longuement le passage des Rois concernant les cérémonies du culte en vigueur sous le règne de Salomon. Enfin il reproduit, avec quelques changements, la notice relative aux expéditions maritimes sur la mer Rouge, et en porte le produit de 420 à 450 talents d'or.
II Ghron. 9 reproduit exactement I Rois 10; les variantes ont peu de portée. Notons cependant que d'après le Chroniste (9 25) € Salomon avait 4000 crèches pour les chevaux destinés à ses chars », tandis que d'après I Rois 4 26 il en avait 40000. Le nombre des chars étant de 1400 (I Rois 10 26), le chiffre du Chroniste est plus plausible que celui des Rois.
Ici se termine, dans les Chroniques, l'histoire du règne de Salomon. Quelques lignes suffisent (29-31) pour renvoyer aux sources consultées, indiquer la durée du règne, la mort du roi, l'avènement de son fils. Ainsi sont totalement passés sous silence les faits importants que rapporte I Rois 11 : le nombreux harem de Salomon ; l'influence exercée sur lui par ses femmes païennes et sa complaisance pour leurs cultes idolâtres; puis les ennemis de Salomon, Hadad l'Edomite, Rezon le Syrien, Jéroboam enfin l'Ephraïmite, encouragé par le prophète Achija de Silo. Ces omissions ne sont nullement insignifiantes. Ainsi disparaissent aussi les jugements sévères portés sur Salomon (I Rois 11 9-13, 33). Si nous ne possédions que le livre des Chroniques, Salomon nous apparaîtrait comme un souverain irréprochable, dont la carrière aurait été exempte de tout souci. Le livre des Rois, dont la bienveillance et l'admiration pour Salomon ont encore quelque chose d'un peu excessif, formule pourtant sur son compte des réserves bien fondées.
348 ESDRAS-NÊHÉMIE, CHRONIQUES
Quatrième partie : Les roia de Juda (II 10^6). § 412. Comparez dans II Chroniques:
avec
I Rois 12 1-19.
9b-ll,
16 lb.6
17 la