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CHAPITRE II Le livre des Proverbes

§ 315. Le titre de ce livre est, à proprement parler, le plus long de tous ceux que nous rencontrons en tête des écrits bibliques de l'ancienne alliance. Il dépasse en dimensions inème celui du livre de Jérémie, et se compose, en fait, des six premiers versets du ch. 1. Toutefois, 2-6, pour importants qu'ils soient, ne constituent pas la suscription elle-même qui, énoncée au v. i, renferme les mots : < Proverbes de Salomon, fils de David, roi d'Israël ». Elle indique, comme on le voit, de quelle nature est le contenu de l'ouvrage et quel est le personnage historique auquel il est rattaché. Examinons successivement ces deux points.

Le mot hébreu que nos versions rendent par < proverbe » est maschaL Etymologiquement, ce terme signifie représentation, image, comparaison. Il est devenu courant dans le langage pour désigner un certain genre littéraire. Un maschal peut être bref ou long ; on donnera ce nom aussi bien à une parabole étendue qu'à un distique en style lapidaire. Il peut être en prose, ou bien revêtir la forme poétique usitée chez les Hébreux et que caractérise avant tout le parallélisme des stiches. Il peut se rencontrer dans la bouche d'un prophète^ lorsque celui-ci donne à sa pensée une forme imagée, lorsqu'il prononce une sorte d'apologue ; il peut également avoir un caractère purement didactique, être complètement étranger à l'art oratoire, et contenir les enseignements d'un sage ou d'un

penseur. Il peut conserver son caractère primitif, c'est-à-dire exprimer une comparaison ; il peut aussi s'affranchir de cette condition et formuler un précepte sans recourir au langage figuré. C'est donc un mot assez élastique, qu'aucune expression française ne saurait traduire d'une façon exacte dans la variété de ses acceptions. Il faut l'interpréter tantôt d'une façon, tantôt d'une autre, d'après le contexte. Et c'est une question délicate et controversée que celle de la genèse de <:e3 diverses significations : on se demande quelle marche a suivie l'emploi de ce mot, et comment, par quelle dérivation et quel enchaînement il en est venu à exprimer des notions voisines, il est vrai, et pourtant bien distinctes. Nous n'avons heureusement pas à entrer ici dans ce débat, et nous pouvons nous borner à rechercher ce que sont les maschals du livre des Proverbes.

Un examen rapide du livre nous montrera qu'il se compose «n grande majorité de distiques, nettement séparés les uns des autres et formant une série de collections. Celles-ci portent sinon toutes, du moins les principales (10 i, 25 i), le mot maschal dans leurs titres. La suscription générale de 1 i s'applique aussi au contenu de ces recueils juxtaposés ; nous verrons en effet que 1 7-9 constitue une introduction au livre proprement dit.

Nous pouvons donc dire que les maschals du livre des Proverbes sont des distiques énonçant une pensée sous une forme brève et frappante. Les termes français qui caractériseraient le mieux ce genre de collections seraient sentences, maximes, pensées. La terminologie de la Grèce classique fournirait à son tour une dénomination appropriée : xvmficd *(« gnomes », d'où vient le nom de poésie gnomique). Malheureusement l'usage a consacré une autre dénomination, proverbes, qui introduit dans la notion générale un élément particulier. Le proverbe, en effet, n'est pas une maxime quelconque : il faut, pour mériter son nom, qu'il soit tombé dans' le domaine commun, qu'il appartienne au langage populaire et soit, du plus au moins, compris et employé par -chacun. De ce fait même, il a quelque chose d'impersonnel et fon peut ajouter qu'il est, pour ainsi dire par définition.

anonyme. On peut très bien entreprendre de former un r^ cueii de proverbes, de semblables collections existent à peu près dans toutes les langues, mais personne ne songerait à rechercher qui les a composés, ni surtout à les attribuer à un seul et même auteur. Tout au plus peut-il arriver que tel vers fameux, telle parole prononcée dans une circonstance marquante, revête par la suite un caractère proverbial. Encore dans ce cas-là, la plupart de ceux qui redisent cet adage ignorent-ils sa provenance et seraient-ils incapables de dire le nom du poète, de Fécrivain ou de Forateur qui Ta mis en évidence. On peut d^autre part rassembler en un faisceau les sentences des sages de telle nation ou de tel langage sans se préoccuper de savoir si elles se sont répandues dans le public et vulgarisées. Dans ce cas, on ne s'avisera pas de donner à un semblable recueil, en français du moins, le titre de proverbes. C'est pourtant ce que nous faisons pour l'écrit biblique qui nous occupe ; les Grecs l'ont intitulé itapoifûai loXofi&vTos, les Latins Proverbiay d'où est venu, par une traduction irréfléchie, notre terme usuel ^ Il faut qu'il demeure bien entendu que nous avons affaire en réalité à un recueil didactique et non pas populaire ; les maximes qu'il renferme ne constituent pas ce qu'on appelle d'ordinaire < la sagesse des nations >, la sagesse courante, vulgaire et souvent contestable; elles représentent au contraire l'enseignement élevé, éclairé et judicieux que de véritables sages sont en mesure de donner à leurs disciples.

§ 316. La division du livre est simple. Si nous laissons de côté les V. 1-6 du ch. 1, lesquels forment le titre général de l'ouvrage, nous discernons 8 parties, nettement délimitées, mais très inégales de longueur. En voici l'énumération :

A : Une introduction : 1 7-9.

B : Une collection de « maximes de Salomon » : 10-22 16.

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