m Maccabées
§ 445. I Maccabées est un ouvrage historique. Dans II Maccabées l'élément fantaisiste et légendaire tient une grande place. Enfin dans III Maccabées, nous avons affaire purement et simplement à un roman. Ce livre porte d'ailleurs un titre en désaccord parfait avec son contenu. En effet, la narration qu'il renferme est censée se rapporter à une époque antérieure d'un demi-siècle à la première apparition de Juda Maccabée et de ses frères sur le théâtre des événements. Ce titre ne peut donc avoir été adapté à cet ouvrage que tardivement, alors que d'une façon générale on en était déjà venu à étendre à toute une période de l'histoire juive une désignation qui à l'origine avait un sens précis et restreint. Il est probable que l'auteur du livre, pas plus que la généralité des écrivains contemporains, n'avait songé à donner un nom à son œuvre; mais s'il l'eût fait, il en eût certainement choisi un autre que celui dont la tradition s'est servie.
Le récit commence par une lacune, s'il est permis de s'exprimer ainsi : en d'autres termes, le début du livre fait défaut. Les termes mêmes de la première phrase du texte présupposent un commencement qui, pour un motif ou pour un
autre, a été retrauché. Il est impossible de dire si cette mutilation a été volontaire ou accidentelle. On ne peut pas davantage déterminer les dimensions probables de la partie manquante. Peut-être, comme le supposent quelques critiques, s'a^issait-il seulement de quelques lignes, d'un feuillet tout au plus ; peut-être au contraire un fragment plus étendu a-t-il été supprimé. Le principal personnage du récit est le roi d'Egypte Ptolémée IV Pliilopator, qui a régné de 222 à 204. Victorieux d'Antiochus III le-Grand à la bataille de Raphia (217), il vint à Jérusalem et, à ce que raconte notre auteur, voulut pénétrer dans le sanctuaire malgré l'opposition des Juifs. Une attaque soudaine de paralysie l'empêcha de donner suite à son projet; furieux et plein de rancune, il rentra en Egypte résolu à se venger sur les Juifs alexandrins. Il prit à leur égard des mesures tyranniques, et en fit rassembler comme prisonniers une foule si considérable que, malgré la diligence que Ton y mit, on ne vint pas à bout en quarante jours d'enregistrer lous leurs noms. L'intention de Ptolémée était de lancer sur cette multitude tous ses éléphants, au nombre de cinq cents, après les avoir enivrés d'un breuvage excitant. Par suite des caprices du roi, cette exécution se trouve diflFérée ; lorsqu'enfin elle doit avoir lieu, deux anges interviennent, les éléphants chargent les troupes royales au lieu de fondre sur les victimes qu'on leur destinait, et le roi, subitement transformé, comble les Juifs de bénédictions et de faveurs. Il donne aussitôt l'ordre de les rapatrier, ce que les Juifs acceptent avec joie ; auparavant ils demandent et obtiennent l'autorisation de massacrer ceux de leurs compatriotes qui avaient apostasie : « Ils en mirent à mort plus de trois cents, et, après avoir égorgé ces impies, ils firent une fête de réjouissance. > Ensuite il rentrèrent chacun chez soi.
Ce livre a été écrit en grec, sans doute en Egypte et par un Juif alexandrin. Ce n'est certainement pas la traduction d'un original hébreu; le style n'en laisse pas moins à désirer, il est inférieur à celui de II Maccabées. L'écrivain ne s'est pas proposé de faire de l'histoire, mais bien plutôt de rédiger une narration édifiante, propre à relever et à fortifier le cou-
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rage de ses coreligionnaires en cas de persécution. L'élément merveilleux tient une large place dans cette composition, qui renferme d'ailleurs de nombreux traits invraisemblables et même contradictoires. Personne, de nos jours, n'en admet l'historicité. Aucune autre source ne vient en confirmer les données. Il faut donc faire honneur de ce récit à l'imagination de l'auteur, et l'on doit reconnaîlre qu'il était en eiFet brillamment doué à cet égard. Les tableaux sont présentés d'une façon très vivante, et l'on découvre dans ces pages un véritable talent dramatique. Les brusques revirements du roi, son attitude à l'égard de ses officiers et de ses conseillers, tout cela est dépeint d'une façon humoristique. Il serait toutefois possible que l'auteur n'eût pas inventé de toutes pièces et qu'il se fût inspiré d'un fait réel plus ou moins analogue à celui qu'il décrit. On a donc cherché dans l'histoire des Juifs les traces de quelque épisode du même genre, et l'on a trouvé, à deux époques différentes, des événements qui présentent une certaine ressemblance avec les données de III Maccabées. D'une part Flavius Josèphe raconte un fait du même genre qui se serait passé sous Ptolémée VII Physcon (146-117 av. J.-C). D'autre part, sous Caligula (en 39-40 apr. J.-C), les Juifs d'Alexandrie furent soumis à une persécution, et la tentative fut faite de placer la statue de l'empereur dans le temple de Jérusalem. 11 se peut que l'un ou l'autre de ces faits ait fourni quelques matériaux à notre écrivain ; peut-être a-t-il recueilli encore d'autres traits de son récit dans les souvenirs de telle ou telle persécution infligée aux Juifs soit par les Hérodes, soit par des gouverneurs romains.
L'époque où il a rédigé son livre est certainement antérieure à la ruine de Jérusalem en 70 apr. J.-C. Elle est en revanche postérieure à l'époque de Ptolémée VII Physcon et à la rédaction des adjonctions apocryphes au livre de Daniel (comp. 6 6 avec la Prière d'Azaria et des trois Hébreux, V. 25, 27). Si les incidents relatifs au règne de Caligula ont exercé une influence sur III Maccabées, la date de cet ouvrage devrait être cherchée dans le court intervalle qui sépare l'an 40 de l'an 70. Ce qui demeure énigmatique, c'est
le motif pour lequel l'écrivain a transporté la scène de sa narration sous Ptolémée IV Philopator. Il se peut qu'il ait possédé, sur le règne de ce monarque, des informations qui nous manquent ; il se peut aussi qu'il ait simplement confondu Ptolémée IV avec Ptolémée VII.
L'Eglise romaine ne regarde pas III Maccabées comme canonique. Mais plusieurs des Pères et des écrivains ecclésiastiques l'ont considéré comme faisant partie du recueil biblique et on le trouve fréquemment dans les manuscrits des Septante ^