Le Psautier de Salomon
§ 459. En 63 av. J.-C, Pompée s'empara de Jérusalem et profana le temple. Ce fait, qui laissa dans l'esprit juif une im-
* Voir dans la Liberté chrétienne, 1902, p. 241-263, un article de Ch. Mercier : La piété j'aive aux temps apostoliques : le IVe Esdras.
* C'est dans IV Esdras 14 que se trouve une donnée, dont nous avons eu roccasion de parler plus haut (I, p. 239) et d'après laquelle Esdras aurait,, en 40 jours, dicté à 5 secrétaires 94 livres dont 70 devaient rester secrets^ tandis que les 24 autres étaient les écrits canoniques de TA. T.
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pression profonde, paratt avoir été l'occasion qui fit naître le recueil de poèmes connus sous le nom de Psaumes de Salomon. Ils sont au nombre de 18, et rappellent au plus haut degré, soit au point de vue de la forme, soit à celui de la pensée, les psaumes du livre canonique. Ils expriment des sentiments de piété sincère, d'attachement à la loi de Dieu, de confiance dans son secours. Ils sont composés d'après les règles strictes du parallélisme hébreu. On ne met pas en doute qu'ils soient tous l'œuvre d'un seul et même poète ; celui-ci paraît avoir été du parti des pharisiens. C'est du moins ce que semblent indiquer son zèle pour l'observation des commandements, ses espérances messianiques et son attitude hostile envers la dynastie hasmonéenne. L'affront infligé à sa nation et à sa religion par l'acte brutal du célèbre général romain paraît avoir été la circonstance déterminante qui l'a poussé à composer ces poèmes. Mais il ne se borne point à décrire ce fait spécial ; il y rattache d'autres cantiques dans lesquels il donne essor à sa piété. On a cherché, récemment encore, à assigner à ce recueil une date plus ancienne, en voyant dans l'homme malfaisant et maudit que le poète stigmatise, non pas Pompée, mais Antiochus Epiphane. Dans cette hypothèse, les mauvais rois dont il est parlé seraient les Séleucides et non pas les Hasmonéens. Mais cette manière d'expliquer l'origine de ces psaumes et d'en déterminer l'époque cadre^ moins bien avec les données de l'ouvrage et avec son interprétation la plus naturelle. Il faut également écarter un autre système qui tendrait à attribuer aux Psaumes de Salomon une origine plus tardive, en rattachant leur composition à la catastrophe qui mit fin à l'existence de l'état juif en 70 apr. J.-C. L'auteur, tout en déplorant les malheurs de son peuple, ne s'exprime pourtant pas de telle sorte qu'on puisse considérer sa nation comme détruite, Jérusalem et le temple comme ruinés. L'opinion la plus vraisemblable est celle qui place la composition de ce recueil peu après l'an 63 ou plutôt après la mort de Pompée, en 48 (comp. 2 30 ss.), et, selon toute apparence, avant l'avènement d'Hérode I*'.
Quoique nous ne possédions les Psaumes de Salomon qu'en grec, il est universellement admis qu'ils ont été écrits en hé-
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breu. Comme ceux du Psautier canonique, ils ont des suscriptions ; le premier seul en est dépourvu. Tous les autres portent expressément le nom de Salomon, le lamed auctoris étant rendu par l'article grec au datif (r^). A cette mention ils ajoutent parfois un mot désignant le genre poétique : 'i^fibs, dcaXapjf u/ivos; puis d'autres indications relatives au sujet du psaume, à sa destination, à son emploi liturgique. Dans le courant de certains psaumes, on rencontre l'équivalent grec {dui'^aX[ia) de l'hébreu séla (17 31, 18 lo). Le motif pour lequel ils ont été mis en rapport avec le nom de Salomon nous échappe totalement ; tout au plus pourrait-on supposer, vu la circonstance qui a provoqué leur composition, qu'ils ont été placés en quelque sorte sous l'invocation du roi qui avait bâti le temple de Jérusalem.
Ce Pseudépigraphe est rarement mentionné et cité dans la littérature ecclésiastique. Il avait complètement disparu, lorsque, vers le début du xvii^ siècle, un manuscrit en fut retrouvé et publié. Ce livre mérite d'ailleurs à tous égards d'être connu comme un monument intéressant de la poésie religieuse juive à peu près contemporaine de Jésus-Christ*.