‹ Introduction a l'Ancien TestamentChapitre 66 sur 115 · IV Maccabées · texte numérisé non relu

IV Maccabées

Par son titre, ce livre se rattache extérieurement aux trois autres ouvrages, très hétérogènes d'ailleurs, qu'on appelle I, II et III Maccabées. Mais par son contenu et par sa tendance, il appartient à un autre groupe, celui du Siracide et de la Sapience. C'est en effet une sorte de dissertation ou de discours philosophique, destiné à montrer la supériorité de la raison sur les passions. Aussi est-il parfois désigné comme le Livre de la Raison souveraine (^epi (zùroxpdvopos Àorjfùc/jLotj). L'exposé n'est du reste pas fait au point de vue strictement intellectuel ; l'auteur fait intervenir les sentiments de piété comme appuyant la raison ; il se fonde en outre sur les expé-

^ Une traduction française des Psaumes de Salomon, par A. Peyrollaz, a paru dans la Revae de théologie et de philosophie ^ XXXII (1899), p. 493- 511. Une autre traduction française avait été donnée en 1856 par l'abbé Migne.

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riences fournies par Thistoire du peuple israélite. Puis surtout il reprend, avec de très longs développements, le récit donné par II Macc. 6-7, à savoir le martyre du vieil Eléazar et celui de la mère avec ses sept fils. Environ les cinq sixièmes du livre sont consacrés à cette paraphrase très circonstanciée et accompagnée d'abondants commentaires.

Ce livre n'est pas une traduction ; il a été écrit en grec^ mais s'adresse aux Juifs. Son auteur prêche l'obéissance stricte à la Loi, et paraît appartenir à la tendance pharisienne. Il professe la foi à la vie à venir. 11 paraît antérieur à la ruine de Jérusalem en 70 apr. J.-C. et vivait probablement en Egypte. Eusèbe, le premier qui mentionne cet écrit, l'attribue à Flavius Josèphe, et cette opinion a été partagée par d'autres. Dans certains manuscrits, le titre de l'ouvrage renferme le nom de Josèphe ; dans la collection des œuvres de ce dernier, on voit fréquemment figurer le traité en question. Mais cette attribution est certainement erronée. Le style de Josèphe diffère sensiblement de celui que nous rencontrons dans IV Maccabées. En outre, ce dernier écrit se fonde sur II Maccabées que Josèphe n'a pas connu.

§ 460. Avant de quitter ce sujet, relevons encore le fait que certains Pseudépigraphes font l'objet de citations expresses ou du moins d'allusions dans les écrits du N. T. Ceux-ci, en revanche, ne reproduisent aucun passage emprunté aux Apocryphes. On ne peut donc affirmer qu'ils les aient connus et leur aient attribué le caractère d'Ecriture Sainte. Tout au plus est-il admissible que saint Paul et l'auteur de l'Epître aux Hébreux aient eu connaissance du livre de la Sapience.

Quant aux Pseudépigraphes, nous avons déjà signalé la citation d'Hénoc 1 9 dans Jude 14-15. La même épHre renferme au V. 9 une donnée tirée d'un autre Pseudépigraphe, l'Assomption de Moïse, concernant la dispute de l'archange Michel avec le diable à propos du corps de Moïse. Il est fort possible qu'Hébr. 11 37, où il est parlé de prophètes qui ont été « sciés », renferme un écho de l'écrit intitulé le Martyre d'Esaïe. Jannès et Jambrès, nommés dans II Tim. 3 8, appartiennent également à un Pseudépigraphe, aujourd'hui perdu, mais dont l'existence est attestée par divers témoins.

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11 faut également faire intervenir un Pseudépigraphe pour expliquer la mention de Jérémie dans Matth. 27 9-io, à propos d'une citation prise dans Zach. 11 12-13 (comp. plus haut, I, p. 653). Cette substitution de noms ne procède pas d'une confusion entre les deux prophètes, que Fauteur de TEvangile aurait commise. Elle provient, à ce que nous apprend Jérôme, d'un livre pseudépigraphique, attribué à Jérémie et qui reproduisait le passage de Zacharie. Cet écrit n'est pas parvenu jusqu'à nous *.

11 en est de même d'une Apocalypse (tElie qui, au dire d'anciens témoins, aurait fourni à saint Paul deux citations scripturaires. D'après Origène, c'est à cet ouvrage que l'apôtre aurait emprunté le célèbre passage I Cor. 2 9 : « Comme il est écrit : Ce sont des choses que Tœil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues et qui ne sont point montées au cœur de l'homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment ». Selon Epiphane, la même Apocalypse serait la source où Paul aurait puisé le passage Eph. 5 14 : < C'est pour cela qu'il est dit : Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d'entre les morts et Christ t'éclairera ». Il est équitable d'ajouter que nous ne pouvons pas contrôler ces assertions, et que de nombreux commentateurs du N. T. croient pouvoir retrouver dans les livres canoniques de TA. T. la véritable origine de ces citations énigmatiques ; il est vrai que pour cela il faut admettre des modifications et des combinaisons de textes, présentant de fortes invraisemblances ^. 11 nous semble

* Dans un très iotéressaDt article de VExpositor (ôme série, no LXIX, septembre 1905 : « Spoken by Jeremy the Prophet », p. 161-171), le professeur J.-Reodel Harris entreprend de démontrer que la citation de Matthieu est empruntée à un Livre de Témoignages, usité dans TEglise primitive en vue de la polémique contre les juifs, et qui constituait une sorte de catena, un centon de dicta probantia pris dans TA. T. canonique, ainsi que dans d'autres sources extra-canoniques. Si lejpremier évangéliste a puisé la citation de Jérémie dans ce Livre de Témoignages, celui-ci à son tour semble ravoir tirée d'un Pseudépigraphe qu'on pourrait appeler le Pseudo- Jérémie.

* On essaie d'expliquer I Cor. 2 9 par Es. 52 15, ou encore par Es. 644 et 65 17 ; et Eph. 5 14 par Es. 52 1, 26 19 et 60 1. Il ne nous semble pas que ces rapprochements soient convaincants.

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en tout cas injustifié de dire, comme on Ta fait, que Paul n'aurait pas appliqué à des livres non canoniques la formule « comme il est écrit », laquelle impliquerait évidemment Tidée d'une autorité divine. La question est précisément de savoir si la notion d'un canon, d'un recueil fermé et exclusif existait pour l'apôtre et s'il restreignait l'action de l'inspiration divine à un /groupement déterminé de livres.

Mentionnons encore trois passag^es du N. T. qui renferment des citations scripturaires, introuvables dans les livres canoniquesgde l'A. T.

Luc 11 49 : < C'est pourquoi la sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ; ils tueront les uns et persécuteront les autres... ». Le texte parallèle (Matth. 23 34) omet précisément les mots « la sagesse de Dieu a dit », qui donnent à la phrase le caractère d'une citation *.

Jean 7 38 : < Du sein de celui qui croit en moi couleront des fleuves d'eau vive, comme dit l'Ecriture* ».

Jacq. 4 5 : « Pensez-vous que l'Ecriture dise en vain : L'Esprit qui habite en nous a-t-il des désirs qui tendent à l'envie ^ ? »

Il est naturel de penser que ces citations sont dérivées de livres qui faisaient autorité aux yeux des auteurs du N. T. et auxquels ils appliquaient le terme d'Ecriture ou de sagesse de Dieu, mais qui ne figurent pas dans la Bible hébraïque telle que le judaïsme nous l'a transmise et qui ne proviennent pas non plus de quelqu'un des ouvrages arrivés jusqu'à nous sous le nom d'Apocryphes ou de Pseudépigraphes.

^ Quelques-uns ont essayé de voir dans Prov. 1 20 ss. la source de cette citation, d'autres ont allégué II Chron. 24 19, maïs ni l'un ni Fautre de ces passa^2;«s ne donnent la clé du problème.

' Ni Zach. 14 8, ni Es. 58 il, qu'on a prétendu être à la base de cette citation, ne l'expliquent d'une flacon satisfaisante.

3 On a tenté d'enlever à ces mots le caractère d'une citation scripturaîre en remplaçant arbitrairement le verbe dire par le verbe parler : « Pensezvous que l'Ecriture parle en vain? L'Esprit...^ etc. » C'est un expédient inadmissible.

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