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I. La division du texte

Les lecteurs de la Bible sont tellement accoutumés à la voir divisée en chapitres et en versets qu'ils ne peuvent guère la concevoir autrement. Il en est même parmi eux qui voient dans cette disposition du texte sacré Tun de ses caractères essentiels et qui ont accueilli avec défaveur et méfiance le changement introduit à cet égard par nos versions les plus récentes, à savoir la suppression de ce morcellement indéfini, résultant de la séparation des versets par des alinéas sans cesse répétés. Il faut pourtant se rendre compte que ces divisions n'ont été établies qu'assez tardivement et, sauf quelques cas exceptionnels, d'une façon artificielle. Pendant longtemps, les divers écrits bibliques étaient complètement exempts de toutes ces coupures variées qui leur donnent actuellement une physionomie à part.

Il y a même lieu d'admettre que primitivement il n'y avait dans le texte aucune séparation entre les mots. Il faut nous borner à dire qu'il en était probablement ainsi, parce que nous ne possédons aucun manuscrit remontant à une époque assez ancienne pour nous fournir à cet égard un témoignage positif. Mais, si nous tenons compte des analogies et des vraisemblances, nous pouvons envisager comme à peu près certain que les anciens scribes et copistes écrivaient tous les mots à la file sans laisser entre eux d'espace blanc. Il est vrai que dans les inscriptions de Méscha et de Siloë il en est différemment : un signe de ponctuation sépare les mots les uns des autres. Mais on ne saurait identifier l'écriture lapidaire avec l'écriture courante. D'ailleurs, même à supposer qu'à l'origine on n'ait pas usé de < l'écriture continue >► {scripti'o continua), celle-ci s'est sûrement introduite dans l'usage et a régné d'une façon générale. On*en trouve la trace dans diverses déformations que le texte a subies. Telle lettre, qui était originairement la consonne terminale d'un mot, a été par méprise adjugée comme initiale au mot suivant ; l'inverse s'est également produit. D'autrçs erreurs sont survenues, lorsque la finale d'un mot était la même lettre que

riniiiale du moi suivant : dans ce cas il est arrivé qu'on Tait écrite une seule fois au lieu de deux. Ou bien inversement, on a répété à tort une lettre finale ou initiale, et défibré ainsi le mot suivant ou précédent. Ces phénomènes ne sont point rares dans le texte hébreu de TA. T., non plus du reste que dans d'autres ouvrages qui se sont longtemps reproduits par voie de copie manuscrite. Les exégètes doivent avoir constamment ce fait présent à l'esprit, car dans nombre de cas les difficultés qu'ils rencontrent ont pour cause une faute provenant de l'écriture continue.

L'alphabet hébreu renferme 5 lettres qui, à côté de leur forme habituelle, possèdent aussi ce qu'on nomme une forme finale, parce qu'elle est employée à la fin des mots. On s'est demandé s'il fallait mettre cette particularité en corrélation avec le système de l'écriture continue : la forme finale aurait servi à orienter le lecteur à défaut d'intervalle entre les mots. Mais dans cette supposition on ne s'expliquerait pas pourquoi, sur les 22 lettres de l'alphabet, 5 seulement auraient été ainsi dédoublées. Passe encore si c'étaient les lettres qui se présentent le plus souvent à la fin des mots, mais tel n'est pas le cas : s'il en est parmi elles qui se trouvent souvent à celte place, on ne peut pourtant pas dire que cette raison ait été décisive. Il faut probablement assigner une autre origine aux lettres finales, et y voir simplement une habitude des écrivains, marquant d'un trait de plume un peu différent la dernière lettre d'un mot. C'est là une particularité qu'offrent d'autres écritures, non pas tant sous forme imprimée mais bien dans les manuscrits et surtout lorsqu'il s'agit d'œuvres calligraphiées.

I 482. Après la division des mots, nous avons à considérer le partage des phrases. On rencontre déjà des indications dans ce sens dans l'inscription du roi Méscha. Dans l'A. T. lui-même certains morceaux, plus ou moins étendus, et parfois des livres entiers, se trouvaient tout naturellement divisés d'une façon régulière et symétrique. C'est le cas en particulier des livres poétiques. Psaumes, Proverbes, Job, Cantique, Lamentations, et des poèmes insérés dans les autres livres, comme Gen. 49, Exod. 15, Deut. 32 et 33, Jug. 5,

etc. La structure métrique de ces écrits favorisait leur division en versets ou pour mieux dire la suggérait d'elle-même. Les poèmes dits alphabétiques étaient encore, de tous, ceux qui se prêtaient le mieux à ce partage. Il subsistait pourtant toujours quelque latitude dans la façon d'effectuer les coupures : il suffit, pour s'en rendre compte, d'examiner à ce point de vue les divers chapitres du livre des Lamentations^. Des livres poétiques, on passa par analogie aux écrits rédigés en prose. Là, par la force même des choses, la division se fit d'une façon arbitraire et passablement irrégulière. Nous n'avons du reste aucune preuve que cette division ait été déjà établie avant l'ère chrétienne.

Le plus ancien témoignage que nous possédions à ce sujet est celui du Talmud, d'après lequel le texte hébreu de l'A. T. était divisé en versets. Le Talmud nous renseigne même sur le nombre des versets contenus dans les diverses parties du recueil, et ces chiffres nous permettent de constater que la division en versets pratiquée au temps des talmudistes n'était point identique à celle qui existe actuellement dans toutes les Bibles, hébraïques et autres. Voici en effet, à titre d'exemples, quelques-unes des données du Talmud mises en regard de la division actuelle ^ :

Talmud Bible

Nombre des versets de la Thora : 5888 5845

» » des Psaumes : 5896 2527

» » des Chroniques : 5880 1656

Pour la Thora seule, les deux chiffres présentent «ne gi*ande analogie ; l'écart en revanche est considérable en ce

^ Les strophes de^ trois premiers chapitres se composent de trois distiques chacune. Pourtant, dans nos Bibles, chaque strophe des ch. 1 et 2 ne compte que pour un verset, tandis qu'au ch. 3 chaque distique est envisagé comme un verset. Il en résulte que, de ces trois chapitres de longueur égale, les deux premiers ont 23 versets et le troisième 66. Il est juste de rappeler qu'au ch. 3 l'acrostiche est plus compliqué, et que chaque distique commence par la lettre caractéristique. Il faut enfin remarquer que dans la version Segond la structure strophique des ch. 1 et 2 est mal rendue. Comp. plus haut, II, p. 202.

* Ces renseignements sont fournis par le Talmud de Babylone ; celui de Jérusalem mentionne d'ailleurs aussi la division en versets.

qui concerne le Psautier et surtout les Chroniques. Du reste, même pour le Pentateuque, la division en versets devait être sensiblement différente de celle que nous connaissons et utilisons ; en effet, selon le Talmud babylonien, le verset du milieu de la Thora est celui que nous désignons par Lév. 13 33, tandis que dans notre texte actuel il faudrait le placer environ 150 versets plus haut.

Jérôme atteste, lui aussi, l'existence de versets dans TA. T. hébreu, tout au moins dans les livres poétiques. Il leur applique le terme latin de versus. Parfois sa division correspond exactement à la nôtre : ainsi pour le Ps. 119, à propos duquel il dit que huit versus consécutifs commencent par la même lettre. Mais ailleurs sa façon de diviser et de compter diffère de la nôtre : dans tel passage d'Ësaîe, par exemple, il trouve huit versus là où il n'y en a pour nous que trois. C'est que, dans ces cas-là, Jérôme emploie le terme versus pour indiquer chaque membre d'une strophe.

La division en versets, telle qu'elle est pratiquée dans les Bibles hébraïques, manuscrites et imprimées, doit donc être considérée comme le résultat d'un travail des rabbins, postérieur à l'époque du Talmud et à celle de saint Jérôme. Elle est due, selon toute apparence, aux mêmes docteurs juifs qui ont accompli le grand œuvre de la Massore, et dont nous parlerons plus loin à propos de la fixation du texte de l'A. T., de sa vocalisation et de sa ponctuation. Il faut remarquer du reste que la division en versets n'a jamais pénétré dans les rouleaux de synagogues, bien que le Talmud essaie d'en faire remonter l'origine, pour la Thora du moins, jusqu'à Moïse en personne. Les rouleaux de synagogues ne connaissent donc point le signe de ponctuation qui sert, dans l'écriture et dans l'impression, à séparer un verset du précédent; il consiste en deux points superposés et porte le nom de sofpasouÇy c'est-à-dire fin de verset.

Du texte hébreu la division en versets a passé dans les Septante et dans les versions en général, mais avec certaines divergences çà et là. Quant au numérotage des versets, si commode pour les citations bibliques, il est d'origine bien postérieure. On le rencontre pour la première fois dans une

édition du Pentateuque hébreu publiée en 1557 à Sabionetta ; encore les chiffres des versets ne sont-ils indiqués que de cinq en cinq. Le numérotage verset après verset fait sa première apparition dans la septième édition de la Vulgate par Robert Estienne (1555-1558) et, en fait de Bible hébraïque, dans celle d'Athias (1661).

§ 483. Des versets passons aux chapitres, ou du moins à ce qui en tenait lieu. Ici encore on peut aisément constater que certains livres hébreux devaient, par leur structure même, donner l'idée d'un partage en sections distinctes. C'est le cas du Psautier et du livre des Lamentations. Peut-être, par analogie, a-t>on conçu le plan d'étendre cette disposition aux autres écrits. Toutefois il est plus probable que le point de départ de celte mesure doit être cherché dans les besoins liturgiques, c'est-à-dire dans le désir de délimiter, pour la lecture publique ou privée, des portions déterminées de l'Ecriture Sainte. De même que le Talmud nous a fait connaître déjà l'existence de versets, il nous apprend aussi que les livres de l'A. T. étaient divisés en un certain nombre de morceaux d'étendue plus considérable auxquels on donnait le nom de parasches (paraschay c'est-à-dire séparation, division, section). Les parasches ont pénétré dans les rouleaux de synagogues, et elles se rencontrent également dans le Pentateuque samaritain. Elles s'étendaient originairement à l'A. T. tout entier, mais pour les Nebiim et les Ketoubim l'usage s'est perdu de les indiquer avec soin dans les manuscrits et dans les éditions. En revanche, dans la Thora, on en a conservé soigneusement la notation. Elles y sont au nombre de 669, et l'on voit par là qu'elles étaient beaucoup plus brèves que nos chapitres : en effet les cinq livres du Pentateuque donnent un total de 187 chapitres seulement.

On distinguait deux sortes de parasches, celles qui étaient « ouvertes » et celles qui étaient « fermées ». Les premières devaient commencer à la ligne ; avant les autres, le scribe laissait simplement un petit espace blanc et reprenait dans la ligne même ; ces dernières marquaient donc une coupure moindre. On désignait les premières par la lettre P, les secondes par la lettre S, initiales des mots hébreux signifiant

ouvrir et fermer. Sur les 669 parasches du Pentaleuque, il y en a 290 d'ouvertes et 379 de fermées.

Il est impossible de prouver que les parasches dont parle le Talmud soient exactement les mêmes que celles dont nos Bibles hébraïques conservent l'indication. Il se peut d'ailleurs fort bien qu'à l'époque du Talmud la délimitation des parasches n'eût pas encore pris un caractère définitif, et qu'on employât ce terme d'une façon un peu élastique, comme nous le faisons pour ceux de morceau ou de parag^raphe. A l'appui de celte manière de voir on pourrait citer le fait que le Talmud de Babylone parle des Psaumes en les appelant des parasches.

De son côté Jérôme mentionne des chapitres {capitula). Il n'entend point par là des divisions que lui-même créerait dans le texte: il veut parler au contraire d'un partage déjà existant et qui, comme il le fait observer, n'est pas toujours le même dans le texte hébreu et dans la version des Septante. Peut-être les capitula de Jérôme sont-ils encore autre chose que les parasches susmentionnées. En tout cas, ils sont totalement différents de nos chapitres qui, comme nous allons le voir, sont d'origine beaucoup plus récente.

Avant d'aborder ce sujet, il faut encore dire un mot d'un autre mode de division, pratiqué par le judaïsme, mais seulement après l'époque talmudique, et qui n'a même été définitivement fixé qu'au xiv* siècle ; son rôle est puremetit liturgique. Nous retrouvons ici le terme de parasches, mais appliqué différemment. Dans la division que nous indiquons, le Pentateuque se trouve partagé en 54 de ces parasches ou sections; on leur donne, pour les distinguer, le nom de grandes parasches, tandis que celles de l'ancien système reçoivent celui de petites parasches. Les grandes parasches sont destinées à la lecture hebdomadaire dans les synagogues : chaque sabbat, on en lit une dans le culte public, car cet usage s'est perpétué jusqu'à nos jours. De cette façon, la Thora tout entière est lue dans le courant de l'année. Celleci, d'après le système juif, est l'année lunaire qui compte en général 50 sabbats, parfois 51. Mais l'adjonction, tous les trois ans, du mois intercalaire (second Adar) porte le nombre

des sabbats à 54, et c'est en vue de ce cas-là qu'a été opérée la division en 54 parasches. Les autres années, la lecture intégrale de tout le Pentateuque s'obtient en doublant trois ou quatre fois la lecture sabbatique régulière. Le commencement de chaque grande parasche est nettement marqué dans les textes hébreux, manuscrits et imprimés. Il coïncide toujours (sauf une seule exception, Gen. 47 «s) avec le commencement d'une petite parasche, et dans ce cas la lettre, P ou S, qui marque le début de la petite parasche se trouve répétée trois fois. En outre, chacune des grandes parasches porte un titre distinctif, par exemple : Parasche 4c Noé » (Gen. 6 9-11 32), Parasche « Va-t'en » (12 1-17 27), ainsi nommée à cause de l'ordre donné à Abraham, Parasche 4c La vie de Sara >► (23 1-25 18), Parasche « Et il arriva au bout ^ (41 1-44 17), etc., etc.

La lecture d'une grande parasche, chaque sabbat, dans le service synagogal, est acccompagnée de celle d'un fragment des Nebiim ; mais ici le principe suivi est tout différent. On ne lit pas, dans le cours d'une année, ni même de plusieurs, tout le contenu du recueil des Nebiim; on a fait une sélection et l'on s'y tient. On a choisi et délimité, dans l'ensemble de ces livres, 54 morceaux, qui ont reçu le nom d'Haphtares {haphtara^ d'un verbe signifiant libérer, affranchir, en sorte que le sens du terme adopté équivaut à notre expression « morceau détaché )^). Chaque haphtare est associée à une certaine parasche, avec laquelle elle présente quelque corrélation. On voit ainsi la différence du mode de faire usité dans les synagogues à l'égard de la Thora d'une part et des Nebiim d'autre part: pour la première, lecture intégrale et suivie ; pour les autres, lecture fragmentaire et ne se conformant point à Tordre des livres. Des portions considérables des Nebiim ne figurent donc jamais dans les lectures synagogales. Il en est de même des Ketoubim dans leur généralité. Les Psaumes, il est vrai, ont eu leur place marquée dans le chant et les cinq Meguilloth ou rouleaux servent à la lecture publique dans les principales solennités. Mais Job et les Proverbes, Daniel, Esdras et Néhémie, les Chroniques sont demeurés, semble-t-il, et demeurent encore dans ua

abandon relatif. Du reste les mesures liturgiques que nou» venons de décrire n'ont pas été prises en une fois et d'une façon définitive. Il y a eu des variations dans les coutumes. Nous savons qu'au temps de Jésus et des apôtres on lisait dans les synagogues la Thora et les Nebiim; à preuve Act. 13 15, 27, 15 21, Luc 4 17. Ce dernier texte semble indiquer qu'on pouvait choisir librement le passage à lire*.

I 484. Notre division en chapitres n'a donc rien à faire avec les parasches, petites ou grandes, de la synagogue, non plus qu'avec les capitula signalés par saint Jérôme» Elle n'a pas ses origines dans la Bible hébraïque, à l'inverse de la division en versets, laquelle est du reste beaucoup plus ancienne et beaucoup meilleure. La division en chapitres ne remonte qu'au moyen âge, et elle a d'abord été introduite dans la Vulgate. Son auteur est, d'après les indices les plus probables, l'archevêque de Cantorbéry Etienne Langton (•j- 1227). Selon d'autres, ce serait plutôt Hugues de Saint- Cher {De Sancto Caro)^ dominicain, puis cardinal en Espagne (-j- 1263), et auteur d'une concordance de la Vulgate» Cette division en chapitres a été transportée dans les manuscrits de l'A. T., mais non pas dans les rouleaux de synagogues. On la trouve dans la Bible hébraïque de 1525,. éditée par Bomberjsi^.

Cette division répond à un besoin réel et légitime. Il est naturel qu'en vue de la lecture publique ou privée, on crée dans le texte biblique des points d'arrêt, déterminés par le sens, et que les sections ainsi formées ne soient pas tropinégales de dimensions. Malheureusement les chapitres traditionnels n'ont pas été établis d'une façon judicieuse, et très^ fréquemment la coupure tombe à la mauvaise place. On peut en citer de nombreux exemples. Bornons-nous à rappeler Es. 9 1 et 53 l. Dans les versions modernes ou récemment

^ Les usages de la synagogue en matière de lecture publique et régulière des Ecritures ont été recueillis et imités par les Eglises cbrétiemies» De là rinstitutioD des « leçons dominicales »^ des « péricopes ecclésiastiques », etc. Les Eglises réformées connaissent et pratiquent moins ce sys* tème quejne le font les catholiques romains et grecs^ les luthériens et lesanglicans.

revisées de la Bible, on a cherché avec raison à s'affranchir du joug de la division en chapitres, et à remplacer celle-ci par des sections, des paragraphes et des alinéas, présentant un caractère plus rationnel. On n'est pas encore allé assez loin dans ce sens et l'influence des anciens chapitres continue à se faire trop souvent sentir d'une manière fâcheuse. Un progrès incontestable a été réalisé lorsqu'on a rejeté dans la marge les numéros des chapitres et des versets. En effet, ces chiffres ne doivent pas gêner et troubler le lecteur, mais ils sont indispensables pour les citations. C'est pourquoi la division en chapitres et en versets doit être maintenue, malgré ses défectuosités, et il ne saurait être question de la modifier. Elle ne doit pas servir à déterminer, au point de vue de la lecture, le commencement ou la fin d'un morceau biblique: parfois le sens exige qu'on s'arrête au milieu d'un verset. Mais lorsqu'il s'agit de renvoyer à tel ou tel texte, il est infiniment commode de pouvoir employer un procédé admis de tout temps et en tous lieux et de n^avoir pas à tenir compte de la diversité des éditions, des formats et des paginations. Il ne sera pas inutile, à ce propos, de dire quelques mots sur la manière dont on citait les Ecritures anciennement, avant qu'on pût le faire en indiquant le chapitre et le verset. Ordinairement on devait se borner à mentionner le livre cité, en laissant au lecteur le soin de retrouver le passage exact. C'est ainsi que dans le N. T. la plupart des renvois à TA. T. sont simplement placés sous l'indication générale « l'Ecriture », ou bien rapportés à tel ou tel prophète ou écrivain sacré: Esaïe, Osée, David, etc. Parfois pourtant le besoin de préciser davantage s'est fait sentir, et l'on a cherché le moyen de faire comprendre où se trouvait approximativement le passage visé. Ainsi Philon, citant le texte que nous désignons par Gen. 3 15, dit qu'il se trouve èv vàcs àpals, < dans les malédictions». De même saint Paul, dans Rom. 11 2, vouant faire allusion au fait rapporté par I Rois 19 iO, écrit : oùx otdare èv 'HÀsiç, ri Xirfu -fj xp(^(p^; «Ne savez-vous pas ce que dit l'Ecriture dans [l'histoire d'] Elie* ? » Dans Marc 12 te il

MI y a brièvement dans le texte grec « dans Elie », ce qui doit être traduit par « dans l'histoire d'Elie » (Reuss^ Stapfer, Bonnet-Schrœder), ou

est dit: Oùx àvérfvcDve èv vjj ^c^Xip McaôcécDS èni roS ^dzoo tzws ehcsv aùTip b Oeàs ijtfcDv... < N'avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, au [passade du] buisson, comment Dieu lui parla ^? > il s'agit, comme on le voit, du récit d'Ex. 3. Cette manière de faire les citations se rencontre aussi dans le Talmud et s'est perpétuée chez les juifs du moyen âge. Le célèbre Raschi (voir plus haut, I, p. 28), citant à propos d'Osée 9 9 le morceau Jug. 19-21, le désigne par Texpression « la concubine y>. Ailleurs, à l'occasion du Ps. 2, il veut parler du récit II Sam. 2 s ss. et écrit : « Gomme il est dit dans Abner y>. Plus tard, quand l'usage liturgique des grandes parasches se fut implanté, les juifs s'en servirent pour les citations. Cela laissait, il est vrai, encore beaucoup de marge, vu la grande étendue de ces sections ; ce n'en était pas moins un progrès. Il convient du reste de remarquer que, jusqu'à une époque relativement récente, les écrivains, théologiens et autres, voulant renvoyer à un passage des Ecritures, se contentaient volontiers d'indiquer le chapitre, sans se donner la peine de préciser le verset. Cette habitude, commode pour celui qui écrit, mais gênante pour le lecteur, n'a point encore complètement disparu.

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