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CHAPITRE III Le livre de Job

§ 324. Ce livre porte le nom de son principal personnage. Etymologiquementy Job {lyyob) se rattache à la racine hébraïque ayabj signifiant < haïr, attaquer >. Ce nom, s'il est de provenance hébraïque, voudrait donc dire < inimitié, hostilité ». On a souvent proposé de Tinterpréter comme ayant le sens passif et désignant celui qui est en butte à la malveillance et à la persécution. Si Ton pouvait légitimement rexpliquer de cette façon, on serait tenté d'y voir un nom symbolique : le nom de Job refléterait son histoire. Mais cette dérivation est contestable. Au surplus, il est très probable que Torigine du nom de Job doit être cherchée en dehors de rhébraïsme *.

La vie de Job et ses aventures sont placées à une époque manifestement très ancienne, en dehors de la civilisation des villes et des Etats soumis à un gouvernement régulier. Le cadre de ces descriptions rappelle celui des scènes patriarcales

^ L'ideDtîfication^ parfois proposée^ de Job avec l'un ou l'autre des personnages nommés Jobab (Gen. 10 20, I Chron. 1 23» Gen. 86 33-34, I Chron. 1 44-45, Jos. 11 i, I Chron. 8 9, 18) est inadmissible : l'orthographe et l'ëtymologie s'y opposent, sans parler d'autres considérations. Quant au descendant d'Issacar appelé Job dans Gen. 46 13 (mais Jaschub dans Nombr. 26 24, I Chron. 1 7), son nom s'écrit tout autrement en hébreu que celui du héros du poème de Job (Koô, au lieu de lyyob), ce qui indique une racine différente.

de la Genèse. Ce n'est pas, il est vrai, Texistence des nomades proprement dits : il est question de travaux agricoles, les bœufs labourent (1 14), on fait les semailles et la moisson (31 s)y il est parlé de maison (1 18-19). Mais Toccupation principale, ce sont bien les troupeaux. La seule autorité mentionnée est celle du père de famille, ou, si Ton veut, du cheikh de la tribu. Il n'est fait allusion à aucune prescription légale, à aucune forme nationale de culte, à aucun sanctuaire; le seul sacrifice mentionné est celui qu'offre le chef de femille (1 5). Ainsi, involontairement ou à dessein, l'auteur du livre transporte son lecteur dans un milieu d'une nature spéciale, analogue à celui où les traditions Israélites plaçaient la vie des ancêtres.

Au point de vue topographique également, le livre de Job nous fait sortir du terrain accoutumé de la Palestine. Il nous présente son héros comme vivant dans le pays d'Uts. Ce nom géographique nous est connu par trois passages généalogiques de la Genèse, qui font d'Uts : a) l'aîné des fils d'Aram, donc un petit-fils de Sem (10 23; comp. I Chron. 1 17) ; b) le fils atné de Nachor, frère d'Abraham (22 2l) ; c) un petit-fils de Séir (36 28 ; comp. I Chron. 1 42). Ce sont là des désignations ethniques qui tendent à placer le pays d'Uts à l'orient de la Palestine ; mais, tandis que les deux premières nous conduisent vers le nord-est, la troisième aboutit au contraire au sud-est. Quant aux textes où le mot Uts est pris dans un sens local, il faut noter les suivants. Dans Jér. 25 20 les rois du pays d'Uts figurent parmi ceux qui doivent boire < la coupe de la colère de l'Eternel » ; ils sont nommés à la suite de l'Arabie. Puis, dans Lam. 4 2i, on lit ces mots : « Fille d'Edom, habitante du pays d'Uts... >. La première de ces citations ne nous apprend rien de positif; la seconde concorde avec Gen. 36 28 pour nous faire chercher Uts dans les parages d'Edom. Enfin le livre de Job lui-même nous fournit une indication complémentaire qui n'est pas sans valeur. Il parle de Job comme étant « le plus grand d'entre tous les fils de l'Orient y> (1 3). Cette expression, que l'on rencontre ailleurs dans l'A. T. (Jug. 6 3, I Rois 4 30, Es. 11 14, Jér. 49 28, Ez. 25 4), n'a pas une signification

très précise, et désigne d'une façon générale les tribus habitant la région mal délimitée des steppes à Test de la Palestine. Comme race, ces populations avaient un caractère mixte, en partie arabe, en partie araméen. Etant donnée la nature même du livre de Job, c'est-à-dire son cachet à la fois populaire et poétique, il ne semble pas qu'il faille lui demander une grande rigueur au point de vue topographique. Les divers textes que nous avons cités n'aboutissent pas à un résultat très net. Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que la patrie de Job doit être cherchée en dehors du pays d'Israël, du côté de l'orient, et que le pays d'Uts s'est trouvé en rapport avec Edom. Le passage cité du livre des Lamentations (4 21) — pas plus du reste que Gen. 36 28, — n'implique pas nécessairement qu'Uts fît partie intégrante de l'Idumée; il suffit d'y voir le nom d'une province envahie ou colonisée par les Edomites. Ce qui établit encore une relation de plus entre Job et Edom, c'est que l'un de ses amis, Eliphaz, est donné comme Thémanite ; or Théman, qui est cité à plusieurs reprises dans l'A. T. (Jér. 49 7, 20, Ez. 25 13, Am. 1 12, Abd. 9, Hab. 3 3, Baruch 3 22-23) et dont l'emplacement n'a pas encore été retrouvé, était certainement une cité édomite^. Quant aux localités dont les deux autres amis de Job étaient originaires, elles sont inconnues : Bildad est donné comme étant de Schuakh et Tsophar de Naama ^.

I 325. Le livre de Job est un poème, ou, si l'on préfère, une succession de poèmes, avec un cadre narratif en prose, formé d'un prologue (1-2) et d'un épilogue (42 7-i7). Le corps même de l'ouvrage peut se partager en trois parties, de dimensions inégales. C'est d*abord (3-31) l'entretien de Job avec ses trois amis. C'est ensuite (32-37) l'intervention d'Elihu. C'est enfin (38-42 6) le dialogue de l'Eternel avec Job. Cha-

^ Dans la généalogie d'Esaû (Gen. 86) figurent les deux noms d'Eliphaz (4, 10-12, 15) et de Théman (11, 15, 42).

' Le nom de Schuakh se rencontre, il est vrai, dans Gen. 25 2, parmi ceux des tribus kéturéennes. — Quant à Naama, il y avait (Jos. 15 41) une localité de ce nom dans le territoire de Juda. Ces indications sont insuffisantes pour fixer la provenance des deux amis de Job.

cune de ces parties se subdivise à son tour, comme nous Tindiquerons plus loin au cours même de l'analyse.

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