Prologue
Le récit s'ouvre par une description de la richesse et de la piété de Job (1 i-5), « homme intègre et droit: il craignait Dieu et se détournait du mal >. Le v. 5 rapporte qu'il avait coutume d'offrir des holocaustes pour chacun de ses enfants.
La scène est ensuite transportée en la présence de Yahvé, devant lequel comparaissent « les fils de Dieu » ; parmi eux se trouve Satan, ou, plus exactement, le Satan, c'est-à-<iire l'adversaire. Interrogé par Dieu sur le compte de Job, Satan soutient que la piété de Job est intéressée, et que, si on le prive de ses biens, il maudira Dieu en face. L'Eternel autorise Satan à frapper Job dans tout ce qui lui appartient ; sa personne seule est réservée (ô-iî).
Une série de désastres vient fondre sur Job ; ses nombreux troupeaux lui sont enlevés, ses enfants même périssent. Ces épreuves n'arrachent à Job aucun murmure, aucun cri de révolte, mais seulement cette belle parole : « L'Etemel a donné, et l'Eternel a ôté ; que le nom de l'Eternel soit béni ». Le récit ajoute : « En tout cela Job ne pécha point » (13-22).
Dans une seconde comparution des fils de Dieu devant l'Eternel, il est de nouveau question de Job, demeuré ferme et intègre dans l'épreuve. Satan persiste à mettre en doute la sincérité et le désintéressement de Job; il pense que la maladie en viendrait facilement à bout, et obtient la permission de le frapper dans sa santé, à condition seulement de respecter sa vie (2 i-6).
En effet, Job est atteint d'une maladie terrible. Il est probable que l'auteur a voulu parler de la lèpre, sous sa forme la plus redoutable, l'éléphantiasis. Il importe d'en rappeler les principaux caractères. Indépendamment des cruelles souffrances qu'elle occasionne, elle est une cause d'impureté, et c'est pour ce motif sans doute que Job va s'asseoir dans les cendres. Cet acte peut du reste aussi être considéré comme une manifestation de deuil et d'humiliation. En outre, et
c'est le trait le plus important, il s'ag^it d'un mal incurable. Le malheureux qui Tendure peut vivre longtemps, une vingtaine d'années, mais il ne peut s'attendre à une guérison. L'épreuve de Job n'est donc pas momentanée, elle revêt un caractère permanent, définitif. Sa situation paraît si désespérée que sa femme ne comprend plus qu'il persévère dans ses sentiments de piété. « Maudis Dieu, lui dit-elle, et meurs ! » Cette parole ne saurait être envisagée comme un appel au suicide, mais bien comme une invitation à attirer sur soi, par le blasphème, une mort foudroyante qui mettra fin à des souffrances intolérables et sans issue. « Mais Job lui répondit: Tu parles comme une insensée! Nous accepterions donc le bien de la part de Dieu, et le mal nous ne l'accepterions pas? » Et le narrateur ajoute : « En tout cela Job ne pécha point de ses lèvres » (2 7-io).
Ayant appris les infortunes de Job, trois de ses amis se mettent en route pour venir lui porter leurs consolations. Au premier abord ils ne le reconnaissent pas, ils pleurent, donnent tous les signes du deuil et restent à ses côtés sept jours et sept nuits; < et aucun d'eux ne lui adressa la parole, car ils virent que sa douleur était fort grande > (ii-i3).