Les versions araméennes
§ 498. S'il est naturel que la plus ancienne traduction de l'A. T. ait été faite en grec, il ne l'est pas moins qu'elle ait été bientôt suivie d'une traduction en langue araméenne.
^ Il existe à Venise un manuscrit du xive siècle, contenant une version ^çrecque de l'A. T., faite au moyen âge par un chrétien, et qui embrasse le Pentateuque, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique, Daniel, Ruth et les Lamentations. Le traducteur vise à Tëlégance du style, mais il commet des barbarismes et des solécismes. Cette traduction, qu'on appelle version vénitienne ou de Saint-Marc, ou plus habituellement Grœcas Venetas, a IHTR. A. T. n. 37
C'était en effet l'idiome régnant en Palestine, celui que parlaient couramment les Juifs d'Asie. Il fallait donc s'attendre à ce que les livres saints du judaïsme fussent rendus accessibles dans la langue vulgaire. Rien n'est malheureusement plus difficile que de fixer la date à laquelle cette entreprise a été exécutée. Ce fait pourtant n'est pas pour nous surprendre, car il est très commun dans l'histoire de la littérature juive: on a eu surabondamment l'occasion de s'en apercevoir à propos des livres bibliques aussi bien qu'à l'occasion du Talmud et de la Massore. C'est un fait constant, c'est même presque une règle, au sein du judaïsme, que les œuvres littéraires s'accomplissent d'une façon graduelle, impersonnnelle, anonyme, et qu'elles se poursuivent au travers des générations sans qu'on puisse leur assigner une date déterminée ; tout au plus peut-on indiquer une période au cours de laquelle elles se sont élaborées. Cette observation s'applique à la traduction de l'A. T. en araméen.
Celle-ci est généralement désignée sous le nom de Targoum, mot appartenant à la langue araméenne même et signifiant tout simplement « traduction »^. Telle Œie nous la connaissons, cette version ne présente point un caractère d'unité. Elle a sans doute été faite par divers auteurs suivant les besoins de la cause. Le premier Targoum écrit dont on retrouve la trace dans l'histoire, au i^' siècle de l'ère chrétienne, est celui du livre de Job. Ce fait, quand on y réfléchit, n'est pas aussi surprenant qu'il peut le sembler au premier abord. La lecture publique dans les synagogues portant sur la Loi et les Nebiim, qu'on avait ainsi l'occasion d'entendre, de traduire et de commenter oralement, le besoin d'une version écrite se faisait moins sentir pour eux. Mais les Ketoubim, dont fait partie le livre de Job, ne rentraient pas dans cette catégorie.
été publiée en 1876^ à Leipzig, par O. de Gebhardt. Elle mérite d'être si^|^lée pour ce fait extraordinaire d*une traduction en grec, directement d'après rhébreu, entreprise en plein moyen âge.
^ A la même racine sémitique se rattachent les termes empruntés à rOrient pour désigner un interprète ou traducteur : drogman, dragoman^ truchement.
On parle souvent du Targoum comme étant une paraphrase plutôt qu'une traduction. Il y a quelque chose de vrai dans cette appréciation, mais il ne faut pas exagérer. Les traducteurs araméens se proposent en somme de reproduire fidèlement le texte original ; seulement, lorsqu'ils arrivent à des passages délicats, difficiles à interpréter, ils recourent en effet volontiers à la paraphrase. En outre, leur œuvre renferme en maint passage des éléments qui allongent le texte et lui sont étrangers : ce sont des parenthèses, des annotations, des commentaires dus aux traducteurs, et cette circonstance tend à accroître l'impression qu'on a affaire à autre chose qu'à une traduction proprement dite.
Les Targoums, tels qu'ils nous sont parvenus, se ressentent d'avoir été retouchés et remaniés. En outre, il faut tenir compte du fait, déjà signalé plus d'une fois, que la science juive avait deux centres, la Palestine et la Babylonie. La même dualité que nous avons constatée dans le Talmud se manifeste aussi à propos des Targoums. Examinons successivement les trois divisions du recueil biblique.
Pour la Thora, nous avons plus d'un Targoum. Le plus ancien est babylonien et date probablement du iv« siècle apr. J.-C, mais avec des éléments plus anciens ; on le désigne volontiers sous le nom d'Onkélos, fils de Kalonymos, mais cette appellation repose sur une erreur. Il existe en outre deux (peut-être même trois) Targoums de la Thora ayant pour origine Jérusalem (par où il faut naturellement entendre Tibériade) et qui sont plus récents que celui dit d'Onkélos.
Pour les Nebiim, nous possédons seulement le Targoum de Babylone, attribué à Jonathan Ben-Uzziel, mais nous savons qu'il a existé un Targoum de Jérusalem, dont il ne subsiste que quelques minimes fragments.
Enfin quant aux Ketoubim, il n'existe aucun Targoum des livres de Daniel et d'Esdras-Néhémie, c'est-à-dire précisément de ceux qui renferment des portions araméennes. Pour Esther en revanche il en existe au moins deux différents. Tous ces Targoums des Hagiographes sont de Jérusalem.
Les Targoums babyloniens diffèrent à certains égards des Targoums palestiniens. Ceux-ci paraissent avoir été entrepris
plus anciennement, mais ils ont subi ultérieurement des retouches qui les ont complètement déformés. Les Targoums babyloniens ont, à tout prendre, une valeur supérieure et représentent en somme une époque plus ancienne. Le Talmud de Babylone mentionne les Targoums babyloniens de la Loi et des Prophètes ; c'est lui qui indique les noms d'Onkélos et de Jonathan, et il est fort possible que ces dénominations tardives soient purement artificielles^. Quant aux Targoums des Ketoubim, le Talmud de Babylone n'en parle pas.
Au point de vue chronologique, il est intéressant de noter que certains passages paraissent remonter jusqu'au temps de Jean Hyrcan, au ii* siècle av. J.-C. D'autres en revanche renferment des allusions à la ville de Constantinople et même à Mahomet. Au point de vue littéraire, les différences sont aussi notables. Les Psaumes, les Proverbes, Job, sont bien traduits ; les cinq Meguilloth sont plutôt paraphrasées. Enfin il faut noter qu'il existe un Targoum du Pentateuque des Samaritains.