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III. LES CARACTÈRES CHINOIS MODERîsES

Ces caractères ne sont que des chiffres symboliques ou abbréviations figuratives, simples ou composées, qui se réduisent à 2i4 radicaux, destinés en général à rappeler le souvenir des images ou des symboles primitifs, et qui répondent dans l'usage

\PERr,U Stn LES MOYENS GRAPHIQUES , CtC. ^3

aux mots de la langue parlée. Nous empruntons aux liecJierc/ics Bur les langues larlares, le passage suivant, où le savant pliijologue, qui a su rendre si facile l'étude d'une langue qu'on disait exiger la vie d'un homme seulement pour apprendre à la iirc, donne une idée aussi claire qu'exacte de ce système graphique, le seul employé par une si grande partie du genre humain; passage dans lequel il a démontré eu même temps l'influence que ce système a exercée sur l'invention du syllabaire japonais , et sur celle de l'alphabet coréen.

«Les caractères chinois, pris en général, sont, comme chacun sait , des images et des symboles.destinés à représenter directement les objets matériels par une imitation, plus ou moins exacte, et les autres objets par des métaphores plus ou moins ingénieuses; ils sont, par conséquent, indifférens à toute prononciation, et ne figurent aucun son. Seulement, comme il faut que les livres puissent être lus, ou attache par convention à chaque caractère une syllabe simple ou complexe, qui rappelle dans la langue parlée la même idée que le caractère dans l'écriture; mais rien dans ce dernier ne figure le son ou la syllabe, et l'on peut très bien entendre l'un sans connaître l'autre, €t vice versa. »

«Cependant, en certaines circonstances, ce sont des articulations qu'il faut représenter, et non des images. Cette nécessité a du se présenter aux Chinois d'abord, quand il leur fallut faire passer dans l'écriture les noms propres d'hommes ou de lieux; puis, quand leurs connaissances commençant à s'étendre, ils sentirent l'impossibilité de tracer des figures assez exactes, ou de composer des symboles de traits assez caractéristiques, pour désigner, de manière à les faire reconnaître, les différons ctres naturels, les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons, les arbres, etc. Plusieurs expédiens s'offraient à cet eflét, et furent employés suivant l'occurrence. On pouvait prendre un symbole dont le son était déjà convenu, et, faisant abstraction de sa signification, le restreindre à n'être plus que le signe de ce

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son. Tous les noms propres sont à la Chine des caractères de cette espèce. Le plus souvent, dans ces caractères, rein n'iu* diqne celte sorte d'altération ; quelquefois pourtant on ajoute au symbole ainsi dépouillé de son sens, l'image bouche ^ qui indique qu'il n'est plus que le signe d'un son ou d'une prononciation. »

« Le second moyen joue un si grand rôle dans l'écriture chinoise, que, dès les temps les plus anciens , on l'a compté au nombre des six règles d'après lesquelles on doit former les caractères. ïl consiste à prendre, comme dans ic cas précédent, un symbole simple ou complexe comme signe d'un sou, en y ajoutant une image qui le détermine a représenter un arbre , un oiseau, etc. Presque tous les noms des objets naturels, et un fort grand nombre d'autres, sont ainsi représentés par des caractères formés de deux parties, dont l'une fixe le genre j par une image, et l'autre X espèce, ])ar un caractère qui n'est que le signe d'un son. Que cette dernière partie même , dans beaucoup de caractères, soit habilement choisie, pour rappeler en même temps quelque trait caractcristiqite de l'objet désigné, c'est une chose qui contribue à la perfection de l'écriture chinoise, mais qui ne fait rien à Fcspèce de dégradation que nous éludions, ni à son passage graduel à l'écriture alphabétique. )>

(C Enfin, ce que des hommes instruits avaient exécuté avec art et méthode, l'ignorance l'a souvent fait sans règle ni précaution. Comme le nombre des symboles est beaucoup plus grand que celui des syllabes , chacune de ces dernières it$>\ trouvée répondre à plusieurs des premier es. Il en est arrivé que les hommes peu versés dans la connaissance des caractères^ ont pris les uns pour les autres ceux qui avaient la même prononciation ; et l'usage même a consacré cliez les gens de lettres plusieurs exemples de cette impropriété , non d'expression, mais d'orthographe. Actuellement même, les marchands j les artisans , et autres hommes illettrés , s'cmbarrassant peu des symboles, se contentent de savoir un seul caractère pour chaque

Aperçu sur lès moye>îs graphiques , etc. ^5

prououcialion , et ce caractère leur sert pour toutes ]es acceptions de la même syllaLe, qui, chez les gens instruits, s'écrivent avec autant de caractères différens. Dans tous ces cas ^ la nature de récriture symbolique a totalement disparu , et ses signes, quelle que soit leur composition , peuvent être considérés comme de véritables éiémens syllabaires. ))

a Le premier pas lait par les GLinois eux-mêmes vers la découverte de Talpliabet, ua pas manqué d'être imité par les nations voisines, qui, eu adoptant les caractères chinois, se sont trouvées dans l'impossibilité de rendre certains termes de leurs langues. Ce que les premiers avaient tenté occasionellement et sans avoir de système arrêté, les autres ont pu l'exécuter d'une manière plus méthodique et régulière; c'est-à-dire qu'au lieu de prendre pour un son, indifFércrament et au hasard, tantôt un caractère et tantôt un autre parmi ceux qui étaient Jiorjwp/iones , on détermina l'uu d'entre eux pour représenter chaque syllabe, avec cette attention, de choisir de préférence les plus simples, ou d'abréger ceux qui étaient compliqués. Il résulta de cette opération une série de caractères en nombre égal à celui des syllabes de la langue , el servant A les représenter indépendamment de toute idée d'image ou de symbole^ Les faits viennent à l'appui de ces probabilités ; car c'est ainsi que les Japonais ont fabriqué, avec des débris de caractères chinois, deux différentes séries de signes syllabiques, dont on se sert dans les usages ordinaires, et pour l'impression de certains ouvrages destinés aux enfans et aux personnes instruites. Il est assez vraisemblable qu'on a formé de la mêjue manière l'écriture usitée ches les Tonquinois, et qui est diflercntc des caractères chinois , au dire de Marini el du P. Alexandre de Bhodes. :»

Dans cet état, les éiémens de l'écriture étaient encore imparfaits et sans analogie; on ne pouvait dans le signe pa distinguer l'arliculation du p du son a; il n'y avait rien de commun pour l'écriture entre les signes ma et mo , non plus qu'entre

^6 INTRODIICTIÔX, CHAPITRE II.

les signes mo et Jco ; en un mot, l'alphabet n'existait pas encore, et les lettres n'étaient point inventées. Il ne fallait pourtant encore qu'imiter les Chinois, qui savent fort bien, quand il s'agit de sons, prendre par abstraction ko , kia ou kieou pour k ^ ma j mo ou j?iao pour m; ou bien 7no j ko, lo ou opour oy tchcijfa, naon "a pour a; etc., en avertissant de cet usage passager qu'ils font de leurs symboles , au moyen du mot thsieï qui signifie aimlyse. Il ne fallait que convenir , comme l'ont fait les Indiens, q\\iq pa , ma, na^fa seraient constamment pris pour p, m^ n,f, et ha, he , hi, ho, hou , ou les mêmes finales avec toute autre consonne, pour <z, e, i, OjOu ; de sorte que, pour écrire mou, on prendrait le signe ma avec le signe hou, etc.; parla on obtenait de véritables lettres, et l'invention de l'alphabet était consommée. Cette conception, à laquelle les Japonais n^ont pas encore su s'élever, malgré l'incommodité de l'écriture syllabique, se retrouve à présent chez les Coréens , peuple moins avancé qu'eux dans la civilisation et les arts qui en dépendent. L'écriture de ces derniers, quoique réellement formée de caractères chinois entiers ou tronqués, offre un alphabet proprement dit, composé d'élémens distincts pour les voyelles et les consonnes. ))

lY. l'Écriture mixte.

Dans cette classe, les signes figuratifs sont joints a des .«ignés de sons, destinés, soit à marquer l'espèce dans le genre , soit à rappeler le nom correspondant de la langue parlée. A cette classe de signes appartiennent les hing-cliing des Chinois, caractères moitié représentatifs et moitié syllabiques. L'une de leurs parties, qui est l'image, détermine le sens et fixe le genre; l'autre, qui est un groupe de traits devenu insuffisant , indique le son et caractérise l'espèce. Voyez la grammaire chinoise de M. Abcl Remusat, page 3. Cette classe est très importante, puisqu'elle comprend plus de la moitié de la langue écrite des Chinois.

APERfU SUR LES MOYENS GRAPHIQUES , CtC. 77

y. LÉCRlTUriE SYLLABIQUE.

Dans celte classe, chaque syllabe a un signe particulier, indivisible, non dcconiposablc en lettres. Les seuls syllabaires vraiment dignes de ce nom sont, suivant M. Abcl Remusal , ceux qui sont en usage parmi les Japonais, sous les noms de lata-hanna et dejlro-kanjia (117}. On pourrait en rapprocher les caractères phonétiques des anciens Egyptiens, d'après les résultats iraportans des savantes recherches de M. Champollion jeune.

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