‹ Introduction à l'atlas ethnographique du globeChapitre 14 sur 84 · VI. I.ES ALPHABETS PROPREMENT DITS · texte numérisé non relu

VI. I.ES ALPHABETS PROPREMENT DITS

Cette classe ne comprend que les véritables alphabets. Composés de lettres détachées, ils offrent le plus haut degré de perfectionnement dans l'analyse des sons. Quelques-uns, tel que le coréen ( 1 16 j , semblent indiquer encore le passage des hiéroglyphes à l'écriture proprement dite. A celte classe doivent se rapporter aussi les prétendus syllabaires des Indiens, des Tartares et des Abyssins ou £thyopicns( 10; 12), qui ne méritent pas le nom de caractères syliabiqucs, puisque leurs signes se réduisent facilement en élcmens alphabétiques.

L'importance de cette classe de signes graphiques, la variété de leurs formes difîér en les chez plusieurs peuples, leur nombre même, qui est très grand, et la différence de l'ordre d'après lequel sont arrangées les lettres dont ils se composent, exigent que l'on entre en quelques détails à leur égard, aiin de rendre plus clair ce que nous avons dit dans les diffcrens articles de l'Atlas en parlant des alphabets en usage chez toutes les nations anciennes et modernes. Nous empruntons, .pour ce qui regarde les alphabets européens et l'arabe, les excellentes observations faites par feu M. Yolney, et nous avons soumis au jugement de MM. ChampoUion Figeac, Abel Rerausat, et Saint-Martin , ce que nous avons tiré d'autres sources relativement aux autres alphabets.

yS INTRODUCTION, CHAPITRE II.

(C L'alpliaLet en général, dit M. Volney, est une liste méthodique de lettres, que roii est convenu d'employer pour figurer les sons oa prononciatious élémentaires d'une langue quelconque. Comme chez les anciens Grecs, de qui viennent nos beaux-arts, cette liste commençait par A, B; et comme ces deux lettres, en leur origine asiatique, étaient appelées alplta^ héta, l'usage s'introduisit de citer ces deux premiers mots pour indiquer toute leur suite, el Von a fini par dire: <( L'enfant étudie Xalpha-hèta , y) de la même manière que le peuple dit chez nous , ce L'enfant étudie Xabècé. y)

(C Les lettres sont des traits de forme déterminée, établis par convention pour rappeler aux yeux les sons fugitifs de la parole. )) ,, j, é«.^'V

ce Ces sons n'étant eux-mêmes que d'autres signes établis par convention pour rappeler à l'entendement les sensations et les idées qui l'ont affecté, il s'ensuit que, par un artifice ingénieux , les lettres sont devenues les signes des idées , les instrumens de la pensée. »

ce Tous les élémens delà parole paraissent se réduire à deux branches distinctes: l'une, le son indivisible de la voix, ce que l'on appelle voyelle ; l'autre, le contact également indivisible de quelques parties solides de la bouche, ce que l'on appelle consonne,

ce Lorsque ces deux élémens sont unis l'un à l'autre, ils forment ce que l'on appelle une syllabe , mot qui, dans son origine grecque , signifie union de deux choses dont tune enveloppe l'autre j de manière que les deux ensemble forment une chose complète. »

ce La syllabe a plusieurs manières d'être ou de se présenter: si elle se compose d'une consonne suivie d'une voyelle, c'est une syllabe directe, par exemple : hè ^ pOj da.

ce Si la voyelle vient la première, suivie d'une consonne , p'est la syllabe inverse, par exemple : ab , id , od, »

ce Enfin , la syllabe peut se composer d'une voyelle entre

APERÇU SUR LES MOYENS GRAPHIQUES, etC. 79

deux consonnes , par exemple : rat y hac j moi : cet état se désigne assez bien par l'épitlitte de syllabe close o\x fermée ; de syWnhe pare/ti /lèse j vu la ressemblance de cette figure (=), où les deux crochets représentent les deux consonnes. Les Orientaux, chez qui ce genre de syllabe donne lieu à d'importa)ites règle; de grammaire, s'en sont beaucoup occupés. »

« Dans le sens strict du mot syllabe, la consonne seule n'en peut former une, puisque sans voyelle c'est un être muet; mais les grammairiens ont dit, et semblent avoir droit de dire que la voyelle seule peut former syllabe, parce que, quoique seule, elle forme une portée de voix complète, une prononciation entière , telle qu'est là syllabe. »

(C Maintenant, quant aux lettres , alors ([uc les voyelles et les consonnes sont des êtres simples non divisibles à l'ouïe, il s'ensuit que leurs signes représentaiifs, dans un système alpha^ bétique bien organisé , doivent participer à leur nature : par conséquent, il doit être de principe général et constant que chaque voyelle, chaque consonne, ait pour signe représentatif une seule et même lettre appropriée , invariable , et qu'une lettre ainsi appropriée ne puisse jamais servir à figurer un autre modèle. ))

(( Il s'ensuit encore qu'une seule voyelle , une seule cou^ sonne, ne puisse jamais être figurée par deux ou par trois lettres ; comme par inverse une lettre seule ne doit jamais représenter deux voyelles, ni deux consonnes, ni même une syUabe, puisque la syllabe est composée de deux élémens. »

« En un mot, la perfection de l'alphabet consistera à ne donner à tous et chacun des élémens prononcés, qu'autant do signes qu'il y aura de modèles ; et l'écriture sera un tableau représentatif si exact, si scrupuleux de la prononciation, que tous les détails de celle-ci se trouveront retracés strictement et complètement dans celui-là. »

« Après l'exposition de ces principes, que nous croyons d'une évidence et d'une simplicité incontestables, ce serait un travail

8o ïntrodijction, chapitre îr.

curieux et instructif que de passer en revue les divers aîpîia- Lets de l'Europe pour leur en faire l'application , et montrer jusqu'à quel point ils s'en écartent ou s'y conforment ; le lecteur n'y verrait pas sans surprise que des peuples , fiers de leurs progrès dans les sciences et les arts, soient restés si fort en arrière dans la science la plus élémentaire de toutes, dans celle même qui sert de base à l'édifice si vaste, si compliqué de la civilisation. )>

ce On peut dire que depuis l'adoption et en même temps la modification de l'alphabet phénicien par les Grecs , aucune amélioration, aucun progrès n'a été fait dans la chose. Les Romains, vainqueurs des Grecs, ne furent, à cet égard, comme à bien d'autres , que leurs imitateurs. Les Européens modernes (i), vainqueurs des Romains, arrivés bruts sur la scène, trouvant l'alphabet tout organisé, l'ont endossé comme une dépouille de vaincu, sans examiner s'il allait à leur taille : aussi les méthodes alphabétiques de notre Europe sont-elles de vraies caricatures ; une foule d'irrégularités , d'incohérences , d'équivoques, de doubles emplois, se montrent dans l'alphabet même italien (2) ou espagnol, dans l'allemand, le polonais, le

(1) Ce passage de M. Volney est inexact , puisque les alphabets celtibt'ricns, méso-gothique, le luuique et quelques autres n'ont pas été sùienieiit faits par les barbares à l'imitation de l'alpliabet romain. Nous remorquerons aussi qu'il faut faire une exception pour plusieurs peuples slaves , entre autres pour les Serviens et les Russes , dont les alphabets , quoique formés sur celni des Grecs , sont exempts de ces inconvénicns , leurs inventeurs ayant eu le bon esprit d'ajouter des lettres nouvelles poiu- exprimer les sons nouveaux propres aux langues que parlaient ces peuples, comme on peut le voir par le peu que nous en avons dit dans l'Atlas 191*. ISÎéanraoins, il faut convenir a\ec M. Volney que les deux peuples de l'Europe qui ont le plus et le mieux cultivé l'art du langage, les Français et les Anglais, sont justement ceux qui ont le système le plus absurde de le peindre. {Note de V auteur de l'Atlas. )

(2) L'alphabet italien , qui passe justement pour être un des plus réguliers , n'est pas exempt d'une foule d'irrégularités qui rendent la Icc-

\1>ERÇU SUR LES MOYENS GRAPHIQUES, CtC. 8l

hollandais. Quant au français et à l'anglais, c'est le comble du désordre. »

M. Volney explique de la sorte la source de ce désordre. « On sait que les alphabets de l'Europe moderne ne sont que l'alphabet lalin adapté aux idiomes nouveaux qui, après le démembrement de l'empire romain, se formèrent du mélange de la langue du peuple vaincu, avec les dialectes que parlaient

tare de cette langue très diflicile aux «étrangers. Sans tenir compte des prononciations vulgaires propres aux difFérens pays de l'Italie , qui otTrent elles seules, à une oreille délicate, trois ou quatre nuances différentes pour chaque voyelle outre plusieurs consonnes particulières qui ne sont pas admises d'ans la langue écrite , nous observerons que cette dernière ne compte et ne distingue ortliograpliiquement que cinq voyelles tandis qu'elle en a au moins sept , donnant un son entièrement différent à Vè et à Va graves, à l'é et à Vô aigus, comme On le voit dans les mots : legge ( prononcez lédgdge ) loi , et îegge ( lèdgdge ) il lit } pesca ( pèsca ) pèche , fruit , et pesca ( pésca ) péclic j pesco ( pèsco ) pécher , arbre fruitier et pesco ( pésco ) je pèche j messe ( messe ) moisson et messe ( messe ) messes ; rosa ( rôsa ) rongée et rosa ( rosa ) rose , fleur ; torre ( tôrre ) tour et torre ( torie ) ôter. On pourrait aussi y distinguer 1'/ pur tel qu'on le prononce dans le mot cigno cygne, de 1'/ glissant dU mol ciélo ciel; Vu fort dans le mot tu, et Vu faible dans les mots guadagno, gain; fuocoy feu, etc., etc. Eu outre, il faut distinguer au moins deux sortes de s : le fort , comme dans le mot jpozzo ( potso ) puits, et le moins fort, comme dans le mot rczzo ( rodzo ) grossier. Les consonnes g" et c , prennent des sons diflércus , selon les différenles voyelles qu'elles précèdent, ainsi qu'on peut le voir par les mots suivans : gusto ( gousto ) goiît, et giusto ( dgiousto ) juste; cura (coma) soin, et ciurma (tchiourma) cliiourme , culto ( colto ) cueilli, et sciolto ( chiollo ) délié. Nous engageons ceux de nos lecteurs qui voudraient connaître toutes les irrégularités de l'alphabet italien , à consulter l'excellente grammaire italienne de M. Biagioli , ouvrage qu'il faut bien se garder de confondre avec les recueils indigestes qui, sous difFérens titres, se reproduisent tous les ans et fourmillent de fautes et des 'méprises les plus grossières.

( Note de l'auteur de l'Atlas. )

IIMTRODUCTION , CHAPITRE II.

les sauvages vainqueurs venus du nord. Il fallut du temps pour former ces jargons : lorsqu'enfin ils curent pris quelque consistance par plus de fixité dans les gouvernemens, les gens d'église et d'administration ne tardèrent pas de vouloir écrire ce qui était parlé. Ces écrivains se trouvèrent embarrassés par des prononciations que le grec et le latin nomment barbares , c'est-à-dire hors de leurs habitudes. Ils remarquèrent des voyelles et des consonnes nouvelles, inconnues à la langue savante; on sentit la nécessité de les peindre par des signes particuliers; mais parce que, dans Fétat d'ignorance générale qu'avaient amenée des guerres continues, personne ne possédait les jîrincipes d'une science aussi subtile, aussi délicate que celle de la grammaire en ses élémens , les écrivains de chaque nation, la plupart moines, firent, sans beaucoup de discernement, des comparaisons de sons, des combinaisons de lettres, qui, aujourd'hui, soumises à un examen judicieux , ne présentent qu'incohérence et désordre. En outre, comme les peuples furent isolés par un état permanent d'hostilité, la formation de leur alphabet se fit d'après des idées diverses : une même prononciation fut peinte par des lettres différentes, et une même lettre servit à peindre des sons différens. (i )

(i) Dansl'alphabet anglais , qui est le plus irrégulicr detous , le même caractère est employé pour exprimer des prononciations différentes, par exemple : la voyelle o dans les mots hony, hody et bosom ; des voyelles différentes sont employées pour exprimer le même son , par exemple : eeen heen, ie en mien, e/ en recezVe; des caractères simples ou une seule voyelle pour exprimer des diphthongues, par exemple : \i long en mine et Vu long dans niute ; enfin des lettres doubles sont employées pour exprimer des sons de voyelles simples, comme ooeu boot, qui est Vu des Italiens, et ee en see j qui est Vi italien. On pourrait presque en dire autant de l'orthogTaphe suivie par les Français , qui , selon M. Volney , n'ont pas moins de trente- cinq à trente-sept manières d'écrire la seule nasale an ( blanc , quand, quant , ans , ants , ands , am, en, ens , etc.) et dont les voyelles composées offrent tant de combinaisons aussi capricieuses que différentes.

( NotQ de V auteur de V Atlas. )

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« Dans l'arabe et ses analogues, dans le persan, le turk et autres idiomes qui emploient un alpliaLet imité de l'arahc , non-seulement l'on n'écrit pas ccmmel'on parle, mais l'on n'écrit réellement que la moitié des mots; dans la plupart, il n'y a de tracé que les consonnes, qui en sont la bas3 principale , et les quatre voyelles longues peintes dans l'alphabet : les trois voyelles brèves, qui jouent le plus grand rôle dans la prononciation , et qui en sont la partie intégrante, sont supprimées et sous-entendues; il faut les suppléer d'imagination et en impromptu : quelquefois l'une des consonnes veut en être privée, l'autre non ; quelquefois il faut redoubler l'une des consonnes, changer la valeur naturelle de l'une des grandes voyelles, et si l'on manque une seule de ces conditions, si l'on introduit une voyelle brève pour nne autre, tout est confondu : je cite un exemple. Les trois consonnes h t h forment un mot arabe. Pour être prononcé , il a besoin de voyelles ; et scion celles qu'on lui donne, il change de signification. Si Ton prononce h^ f h, c'est il a écrit; /:" t^ h, il a été écrit; X-° f h , des livres; X-' it Z>^ il a fait écrire; et même If' th, l'action d'écrire, tous sens très divers et néanmoins enveloppés sous une même forme ht h ; car les voyelles bièves ne s'écrivent pas dans l'usage ordinaire. Ce n'est que dans des cas très particuliers, pour des livres sacrés : et alors la manière dont je \qs ai ajoutées représente assez bien l'état de l'arabe; car lorsqu'on les écrit, par exemple, dans le Qôran y on les rapporte ainsi en seconde ligne , et elles y figurent comme une broderie sur le canevas. »

<c Ce n'est pas tout : l'alphabet arabe, quoi qu'en aient Hit les grammairiens d'Europe, porte des voyelles, et ces voyelles^ longues par leur nature, ont une valeur propre, déterminée; néanmoins il arrive sans cesse que ces valeurs sont changées par l'influence toujours secrète àcs voyelles brèves supprimées;^ et que, par exemple, ï devient «; que a devient J ou o j etc. Ainsi, l'on écrit rnii , il a jeté, et l'on dit r^ina : l'on écrit

ali, sur, dessus; et l'on lit ala^ même alai; alaikom, sur voua.. L'on écrit anbia, les prophètes, et l'on prononce oubia ^ amam, les nations, et l'on lit oma/zi y sans compter que le Lon goût est de n'avoir ni virgules, ni point-virgules, ni alinéa, etc., de manière que la lecture est une divination perpétuelle, au point qu'il n'est aucun crudit arabe, persan ou turk, capable de lire couramment un livre, s'il n'en fait une préparation préalable. »

Quoique, rigoureusement parlant, on puisse dire (:ju'il;n*y a aucun alphabet qui soit complètement régulier , c'est-à-dire qui exprime tous les sons simples de la langue à laquelle il appartient , par des signes également simples et destinés sans exception à ne représenter qu'un seul et même son, on peut dire cependant que quelques-uns de ceux qui sont en usage dans l'Inde, rindo-Chinc , et l'Océanie Occid(;ntale, offrent le moins d'inconvéniens, et peuvent passer pour réguliers, qualité qu'on pourrait attribuer, jusqu'à un certain point, à ral})habet russe moderne. Peuc-étre aussi cet avantage que nous leur attribuons n'est-il qu'apparent, et tient-il à ce que les irrégularités qu'ils présenteraient à des hommes plus familiarisés avec les sons de ces langues, disparaissent pour nous, qui les connaissons encore si imparfaitement.

Chez la plupart des nations , les lettres de l'alphabet ont plusieurs formes, et sont sujettes à varier suivant la main de ceux qui les emploient, la nature des instrumens qui servent à les tracer, et des matières qui les reçoivent. De là les lettres onciales, destinées aux inscriptions sur les corps durs, le marbre, le bronze, etc; cursires, employées dans les manuscrits; carrées ou à! impression j chez les peuples qui ont l'iisage delà typographie, tels que les Chinois, les Japonais, tous les Européens et leurs colonies ; les variétés calligiaphiques , qui naissent du goût et du caprice , comme le neskhi, le t^alik chez les Arabes, l'italique, la ronde, la bâtarde, la coulée, etc., chez les Européens. Ces différences ont souvent lieu chez ua même peuple d'une province à l'autre.

APEnr.U SUR LES MOYENS GRAPHIQUES, CtC. $J

Les alphabets les plus anciens sont : Vèg\'plien ( 207 '^ ; le 'Cunéiforme ou l'écrilure de Babylone et de Persépolis ( 1 );

(1) On donne le nom d'cciilmc cuncifoimc à une sorte de caraclèic autrefois en usage, à ce qu'il p.iraît, dans tonte l'Asie. Il doit ce nom à la forme dos dléraens qui le composent, qui ressemble assez à un coin -ou à un clou, ce qui lui a fait domncr encore le nom de'cludiformc ou caractère à tcte de clou. On l'appelle «ncoie persépolitain , parce qu'il est employé dans les inscriptions qui se trouvent sur les ruines de Persépolis ; mais cette dénomination est tout-à-fait impropre , puisque des caractèi'es du même genre se trouvent dans beaucoup d'autres parties de l'Asie. Outre les monumcns de Persépolis , on a trouvé , ou en sait qu'il existe des inscriptions du même genre , à Suze , à liamadan , l'ancienne Ecbatane , à Ninivc , auprès de Derbend , sur les bords de la x'ivière Nahar-Alkelb , auprès de Beryte , en Phénicie et en Egypte , à Abou-Kescheïd , non loin de Suez. Toutes les briques et la plupart des petits monumcns portatifs qu'on tire des ruines de Baby Ion e , offrent des inscriptions du même genre ; on en trouve encore sui' des cylindres et des picn-es gravées qu'on apporte de la Perse. Il est probable qu'il existe dans la Perse orientale et sur les frontières de l'Inde des inscriptions de la même espèce , mais on n'a siu- ce point que des notions très vagues. Les seuls des monumcns écrits avec d«s caractères cunéiformes dont on ait jusqu'à présent tenté avec quelque succès l'intei'prétation , sont ceux de Persépolis. On est parvenu à y reconnaître trois systèmes d'écritures cunéiformes, destinés à retracer les mots de trois langues différentes. Le ■premier et le pins simple do ces systèmes est celui qui sert à exprimer l'ancienne langue des Pei'ses , qui n'est qu'un dialecte très rapproché de la langue zende. Le deuxième, plus compliqué, et toujours placé en seconde ligne dans les inscriptions do la Perse , parait avoir été en usage chez les Mèdes ; comme on est en droit de le conclure des expressions arméniennes qui se trouvent dans ces inscriptions destinées à traduire les inscriptions persannes de Persépolis. Pour le troisième système plus compliqué encore, il doit avoir été oMiplojé par les Assyriens, ce qui est assez prou^ é par les mots syriens et pehlvis qui se trouvent en grand nombre dans les inscriptions de Persépolis de ce genre.

Il est à remarquer que ces trois sortes d'écritures se voient constamment sur tous les monumcns de la Perse. Elles font voir qu'avant la conquête de l'Asie ,par Alexandre , les trois langues pcrsanneou zende, médique et assyrienne étaient concurremment en usage dans le vaste

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î le depanagarl ( 4o) et les alpiiaLcts qui en sont dérives, tek que ceux qui portent dans l'Inde les noms des langues qu'on

^ parle dans ses différentes provinces , comme le bengali , le telougou oiitelinga,lc tamoule, le maharatte, etc., etc., les divers alphabets du Tibet, le cingalais et le pâli de l'île de Ceylan , le rakliaïn, le barman, le siamois dans l'Inde-Ultérieure, les divers alphabets de Sumatra , Java et autres îles dans l'Océanic Occidentale (i); les alpliahets de la Syrie et de la Phéni-

empire des Perses. Les briques de Babylone et les raonumens qui viennent de cette Tille , présentent un quatrième système d'ecritui'e cunéiforme , mais bien plus compliqué qu'aucun des autres , et sur lequel on n'a pas encore la moindre notion. Rion n'empcche de croire qu'il n'ait existé encore d'autres systèmes de cette écriture destinés à rendre d'autres langues de l'Asie. Il est probable que si on parvenait à se procurer des copies des inscriptions antiques qui doivent sûrement exister en Arménie, dans l'Asie Mineure , dans la Syrie, dans la Susiane et dans la Perse orientale , on ne puisse faire beaucoup de découvertes intéressantes eu ce genre. Pour avoir de plus amples détails sur l'écriture cunéiforme de Persépolis, on peut consulter l'extrait d'un Mémoire que j'ai inséré dans le tome II du Journal Asiatique ( février , 1825),

{Note de M. Saint-Martin.)

(i) La dérivation de ces différens alphabets avait été l'objet d'une remarque de M. Abel Remusat, dans ^gs Recherches sur les langues tartares , et vient d'être constatée de nouveau par le savant ouvrage spécial de MM. Burnouf fils et Lasscn , sur le pâli ou bali. Voici de quelle manière s'exprimait, en 1820, ce savant philologue. Nous croyons d'autant plus nécessaire de copier ce passage, parce qu'il olîic en quelques lignes la classlfîcatlcu de cette brandie importante d'alphabets.

((. Mais du côté du sud et du sud-est on observe une telle analogie entre les signes alphabétiquies qui y sont eu usage et ceux qui forment les différentes écritures du Tibet, qu'on pourrait croire que l'alphabet tibétain , plutôt encore que le dcvauagari qui lui a servi de base, a été porté successivement le long des rivières d'Ava et de Camboge , dans toutes les contrées qui forment l'In de-Ultérieur c , et jusque dans les îles

APERÇU SUR LES MOYENS GRAFHIQUES , CtC. Bj

cle ['*), d'où SQiil: dérives le clialdécu ou hébreu carré, le samaritain (i), le zcnd, le pcblvi, le syriaque, le sabécn (4),

du midi. Celte marche semble indiquée par la resserablauce extrême des alphabets usités dans les pays plus voisins du Tibet, comme Ava et le royaume des Barmans, et par les altérations successivement croissantes dans les écritures de Siam , de Sumatra et de Java. Je m'écarterais trop de mon sujet, si j'entreprenais de faire une comparaison détaillée de tous ces alphabets ; il me sufllra d'indiquer l'ordre qu'on établirait si l'on voulait les ai'rangcr selon le rapport plus ou moins grand qu'ils ont avec le tibétain. Les alphabets : barman , le rahhdin , et le hali d' Aii^a, sont ceux quiofïVent la plus grande conformité, surtout ce dernier, que la forme carrée de ses él émeus raproche de l'écriture char ou cher attribuée à Pa-sse-pa. On peut met?re à-peu-près sur la même ligne celui de Mian-tian , ainsi que ceux de Fe-i et de Pa-pe-thsi-fou , pays limitrophes d'Awa , sur les frontières de la Chine. Les alphabets siamois , même celui qui paraît le plus ancien, et qu'on nomme balij semblent au premier coup-d'œil très différens ; mais on s'apperçoit bientôt que la forme des lettres n'y est que déguisée par des orneniens entortillés, que les Chinois comparent aux circonvolutions d'un ver. Les trois alpliabcts Rejang, Batta^ et Lampong , usités à Sumatra , sont beaucoup plus altérés ; mais ou ne laisse pas d'apercevoir, dans plusieurs lettres des traces de leur origine. En général, les lettres : k , n, t, p ,h , m , y , r , l ^ v j sont celles qui, dans le plus grand nombre de ces alphabets orientaux , conservent les traits les plus marqués de ressemblance avec les signes covrespondans de l'alphabet tibétain. Le caractère jauan moderne et plus particulièrement le kcwi ou écriture poétique présentent au milieu des variétés que la forme des lettres y éprouve , des traits de ressemblance frappaus avec le tibétain. Ou pourrait prendre dans les neuf alphabets javaus, présentés comme anciens, de quoi composer un .lîpLabet qui ne diflércrait en rien d'essentiel dudvoumin, ou tibétain cursif. 'L'aksara-jasfa, ou alphabet javan moderne j V aksara-posanga , ou l'alphabet pour les syllables composées j les deux, aksara-bouddha ^ ou alpliabets antiques, vraisemblablement apportés avec le boudJiubîuo , offrent encore des traits de ressemblance plus saillans et plus multipliés. :»

( Note de L'auteur de V Atlas. )

(*) Les auteurs anciens, désignent par le nom de lettres syiicuncs.

le nestoricn (4), l'ouigour , TaraLe et ses difféi'entes Lranchcs. Les plus anciens alpliaLets de VEurope sontrlegrcc, l'étrusque, ritalitpie ancien , les alphabets celtiLéiiens (i) ou de la péninsule

toutes les tcritwes de forme cvirsive qui finirent par remplacei' partout les lettres cuntiformes , qui devaient être dans l'usage habituel d'un très dirticile emploi. Ces lettres cursives , d'après un passage très important de lettres attribuées à Themistoele (epr5«. 21), ne furent introduites dans la Perse que sous le règne de Darius, fils d'Hystaspcs, par conséquent environ cinq siècles avant notre ère; ce sont elles qui ont donné naissance aux difFérens alpliabets zend, pehlvi , sassanide, j^almyrien, sabéen et autres qui se voient sur les inscriptions antiques, sur les médailles et dans plusieurs manuscrits. Ces caractères ne diffèrent guère plus entre eux que les lettres latines ou européennes ne diffèrent sous la main des différentes personnes qui s'en servent. Le tout est subordonné à la différence des temps, des lieux, des individus, des langues qu'on veut exprimer, des matières sur lesquelles on écrit, des systèmes calligra|>Iîiques, des instrumens qu'on emploie, etc.

( Note de M. Saint-Martin. )

(1) Les monumens antiques de l'Espagne piiéisentcnt des inscriptions qui appartiennent à deux systèmes d'écriture bien distincts. Tous les monumens du midi offrent des lettres qui ressemblent évidemment aux lettres qui se retrouvent sur les monumens phéniciens de la Sicile ou de l'Afrique. On ne peut guère douter qu'elles n'appartiennent aux alphabets que les Carthaginois ou les Phéniciens introduisirent dans la Bétique et dans d'autres régions de la partie méridionale de l'Espagne.

Pour les monumens qui se rencontrent dans les parties septentrionales et orientales de l'Espagne, dans l'Ara gon , dans la Catalogne, à Saguntc , etc., il n'est pas difficile de reconnaîtie , au premier abord , un air de parenté cnti-c les lettres qui se trouvent sur ces monumens, et les diftérens alphabets grecs antiques. On ne tarde pas a se convaincre que ce sont des alphabets qui, apportés dans ces régions à des époques très anciennes, ont conservé Icms formes antiques et sont restés toutà-fait étrangers aux changemens qui s'opéraient dans les pays d'où ils tiraient leur origine, ou qui , s'ils éprouvaient des changemens, se modifiaient d'ime manière indépendante et par des principes tout-à-fait difFérens,

( Note de M, Saint-Martin. )

APERÇU StJR LES MOYENS GRAPHIQUES , CtC. fi^

îs[)aiii([ac, le ninirjiic (i) ou Scandinave et le gotliiqnc (2). Les Chinois^ les Japonais, et vraisemLlablement les Co-

(1) L'écriture luniquc, dit le savant M» Dcpping dans une note qu'il a eu la bonté de nous donner, l'écriture ruulquc qui a été usitée dans le nord , c'est-à-dire , en Danemarck , en Snrdc , en Norwège et dans une partie de l'Allemagne, consistait en caractères longs ou anguleux et en barres \ erticales ou horizontales, tels qu'en doit produire un instrument grossier creusant une surface dure. On n'est pas d'accord sur l'origine de cette écriture singulière. Quelques savans pensent qu'elle est en usage dans le nord depuis les âges anti-liistoriqucs. Il y en a qui croient que ce sont les Phéniciens qui l'ont porté dans le nord pendant leurs expéditions commerciales. Il existe en effet quelque r(?sscniblance entre les runes et les caractèi'es phéniciens. D'autres savans ont comparé les runes aux lettres grecques et latines, et ici encore on remarque quelque analogie; mais la ressemblance la plus frappante est celle qui existe entre les runes et les caractères celtibériens et étrusques. Daiis l'écriture celtibériennc , ce sont des barres droites ou croisées ou pesées en angles, à-peu-près comme dans l'écriture runique. Cette analogie peut n'être aussi que purement fortuite. Il y a en cfTet des savans qui ne croient pas du tout à la haute antiquité des runes, et quiscutieunent qu'elles ont été introduites avec le christianisme dans le nord ; et comme on ne connaît pas d'autre écriture ancienne dans la Scandinavie , il s'ensuivrait que les peuples de ces contrées n'ont pas su écrire du temps du paganisme. Il est à remarquer que l'alphabet runique n'a (jue 16 lettres : s'il était imite des alphabets des peuples civilisés, il aurait probablenieut cniprimlé toutes les ai lettres , au lieu de se con^ tenter des deux tiers. La pauvreté de l'alphabet ferait donc penser qu'il a été inventé dans le nord même, et qu'aucune comparaison avec des alphabets plus riches n'a mis les peuples du nord à même de perfectionner le leur.

(2) Les anciens caractères latins, dit l'abbé de Petity, ainsi que ceux des Grecs, furent d'abord très simples et dénués de tous ces orncmens étrangers , dont ils furent dans la suite comme surchargés ; tant que le bon goût régna , on ne s'écaita point de cette noble simplicité. La décadence des arts et des sciences introduisit un mélange bizarre de lettres capitales et ouciales, de minuscules et de cursives, les unes renversées, d'autres tournées à contre-sens : il paraît même qu'à cet égard, on se fît ime loi de n'avoir aucune règle fixe. Chacun en tra-

réens , disposent leurs caractères 'perpendiculairement de ïiaut en bas j en colonnes cj^iii vont de droite à gaucJiei les Mandcîioux et le.v Mongols les disposent également en colonnes, mais de gauche à droite. Cette même disposition verticale est attribuée, par quelques auteurs, à l'ancienne écriture syrienne; c'est aussi celle qui était autrefois en usage parmi les Ouigours , dont les colonnes allaient de gauclie à droite.

Les Egyptiens modernes ou Coptes (208) autrefois, et les Abyssins on Ethyopiens (11 ; 12), les Hindous, les Siamois, les Tibétains, les Géorgiens, les Arméniens, et tous les Européens aujourd'hui, disposent leurs caractères en lignes horizontales de gauche à droite^

Les anciens Egyptiens , dans l'écriture hiératique (207) , les

cant les caractères latins en varia la forme suivant son goût particulier , et se permit toute licence. L'écriture latine ainsi dégtne'rée , chargée de traits et d'ornemens aussi absurdes que superflus, donna naissance à l'écriture gothique , ainsi appelée parce qu'on en attribua l'introduction aux Gotlis qui venaient de renverser l'empire Romain. Ces altérations furent toujours en augmentant jusqu'au 12, i5, et i4'-' siècles. Les caractères gptjiiiques , après avoir emprunté toutes les formes ridicules et irrégulièr-es,qi}ele caprice put suggérer, furent enfin assujétis par Tart, à des trajts fixes et réguliers , et ce fut alors à qui donnerait plus de grâce et.fej,"ait plus de chefs-d'œuvre dans ces caractères qui jie sont ccrtainementpas dénués de beauté, quoiqu'ils soient beaucoup plus compliqués au^ .les anciens caractères latins dont ils dérivent.

L'écriture goibiqup fit de très grands progrès depuis le commencement du i'5''- siècle, et devint d'un usage universel dans toute l'Europe, où l'écriture latine avait coins. Ses progrès s'augmentèrent encore durant le siècle suivant;; mais elle marchait vers son déclin dans les i5^' et 16" siècles psndantrque les anciens caractères romains reprenaient faveur et rentraient dans leurs premiers droits. En Italie , on aperçut ce cliangementsur les sceaux des papes avant l'an i43o ; en France, on ne peut dater que du règne de Charles VIII ; mais le gothique n'y fut entièrepicnt aboli que sous Henri II. On ne le vit plus paraître , ni sur les sceaux, ni sur les marbres ni dans les imprimeries. Le caractère roi\d et romain fut ap])orté en France avec rini])rlineric , l'an 1^70.

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APERÇU SUR LES MOYENS GRAPHIQUES, GtC. Ql

Phéniciens, les Carthaginois, les Chaldéens et les Syriens aiiticlbis, et aujourd'hui les Aiabes, le? Persans, les Afghans et les dilïcrcns peuples tiirks, disposent leurs caracttres en lignes horizontales de droite à gauche. Toutes les inscriptions étrusques connues sont tracées de cette manière. C'est ainsi encore que les Grecs écrivaient dans les commencemens ^ et avant l'introduction du boustrophédon.

Les anciens Grecs , et peut-être les Etrusques ont écrit jadis en boustrophédon^ dénomination indiquant la ressemblance de cette écriture aux sillons tracés par un bœuf qui laboure un champ. En effet, dans ce genre d'écriture, aprlss avoir écrit une ligne de droite à gauche , on éciduait la ligne suivante de gauche à droite , et ainsi successivement. L'obligation de former à chaque ligne alternativement des lettres dans un sens contraire, étant incommode pour l'écrivain, et présentant une irrégularité désagréable à la vue, les Grecs ont abandonné le boustrophédon, pour se fixer uniquement à l'écriture de gauche a droite, qu'ils n'ont plus abandonnée. On croit que les lois de Solon, publiées vers l'an 59 i avant Jcsus-Christ, étaient écrites en boustrophédon.

Les anciens, en général, écri iront sur les feuilles ou sur le liber de divers végétaux ; sur d'autres matières flexibles telles que les peaux d'animaux , la todc, etc., et même sur le bois , la pierre et les terres cnites. On arriva successivement r.u parchemin, aux tablettes de bois enduites de cire, sur liquellc une pointe de métal, nommée slyle, traçait \qs caractères, et enfin au papier de coton ^ de chill'cs, etc. L'usage des tablettes couvertes de cire s'est conservé en Europe jusque dans le moven acre.

Les Orientaux sémitiques et autres peuples de l'Asie et de l'Afrique se seivent pour écrire, du roseau; les Japonais, les Chinois, les Annamites, etc., du pinceau; les anciens Egvptiens(207) se servirent de l'un et de l'antre; touics les nations européennes et leurs uoml^reuses colonies, ainsi que quelques

§à ÎNTfeODÎTCriÔN 5 CHAPITRE lï.

peuples de l'Asie, derOcéa^ie Occidentale et de l'Afrique, em* ploient des plumes d'oiseau.

Quant au nombre des lettres dont chaque alphabet se compose, nous renvoyons nos lecteurs aux différens articles de l'Atlas, où on l'indique en parlant de l'alphabet dont chaque langue polie ou écrite fait usage.

Nous terminerons ce que nous venons de dire sur les al- ))habets, par le savant résumé suivant, que nous devons à l'obligeance et à l'amitié dont nous honore M. ChampoUion Figeac.

c: On peut résumer , ainsi qu'il suit , la marche présumée de l'esprit de l'homme , s'cfforçant de fixer, par des procédés graphiques, les souvenirs et les idées, et par suite de les transmettre à d'autres individus;

1** La figure même de l'objet de l'idée, si cet objet est matériel; c'étaient là des signes y2^z/r<7///irj mais ne pouvant peindre que le portrait d'un objet physique, sans l'indication des circonstances accessoires de temps, de lieu, etc., etc. Tels sont les tableaux ou écriture des peuples de TOcéanie ;

2" L'insuffisance de ce premier moyen dut être bientôt reconnue ; en peignant un homme, on n'indiquait aucun individu en particulier; il en était de raérae des noms de lieux , et le besoin de ces désignations individuelles amena l'usage d'une autre sorte de signes, dont chacun devint particulier à un homme ou à un lieu , et qui était pris ou de ses qualités naturelles, telles que la couleur du visage, ou de sa position physique, ou enfin de la chose même par laquelle on la distinguait des objets semblables : pour toutes les villes le signe caractéristique était une figure quadrangulaire , par exemple; mais comme chaque ville était ou la ville du lion ou la ville du sd'jjent, etc. j, un bon ou un serpent fut ajouté au carré, et chacune de ces villes fut ainsi distincte à^Q,s autres : il y eut donc un û^\<t figuratif -sy mhoUque ajouté au signe figuratif propre; ce fut le second pas vers le perfectionnemeut

APERÇU SUR LES MOYENS GRAPHIQUES , CtC. g3

graphique, c'est ce qu'ont fait les Mexicains, et ils ne sont pas allés plus loin ;

3' De la représentation des objets physiques à l'expression des objets métaphysiques , le pas à faire était immense : Iqs peuples de l'ancien continent le franchirent^ ils tracèrent par des signes les idées Dieu, âme, etc., et celles des passions de l'homme ; mais ces signes furent arbitraires, conventionnels, spéciaux à chaque peuple qui arriva isolément à ce procédé, et voilà des signes ènlgmatlques ou conventionnels ajoutés aux deux premières sortes. Les Egyptiens et les Chinois les inventèrent pour eux et les employèrent à leurs usages, et les combinèrent, selon des règles qu ils avaient faites, avec les deux autres sortes de signes graphiques ;

4** Ces signes suffisaient aux peuples qui s*en servaient, tant qu'ils n'avaient pas besoin de se faire comprendre par des peuples ou des individus étrangers à leur pays. Mais une fois ces relations établies, et dès que le besoin d'exprimer le nom d'un individu ou d'un objet étranger se fut fait sentir, une nouvelle nécessité sociale se déclara, et elle était impérieuse. Elle n'avait pas été sentie jusqu'ici j les noms des choses étaient tirés de la langue nicmc du pays; les noms des individus de même , et comme ces noms étaient significatifs par leur nature , ils pouvaient cire exprimés avec les caractères en usage , puisque ces noms n'étaient que des mots ou des composés de mots déjà exprimés ailleurs par l'écriture usitée. Mais elle devenait insuffisante, et comme un nom étrangère l'Egypte, par exemple, n'avait aucun sens, par ses syllabes, dans la langue égyptienne, dans l'ignorance de ce sens, ou ne remarqua que les sons qui le formaient, et on comprit, dèslors , toute l'utilité qui résulterait d'un ordre de signes allectés à figurer et à exprimer ces mêmes sons : nouveau progrès, et d'un effet incalculable sur le perfectionnement du système graphique en général.

« Une circonstance particulière concourul à l'assurer, ctc*é-

94 INTRODTJCTION , CHAPITRE II.

tait la nature en général monosyllabique des langues de ces contrées : dès que le disque du soleil^figuré par un cercle .répondait dans l'écriture au mot de la langue parlée ;, qui était le nom du soleil, c'est-à-dire à la syllabe R E, on fut conduit naturellement à représenter aussi ce son R E par le disque du soleil. Ce premier pas ouvrit une nouvelle voie; on l'appliqua aux noms propres étrangers seulement, et tels sont les Chinois qui, pour un nom de cette sorte, écrivent les caractères, plus ou moins composés, dont la prononciation approche le plus des syllabes qui forment le nom à écrire; et comme ces caractères ont d'ailleurs et dans le même texte leur valeur idéographique, c'est-à-dite figurative ou symbolique, ils les affectent d'une ligne perpendiculaire tracée à leur côté, afui d'avertir le lecteur de leur valeur de circonstance ou pjtonètique , représentant des sons. (Voyez la grammaire chinoise de M- Abel Remusat. )

(c Les Egyptiei.s s'avancèrent plus loin en analysant les éléinens mêmes de chaque syllabe; ils reconnurent les diverses sortes de sons propres à leur langue , et affectèrent un signe à chacun de ces élémens : ce fut un rz/^/jaZ^e^ proprement dit, et ils l'employèrent non-seulement pour les noms étrangers d'abord, selon toute apparence, mais encore pour les mots de leur propre langue, sans renoncer pour cela aux autres espèces de signes consacrés par l'usage antérieur, employant simultanément les uns et les autres selon la volonté de l'éa'ivain ou la convenance individuelle.

(c Mais le choix des signes exprimant les sons , ne fut point ar])itraire , et les signes phonéticjues avaient encore un aspect figuratif; les Egyptiens choisirent parmi ces signes figuratifs un certain nombre d'entre eux dont la forme fut invariablement réglée pour leur nouvelle destination, et ce choix fut déterminé par une règle très ratioinielle : un signe représente le son de la première lettre du mot, dans la langue parlée, de l'objet même que ce signe figure; ainsi la main repré-

APERÇU SUR LES MOYENS GRAPHIQUES, CtC. ()J

sente T, parce que le nom parlé de la main était Tôt. La main ne représente le T que lorsqu'elle est dans la forme consacrée, (^'cst-à-dire ouverte; avec une antre forme, elle n'est plus sv^wQ j:>ho7iè tique j mais hitnjîguraiif on symbolique,

ce Voilà l'homme avec l'usage de l'alpIiaLct : l'Egypte s'en servait deux mille ans avant Tcre chrétienne; aucun antre peuple ne porte son alphabet a une époque aussi reculée : suivons les traces de l'influence égyptienne sur celte mémorable institution,

« Son ccrilure figurative devenue en partie alphabétique, ne cessait pas pour cela de peindre la forme des objets matériels; chaque signe était un portrait, et il devait être fidèle pour prévenir les méprises. Mais cette ûdébté même s'opposait à ce que l'usage de l'écriture devînt général : ou s'avisa donc d'abréger ces signes-portraits; on institua une seconde espèce d'écriture , qui ne fut qu'une tachygraphie de la première , et où chaque signe de celle-ci était remplacé par un autre signe qui en était l'abréviation; on traça bipartie postérieure du lion, au lieu de faire le portrait du lion tout entier; ou procéda de mcrae pour tous les signes , et l'écriture lLitratique\ ou des prêtres se trouva ainsi à la portée de ceux mêmes qui n'avait aucune idée du dessin. Cette écriture fut donc la même que l'écriture par figures, et ces abrégés des signes-portraits curent la même valeur que les portraits mêmes qui étaient leurs types,

« On simplifia cncoie cette abréviation pour des usages plus •généraux , et on créa pour le peuple récriture Démo tique y. qui n'était qu'un choix fait parmi les abrégés tachygraphiques hiératiques , lesquels rentraient toujours dans les types primitifs ou signes-portraits , conservaient la même valeur, mais les signes phonétiques y étaient plus généralement usités.

« Ainsi l'Egypte se montra avec un alphabet aux peuples anciens qui la visitèrent les premiers; elle le répandit avec ses colonies; ces peuples, ^ç.^ élèves, ne s'attachèrent qu'à ce pré-

gS iNTRorucTio?f , chapitre II.

cieiix résultat des efforts faits pendant tant de siècles pour perfectionner le système graphique ; ils ne virent que ces signes de son ou plionétiqucs , sans faire attention à ces efforts prodigieux du génie humain, qui avaient comblé l'espace immense qui sépare r/f/e'é , du moi parlé ou écidtj qui l'exprime; tous ces peuples se donnèrent des alphabets , et leurs signes furent ou imités des autres ou créés selon le goCit de chacun. La civilisation fut dès-lors en possession de son plus puissant moyen de perfectionnement; les siècles ont été lojig-temps en travail pour enfanter ce prodige, en apparence si simple et si naturel.

(c Nous devons ajouter ici une observation que le sujet emmène de lui-même : on donne le nom d'hiéroglyphes aux caractères chinois, égyptiens, mexicains, etc. On se trompe peut-être, et les progrès actuels dans l'élude des systèmes graphiques de l'antiquité, ne permettent plus de généraliser ainsi l'emploi de (X mot : il n'y a â! hiéroglyphes, ou écriture sacrée, que l'écriture égyptienne qui procède par signes-portraits. Les Chinois ont une écriture idéographique , ou peignant les idées et non les sons, et au moyen de sigues^Z^i^ratifs et symboliques ; les Mexicains n'avaient qu'une sorte de peinture où ils n'employaient que les signes figuratifs , mêlés à peine de quelques signes auxquels le besoin donna des valeurs de convention ; ils sont restés aux premiers pas, et la Chine a donné à son écriture tous les perfectionnemens qu'exigeait l'état de sa longue civilisation et de ses rapports extéî'ieurs. Cette observation paraîtra peut-être purement grammaticale ; mais en s'entcndant bien sur les mots, on s'entend ordinairement mieux sur les choses. »

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