‹ Introduction à l'atlas ethnographique du globeChapitre 15 sur 84 · VII. LES ÉCRITURES SPÉCfALESv · texte numérisé non relu

VII. LES ÉCRITURES SPÉCfALESv

Nous comprenons dans cette classe tous ces moyens graphi- «[uc.s, soit qu'ils aient un but particulier, soit qu'ils ne soient

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ctT^ployés que dans certaines circonstances. En voici les prin-» tipaux :

1° Les nœuds e t Jils à p luàie ilrs c ouleurs et les entailles faites sur des petits morceaux de bois. Ce genre singulier d'écriture, qui, sous différentes dénominations, a été en usagT; ^laritti plusieurs peuples de l'Ancien et du Nouveâu-Mondc, vient naturellement se placer partoi les moyens graphiques qui emploient des signes purement conventionnels, mais dont le but es) toujours d'exciter dans l'âme l'idée de l'objet et la connaissance des chose.i. Il nous semble qu'on pieut accorder la première place parmi ces moyens graphiques, ou pour mieux dire mnémoniques j aux quippus ou quippos des Péruviens , à CaUse de leur grande célébrité. Voici quelques détails à l'aide desquels nos lecteurs pourront ie former une idée de ce genre singulier d'écriture. Nous les tirons de l'Histoire des Indes d'Acosta :

(c Lorsque les Indiens voulaient faire leurs comptes, qu'ils marquaient par le mot quipu, qui signifie nouer ou nœud, et se prend pour le compte même, parce que les nœuds re faisaient de toutes sortes de choses, ils prenaient ordinairement des fils de différentes couleurs ; car les uns n'en avaient qu'une seule, les autres deux, les autres trois, et ainsi du reste^ Chaque couleur , soit qu'elle fût simple ou mêlée , avait sa signification particulière. Ces cordons, qui étaient de trois ou quatre fils retors, gros comme de la moyenne ficelle, et de là longueur de trois quarts d'aune, étaient enfilés par ordre, en long , dùns une autre ficelle \ ce qui faisait une espèce de frange : on jugeait du contenu de chaque lîl par la couleur $ comme par exemple, le jaunie désignait l'or, le blanc marquait l'argent, et le rouge les gens de guerre.

ce Que s'ils voulaient désigner des choses dont les couleurs ne fussent point remarquables , ils les mettaient chactnie selon leur rang, commençant par les plus considérables jusqu'aux moindres; ainsi, par exemple, s'il se fut agi de blés ou de légu-

mes, ils auraient rais premièrement le froment, puis le seigle, les pois, les fèves , le millet, etc. De même, quand ils avaient à rendre compte des armes, ils mettaient les premières , celles qu'ils estimaient les plus nobles, comme les lances, et ensuite les flèches, les arcs, les javelots, les massues, les haches, les frondes , etc. Que s'ils voulaient faire un compte des vassaux , ils commençaient par les habitans de chaque village, puis par ceux de chaque province ; ce qu'ils faisaient ainsi : ils mettaient au premier fil les vieillards de soixante ans et au-dessus ; au second, ceux de cinquante; au troisième, ceux de quarante, et ainsi des autres, en descendant de dix en dix, jusqu'aux enfans à la mamelle ; ils tenaient le compte des femmes, selon leurs âges , dans le même ordre.

<c II y avait dans quelques-unes de ces ficelles d'autres petits fils forts délies, d'une même couleur, et qui semblaient être des exceptions de ces autres règles générales , comme par exemple , les petits fxls qui étaient au cordon des femmes ou des hommes mariés de tel ou tel âge , signifiaient ce qu'il y avait de veufs et de veuves cette année-là. ^Car ces comptes étaient comme des annales qui ne rendaient raison que d'une année seulement.

ce On observait toujours, dans ces cordons ou dans ces filets, l'ordre d'unité, comme qui dirait dixaine, centaine, mille, dixaine de mille ; ils passaient rarement la centaine de mille , parce que chaque ville ayant sou compte particulier et chaque capitale sa province , le nombre ne montait jamais si haut que cela. Chacun de ces nombres , qu'ils comptaient par les nœuds de filets , était divisé de l'autre ; et les nœuds de chaque nombre dépendaient d'un , comme ceux d'une cordelière , ce qui se pouvait faire d'autant plus facilement qu'ils ne passaient jamais neuf, non plus que les unités ^ ni les dixaines , etc. Ils mettaient le plus grand nombre , qui était la dixaine de mille , au plus haut des filets, et plus bas le mille, et ainsi du reste. Les nœuds de chaque fil et de chaque nombre étaient égaux

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les uns aux autres, et placés de la même manière qu'un Lon arithméticien a coutume de les poser pour faire une grande supputation.

(c Parmi les Indiens il y avait des hommes exprès qui gardaient ces qulppus ou ces cordons à noeuds. On les appelait quipucamaju, c'est-à-dire celui qui a la charge des comptes. Il y eu avait dans toutes les villes. Ils comptaient par nœuds tous les tributs que l'Ynca recevait d'eux chaque année , sans / qu'il y eût aucune maison qui n'y fut spécifiée, selon son genre et sa qualité ; on y voyait le rôle des gens de guerre ; de ceu;^ qu'on y avait tués, des enfans qui naissaient et de ceux qui mouraient tous les ans , dont ils désignaient le nombre selon les mois. En un mot, on comprenait dans ces nœuds toutes les choses qui pouvaient être supputées par des nombres , jusqu'à y marquer le nombre des batailles et des rencontres , des ambassades de la part de l'Ynca et des déclarations que le roi avait données. Mais on ne pouvait pas exprimer par des nœuds le contenu de l'ambassade, les paroles expresses de la déclaration , et tels autres évèuemcns historiques, parce que ces cho-^ ses consistaient eu des termes articulés de vive voix ou par écrit; et que les nœuds marquaient bien les noms, mais non pas la parole. Pour suppléer à ce défaut, ils avaient certaines marques par oii ils conn-aissaient les actions mémorables, les ambassades et les déclarations faites en temps de paix et de guerre, , Les quipucamayus en apprenaient par cœur la substance, et les renseignaient les uns aux autres par tradition et de père g\\ fils ; mais cela se faisait particulièrement dans les villes ou dauai les provinces où ces choses s'étaient passées , et où la mémoirçi s'en conservait plus ([u'en toute autre contrée, à cause que ceu.\ du pays se piquaient naturellement de les savoir. »

Selon M. le baron de liumboldt, on a trouvé l'usage dos quippos chez quelques peuples de la Guyane et entre autres chez les Caribes (ô/O), qui l'ont beaucoup peri'ectionnc pour supputer les objets de leur petit commerce et pour se trans-

ÏOO ÏNTROLtJCTION , CHAPÏTRE îî.

mettre des nouvelles. Les peuples d'Analiuac, avant rinti'o-' duction de la peinture ou écriture figurative , se servaient de ces nœuds et de ces fils , qu'ils appelaient nepohualtzitzin ; le chevalier Boturini a été assez lieureux paur s'en procurer quelques-uns trouvés dans le pays des Tlascaltèques. On les a aiissi trouvés chez les peuples du Canada.

M. Abel Rerausat a mis hors de doute qu'avant Fintrodac-^ tion des caractères les Chinois employaient une espèce de quip-^ pus , qu'ils nommeYit kieï-cheng ou cordelettes nouées. Selon M. J. Klaproth, les Thou-lan (8*8*), nomades du Tibet, se servaient de hois crénelés et de cordelettes nouées avec lesquels ils tenaient registre des choses dont ils voulaient se souvenir. Les habitans du royaume d'Ardrah (265) dans la Guinée^ paraissent aussi s'être servi d'une espèce de quippos, pour correspondre entre eux et pour conserver la mémoire des évènemens les plus importans.

On pourrait au^si classer dans cette catégorie les entailles fai" tes sur des morceaux de bois , dont se servaient les Ou-houaii (116"^) et les Thatche, nations Tartares*-, et nommées K/ie-mou par les Chinois, usage singulier, qui, selon le savant M. J.Klaproth, a été autrefois en vogue dans toute l'Asie Centrale et Boréale , particulièrement chez les Khitan^ les Chygoei et le» Toung hou (iig"*^), et qui subsiste encore chez les Samoyèdes (117''^), qui ne connaissent d'autre écriture.

A Java et en quelques autres île de l'Archipel Indien, les indigènes , selon M. Crawfurd , font souvent leurs calculs en faisant des entailles sur de petits brins de bois ou de bambou , ou bien en faisant des nœuds à une corde. Nous rappellerons- à cette occasion , que cette manière de calculer se trouve avoir été cil usage en Europe aussi, puisque nous en trouvons un exemple dans la fameuse expédition de Darius contre les Scythes. Ce monarque, avant de partir, fit soixante nœuds à une corde, et appelant les chefs des Ioniens : (c Prenez cette corde, leur dit-il , et faites ce que je vais vous prescrire. Aussitôt

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que je serai parti, dénouez chaque jour un de ces nœuds ; si je ne suis pas revenu lorsque vous les aurez tous dénoués, retournez djns votre pays. »

Il est curieux de retrouver ce même usage dans les vastes plairàOS de l'/^mérique. Lorsque les naturels de la (ruyanc fran-çaise se disposent à faire quelque voyage, le chef de la nation prend, avant le départ, une corde à laquelle il fait autant de nœuds qu'il prétend demeurer de jours dans son expédition. Lorsqu'on est arrivé au lieu de l'expédition , on attache cette corde au milieu du grand carhet (maison du chef), et on a soin d'en défaire un nœud chaque jour. C'est sur cette espèce d'almanach que chacun prend ses mesures pour le retoiir.

La plupart des Monténégrins , selon M. le colonel Vialla , qui a si bien et si exactement décrit ce peuple intéressant, se servent, pour faire leurs comptes , d'un bâton sur lequel ils font des entailles ; à l'extrémité la plus mince sont marquées les unités et les clixaines, et à l'autre les centaines et les mille. On sait qu'un usage très vulgaire en France, à l'égard des boulangers et des bouchers, par exemple, c'est d'avoir un bâton fendu en deux parties qu'on rapproche pour y tailler, sur une partie du diamètre, des chiffics romains avec un couteau ; de manière que, ces chiffres portant sur les deux parties du bâton dont chacune est entre des mains différentes, ce n'est qu'en les rapprochant qu'on peut faire le compte , et aucune des deux personnes qui ont les deux parties de l'instrument, ne peut ni y ajouter, ni en rien diminuer, les deux portions se contrôlant réciproquement.

JNous finirons ce que nous avons dit sur cette catégorie d'écritures, par une réflexion de M. le baron de llumboldt ; c'est que les quippos, comme chapelets, sont devenus d'js objets de dévotion entre les mains des chrétiens d'Occident , et comme suampan ils ont servi aux opérations de \' arithmétique palpable ou manuelle des Chinois , des Tartares et des Russes.

2<* Les c h ijjfr es aritli m é titj^ lùea.Uy eu a de divers gen--

I02 INTROEUCTION, CHAPITRE II.

res , tels que les chiffres littéraux , ou formés de lettres prises dans Tordre de Talpliabet , comme chez les Hébreux, les Arabes, les Grecs, etc. etc. ; ou formés des initiales des noms des noml)re , comme chez les Grecs des premiers temps , chez les Romains, etc. etc. ; et les chiffres numériques ou de conuentioriy comme les chiffres indiens , vulgairement connus sous le nom de chiffres arabes , et dont on vient de retrouver les formes primitives dans les papyrus hiératiques égyptiens, (i)

3° Les signes partie uliers usités en médecine, en pharmacie, en chimie, en algèbre, en astronomie , etc. etc. On en trouve le tableau dans le Glossaire de la Easse-Grécité de Ducange.

4** Les ch ro nogra nime s, jeu d'esprit indiquant une date ; les monogrammes , ou assemblage de lettres en une seule figure : les rébus , ou figure exprimant le nom même de la chose figurée.

5° Les note,i tyr oniemies des anciens, signes àe pure convention; les chiffres et écriture s secrètes.

6° La sténo graph ie , ou l'art d'écrire avec une célérité égale à celle avec laquelle on déclame , en supprimant la plupart des voyelles; la tacJiy graphie y qui exprime les voyelles.

(i) Ces cliifFi-es ont été distinctement reconnus pav M. Chanipollion le jeune , sur tlivcrs manuscrits hiératiques et démotiques , et il eu a donné ia première série dans l'ouvrage imprimé en 1822, en Angleterre sous le titre de Ilieroglyphics , planche xxxvii. Depuis, le même savant a complété ce travail d'apiTS d'autres manuscrits , notamment ceux du luusée de Turin , et il a dressé le tableau complet du syst'me nurnérique des Egyptiens , tableau qui présente cette singularité, que les signes-chiffres destinés à exprimer les jours du mois (de 1 à 3o), ne sont pas les mêmes que les signes-chiffres employés pour exprimer toute autre sorte de nombres; cette distinction est très importante pour riiistoire , le nombre des papyi'us hiératiques ou démotiques qui portent des dates , étant tiès considérable.

OBSERVATIONS SUR LES LANG. ASIATIQUES. Io3

7° Le té légrap he f inventé en France par Cliappe, en 17CJ2, et employé à transmettre, au moyen clc signaux opérés par 'une machine fort simple, les plus importantes nouvelles avec une célérité extraordinaire et à de très grandes distances. Ce moyen est à l'usage exclusif des gouvernemcns. Les anciens avaient aussi plusieurs moyens de transmettre les nouvelles très loin , soit par des signaux au moyen du l'eu , soit par des hommes à voix très forfc, et placés à des intervalles convenables.

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