I. Famille des langues sémitiques
La lecture attentive de quelques-uns des auteurs cités dans le Milbridates, la comparaison des vocabulaires, et surtout les conseils et les notes savantes que nous devons à l'obligeance extrême du savant orientaliste et profond pbilologue M. Saint- Martin, nous ont contraint à changer entièrement la classification des langues sémitiques. Il nous a paru indispensable de partager cette famille en einqbranclics principales, savoir Xhébraïque j\3i syriaque, la mèdique^, \ arabique et Xabyssiihique.
Mais, avant de justifier ces changemens , nous croyons nécessaire de dire un mot sur lu dénomination de sèn.itique , que, d'après le savant Eicbhorn , nous avons donnée à cette famille. En l'employant^ nous avons senti autant que tout autre l'inconvénient de nommer ainsi des peuples qui ne descendent pas tous de Sem, et dont même une grande partie forme la postérité de Cham. Mais, n'ayant pas d'autre dénomination générale plus convenable , nous avons pensé qu'elle valait encore mieux que celle de langues orientales j adoptée , il est vrai, par quelques philologues, mais qui est très inexacte dans l'état actuel de la linguistique. Comme plusieurs grands philologues s'occupent actuellement de l'étude des langues persane, sanskritc . hindoustani , turkc , mandchoue, chinoise , malaise et japonaise, il en résulterait qu'en donnant spécialement le nom àt langues orientales ^^x^L'\à^Qv^ts que nousavons appelés sémili.qncs, on emploierait une qualification diamétralement op*
OBSERVATIONS SUR LES LANG. ASIATIQUES. lOJ
posée à la signifiatiop. du mot oriental, parce qu'il s'appli(|uerait prcciséincnt à des langues occidentales par rapport aux langues que nous venons de nommer.
JNous avons commence notre tableau par la brandie hébraïque, parce qu'elle contient l'idiome hébreu, qui devait tenir le premier rang parmi les langues sémitiques, à cause de son antiquité^ et parce qu'il nous présente les plus anciens monumcus littéraires qui soient maintenant entre les mains des hommes. D'ailleurs, c'était aussi dans celte branche qu'il fallait classer le phénicien , qui paraît avoir été le premier idiome qui posséda un alphabet, le seul égyptien pouvant lui contester cet honneur. (C La proximité de la Judée, dit M. Saint-Martin dans les notes qu'il a eu la bonté de nous donner, la proximité de la Judée, les relations intimes et multipliées qui durent avoir lieu entre les Phéniciens et les Hébreux , durent contribuer à rapprocher leurs langues. Il est probable que l'hébreu et le phénicien ne différaient pas sensiblement. L'absence de monumens oppose un obstacle invincible à la pleine solution de cette question. Les monumens et les médailles de ce peuple ont été l'objet de beaucoup de conjectures et de dissertations, qui ont produit peu de résultats. Il faut en excepter les travaux de , l'abbé Barthélémy, et surtout ceux du savant Akerbald. Il a donné une fort bonne interprétation d'une inscription phénicienne trouvée par Pocockc à Citium en Chypre; il eu résulte qu'effectivement cette langue diflérait peu de l'hébreu. )) C'est aussi pour cela que nous avons indiqué le phénicien sans le faire suivre du point d'interrogation , que nous posons toujours après les noms de ces idiomes, dont l'affinité est douteuse ou Ires contestée. A l'égard de l'alphabet phénicien , nous observerons que les médailles antiques de Tyr, de Sidon , Acre, Beryte , Arad et Maralhus en ont fait connaître les lettres ; mais, comme ces médailles appartiennent à des éj)oques fort différenles, les unes étant du V*' siècle avant noire ère, et d'autres du II" après, elles présentent des formes souvent
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Irèis diverses, et plusieurs fois fort difTérentes de celles qu'on trouve sur hs rnonumens de la Cilicie, de la Sicile, de l'Afrique et de l'Espagne. Il est très probable que le punique ne différait pas sensiblement du phénicien , dont il doit être considéré comme un dialecte. Néanmoins, nous l'avons représenté dans k' tableau, comme une langue, par des raisons tout-àfait étrangères à la linguistique, et qui sont exposées dans le chapitre premier. Le rôle important joué par les Carthaginois dans l'histoire ancienne , nous parut lui mériter cette distinction. C'est aussi un semblable motif qui nous a engagé à considérer le chaldéen comme une langue que nous avons placée dans la branche syriaque ou araméenne, immédiatement après le syriaque, dont il n'est réellement qu'un dialecte.
c( Dans l'origine, dit M. Saint-Martin, le chaldéen n'était pas différent du syriaque. Il porte souvent ce nom dans l'Ecriture, et il ne diffère pas considérablement de celui-ci dans les ouvrages plus modernes, où on le retrouve. Cependant l'emploi, ([ue les Juifs en ont fiùt en l'adoptant dans leur usage et dans leurs livres, y a nécessairement introdwit quelques différences ou quelques altérations. Malgré cela , il est vrai de dire que ]es ouvrages un peu anciens , tels que le Targum âfOnhelos , le Talmiid , ne diffèrent presque pas du syriaque pur. L^ chaldéen et le syriaque ne diffèrent pas plus entre eux que le toscan et le romain en Italie. » Si nous avons dit dans le tableau , que le syriaque littéral n'offre aucune différence pour l'emploi des mots et les formes grammaticales , entre les auteurs syriens des différons siècles et des divers pays, c est parce qu'on trouve une même langue dans les livres de saint Èphrera, né à Amide au IV® siècle, dans ceux de Denys de Telmahar, qui vivait au VHP , de Thomas de Maraghah dans l'Aderbaidjau au X® siècle, de Grégoire Abou Efaradj , ne à Malaîhiah dans le XIIP siècle , ainsi que dans les livres des Maronites en Syrie, et des Chrétiens de Saint-Thomas dans l'Inde.
Comme la comparaison des mois uaLatbéciis cites par les auteurs arabes avec les mots syriaques correspondans , démontre que la prétendue langue nabathéenne, dont ces auteurs parlent si souvent, n'est qu'un dialecte syriaque, nous l'avons mise à sa place, la considérant comme un dialecte de cet idiome. Quant au dialecte des Sabéens, laissant à part tout ce qui a été écrit sur ce sujet par les savans orientalistes Norberg, Niebuîir et Tyscbcn , nous nous en sommes tenu aux renscignemcns qui nous ont été fournis par M. Saint-Martin. Selon ce savant orientaliste, le dialecte des Sabéens présente une très grande affinité avec le chaldéen du Talmud; on y remarque cependant un assez grand nombre de mots qui ne se trouvent point dans le syriaque, ni dans les livres rabbiniques ; souvent aussi il diffère de ceux-ci par des permutations de lettres , ou des contractions qui changent considérablement les mots. On y trouve en outre quelques expressions persanes. Le nom de Chrétiens de Saint-Jean , qui leur est donné par les chrétiens, ne peut leur convenir à aucun titre, car ils professent la plus grande aversion pour les chrétiens et pour Jésus-Christ, dont ils ne parlent qu'avec horreur. Leur doctrine, qui diffère entièrement des religions chrétienne, juive et musulmane, paraît être un mélange des anciennes opinions chaldéenncs et babyloniennes, et des doctrines des anciens Persans, combinées avec les dogmes des Yalcîitiniens, des Bardesanites, des Gnostiques et des Manichéens. Nous terminerons ces observations sur les idiomes compris d:;ns la branche syriatfue, en remarquant qu'on pourrait bien classer avec eux les langues parlées anciennement dans la Cappadoce et dans la Cilicic.
Selon M. Saint-M;.ntin , la langue pchlvi , parlée jadis dans la Médie, est un idiome mixte, dont la plupart des mots appartiennent aux langues sémitiques, tandis que leurs formes grammaticales sont tout-à-fait persanes. Il fallait donc la classer dans la famille sémitique; mais, comme nous ne pouvions la placer ni avec les idiomes de la branche hébraïque , ni avec
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ceux des branches syriaque, arabique et abyssiiiique , nous avons cru que le meilleur parti à prendre était d'en faire une branche à part, que nous avons nommée mèdique y du nom de l'ancienne îilcdic, siège principal de cet idiome, que nous avons décrit d'après les renscigncmens que nous devons à M. de Saint-Martin, dont on trouvera souvent le nom cite dans cet ouvrage, et qui depuis long-temps s'occupe de l'étude de cette langue.
C'est d'après les conseils et les renscignemens qui nous ont été donnés par plusieurs orientalistes, que nous avons décrit la langue arabe, et que nous avons fait la triple distinction entre l'arabe ancien, l'arabe littéral et l'arabe vulgaire. Yoy. à la p. 53.
Ce n'est qu'après avoir comparé entre eux bien attentivement les différens vocabulaires que nous possédons des langues comprises dans la branche que nous appelons ahyssinique , que nous nous sommes décidés à placer dans cette famille les principaux idiomes parlés dans l'Abyssinic , et que nous avons rejeté la dénomination à!èlhfopique, donnée communément à quelques-unes de ces langues, et parîicslièrement à la gheez^ pour éviter toute confusion et toute dispute géographique. D'ailleurs, ces idiomes étant les langues les plus répandues dans r Abyssin ie, il était tout naturel de préférer cette dénomination géographique à toute autre, qui sans doute aurait été moins convenable. Il est vrai que le savant auteur du Milhridates range le ghecz ou éthiopique avec les langues sémitiques, et dit positivement qu'il faut classer l'amhariquc avec les idiomes africains. Il nous semble cependant qu'on ne saurait séparer des idiomes qui ont la plus grande analogie entre eux. La moitié des mots de la langue amharique est évidemment sémitique, quoique la grammaire offre des formes différentes. L'amhariquc doit donc être regardé comme une langue diflereute du ghecz, mais doit être classé toujours avec lui dans la même famille. Si l'on n'admettait pas ce principe à l'égard de l'amharique, il ne faudrait pas non plus l'admeltre à
DBSEÏIVATIONS SUH LES LÀNG. ASIATIQUES. lOp
Vcgaid du pchlvi, qui ^ comme nous avons vu, appartient incontestablement aux langues sémitiques pour les mots, et aux langues persanes pour les formes grammaticales. Au reste, comme nous nous flattons d'avoir assez démontre la nécessité de suivre cette mélliode de classification lorsqu'on veut grouper ensemble les différens idiomes connus d'api es leur affinité, nous renvoyons nos lecteurs au chapitre premier, où ils trouveront le développement de ce raisonnement. Mais, afin de ne pas confondre entre eux les idiomes qui ont plus d'affinité avec le ghecz qu'avec l'amliarique, nous avons subdivisé la branche abyssinique en deux branches secondaires, que nous avons nom «^ mées axiimitique et amhanque ^ du nom des deux langues principales qu'elles contiennent. Cest dans cette dernière que nous avons placé la dambea , parce que Ludolphe dit positivement que la langue qu'on parle dans la province de ce nom, diffère entièrement du ghcez et de l'amharique. C'est aussi, à la vérité , d'après des conjectures et d'après les assertions vagues que l'on trouve dans la description de l'Abyssinie, que nous avons classé dans cette branche le narea, que son importance ne nous permettait pas d'omettre Mais nous avons omis plusieurs langues particulières, mentionnées dans le voyage du savant M. Scholz, parce que, n'ayant pas de vocabulaires pour les comparer entre elles et n'en connais5ant que le nom, leur indication n'offrait presque aucune utilité, d'autant plus que nous n'avions aucun moyen pour les classer convenablement dans le tableau. Nous y avons cependant placé le semicu et l'arkiko, parce quclcs petits vocabulaires recueillis par MM. Scholz et Sait démonlrcnt leur grande affinité avec l'amliarique; le premier, qui lui ressemble beaucoup plus que l'autre, nous a offert assez de différence dans ses mots, pour nous autoriser à îe regarder comme une langue sœur. Le peu que l'on £ait à l'égard du second, qui paraît être un mélange de ghcez et d'amharique, nous a lon^-temps fait rester indécis dans laquelle des deux branches nous devions le classer. Nous uous sommes
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décidés pour la seconde, où nos lecteurs le trouveront sons le nom d'arkiko. Des connaissances plus détaillées sur cet idiome confirmeront nos conjectures, ou démontreront jusqu'à quel point nous nous sommes trompés.