V. Les moyens imparfails de transcription
Les sons, que les peuples sauvages articulent en |)aiiant , ressemblent ordinairement si peu aux sons de nos langues européennes, qu'il est très dilHcilc de les saisir et presque impossible de les représenter avec les lcttre>s de nos alpbabels, si pauvres d'ailleurs et si imparfaits. Aussi trouve-t-on une grande diversité entre les mêmes mots écrits par des voyageurs, non-seulement de nation difTérente, mais mcme appartenant à la même nation. Comment pourrait-il en être autrement, surtout lorsqu'il est question d'écrire dos langues qui donnent au même m.ot des dixaines d'acceptions différentes, selon les petites nuances de son intonation, comme chez les Achanties , les Tonquinois et autres nations à demi-policées, ou comme chez les Othomi et autres peuples sauA^ages ? Ce que nous avons dit en parlant de l'imperfection des alphabets de l'Europe Occidentale, et du chaos offert par l'orthographe des noms propres et des mots étrangers nous dispense d'insister sur ce point. Nous donnerons seulement à nos lecteurs les dix noms de nombre du mohawk, tels qu'ils sont imprimés dans le Primer for the use of ilie Mohawh Childrenj publié aux Etats-Unis en 1786, afin
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qu'eu les comparant avec ceux que nous avons donnes dans le tableau polyglotte des langues américaiucs d'après Edwards , ils puissent se former une idée des grandes anomalies oifertes par l'orlhographe suivie par deux :avans Anglais, même à regard d'une langue dont ils ont fait le but spécial de leurs recherclies. Ces dix noms des nombres sont : uskat (un) , teheny (deux), oghsea (trois), hayery (quatre), ipisk (cinq), j'«j'ûit (six), Isyadah (sept), sadégo {\i\i\l) , iyouglitouli (neuf), ojery (dix).
C'est aussi cette difficulté d'exprimer avec nos alphabets incomplets les sons des idiomes des sauvages , qui fait différer tant les vocabulaires recueillis simultanément chez la même tribu par des voyageurs difFérens, quoique écrivant et parlant la même langue. La comparaison des vocabulaires tchinkilané (862) que nous avons donnée dans le tableau polyglotte des langues américaines d'après Ghanal et Roblet, celle des vocabulaires recueillis parMerk etRobek, compagnons de BlUings, et celle des vocabulaires machacalis recueillis par M. le prince de Neuwied, par MM. Spix et Martius, Kugendas , Auguste de Saint- Hilaire et Ferdinand Denis, que nous avons sous les yeux, et tant d'autres que nous pourrions citer, viennent à l'appui de ce principe.
Enfin nous observerons que parfois la comparaison des vocabulaires des langues écrites, mais qui emploient des signes ou des compositions alphabétiques différens , donnerait au premier coup-d'œil des résultats erronés à celui qui ne voudrait faire attention qu'à l'orthographe. La famille slave nous en offre un exemple frappant. Tous ses nombreux idiomes diffèrent si peu les uns des autres dans leurs mots prononcés, que le savant lexicographe Linde prétend qu'il sciait facile de les rapprocher pour faire du slavon une langue écrite universelle, comme, depuis le Dante ; l'Italie a une langue littéraire générale, quelque diffcrens que soient les dialectes de ses provinces et de ies dépendances géographiques et ethnographiques.
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Malgré cela, ces idiomes slaves, écrits cliacun selon l'orlhograplie c{ui lui est propre , offrent à l'œil des dilïérences éno'îmes, qui disj)araissent lorsqu'on traduit toutes ces orthographes particulières d'après un plan uniforme , comme Va. fait le jeune littérateur auquel nous devons la plupart Aas vocabulaires de ces langues, et l'intéressant Coup-d'œil swv la littérature russe.